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Bienvenue sur VISIONS ARABES. Vu de France et d'Occident en général, le monde arabe apparait souvent bien compliqué et irrationnel tant dans son fonctionnement
que dans l'enchainement et le rythme temporel des évènements.

Visions Arabes a pour but principal d'apporter un éclairage original prioritairement
à travers des analyses et opinions de spécialistes issus du monde arabe lui-même.
Comme, le plus souvent, celles-ci sont issus de la presse ou de la blogosphère arabe,
il est nécessaire d'en saisir les subtilités grâce à une maitrise absolue de la langue arabe. Leurs auteurs peuvent vivre sur place ou être "exilés" en Occident ou même ailleurs.

Voilà pourquoi Visions Arabes propose de développer une interactivité entre la connaissance de la langue et des opinions averties venues le plus souvent d'Orient.


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Le " Printemps arabe " : État des lieux

Face au " Printemps arabe ", nous constatons des positions contrastées dans la zone arabe :

Certains pays ont connu un changement de régime en faveur des Frères Musulmans, habilement soutenus par la force de frappe médiatique que fut alors le Qatar, avec sa puissante chaîne al-Jazeera : La Tunisie en est l'exemple. En Libye, en revanche, il fallut un sérieux coup de pouce (de nature militaire) pour y arriver.

Un pays a connu le même changement de régime en faveur des Frères Musulmans, mais les événements ont ensuite basculé vers une restauration de l'ancien régime : En Égypte, le président élu et pro-Frères Musulmans Morsi fut destitué par le retour au pouvoir des militaires, soutenus par l'Arabie Saoudite.

La Syrie, appelée à connaître le même changement de régime en faveur des Frères Musulmans, résiste encore. Elle subit actuellement l'hostilité de ce qui reste de Frères Musulmans, ainsi que celle de groupes armés soutenus non seulement par l'Arabie Saoudite, mais également par Israël. La nouveauté est que les groupes armés liés aux Frères Musulmans syriens subissent aussi le feu des groupes armés liés à l'Arabie Saoudite. Nous avons, ici, une " triangulaire " !

Le régime syrien est redevable, dans sa résistance, au soutien direct de la Russie, de l'Iran et du Hezbollah libanais, ainsi que du soutien au moins diplomatique de la Chine, des autres pays du BRICS, etc...

Face au " Printemps arabe ", le gouvernement turc n'oublie pas son appartenance idéologique à la mouvance des Frères Musulmans. Turquie et Qatar soutiennent les factions militaires rattachées aux Frères Musulmans
en Syrie.

Les Palestiniens du Hamas, eux-mêmes Frères Musulmans, ont également soutenu la vague du " Printemps arabe ". Expulsée de Damas, leur direction s'est réfugiée au Qatar.

Il y aurait, ainsi, deux axes dans cette affaire : L'axe des Frères Musulmans qui appelle aux soulèvements du
" Printemps arabe " (Qatar, Turquie, Hamas …) ; et l'axe des Conservateurs qui s'y oppose et souhaite le maintien des régimes arabes en place (Arabie Saoudite, EAU …), d'où le soutien de cet axe à la restauration en cours au Caire.

Ces deux axes s'opposent militairement en Syrie, mais font quand même la guerre au régime en place.

En effet, la Syrie est actuellement le lieu d'une double contradiction :

Puisque la famille royale de l'Arabie Saoudite est opposée au " Printemps arabe " et favorable au maintien des régimes en place, pourquoi prend-elle le relais des Frères Musulmans dans la guerre contre
le régime syrien ?

Puisque l'Iran des Ayatollahs est la version idéologique chi'ite de la pensée des Frères Musulmans, pourquoi l'Iran œuvre-t-il de manière décisive pour le sauvetage du régime syrien, contrant par la même occasion les Frères Musulmans sunnites qui tentent de renverser Bachar al-Assad ?

Il semble donc que les alignements idéologiques (Frères musulmans v/s Conservateurs) n'expliquent pas tout. La géopolitique reprend le dessus et impose ses règles :

Pour se préserver d'une attaque israélienne ou occidentale, l'Iran a développé, aux frontières d'Israël, une force disposant d'une capacité de nuisance suffisante pour faire taire toute velléité de s'en prendre au régime des Ayatollahs. Cette force de dissuasion qu'est le Hezbollah libanais a démontré, en 2006, sa capacité de nuire et de dissuader Israël. Or, pour entretenir cette force qu'est le Hezbollah, l'Iran des Ayatollahs a besoin de la Syrie pour la logistique, la profondeur stratégique, la fabrication et le stockage de certains armements destinés au Hezbollah et, il ne faut pas le négliger, pour disposer d'un deuxième front contre Israël si, d'aventure, le front libanais ne suffisait plus. Le Golan occupé et annexé par Israël peut devenir, en cas de besoin, un complément utile au Sud-Liban.

Face à cette nouvelle donne qui compromet sérieusement sa longue suprématie (voire son impunité) militaire dans la région, Israël cherche depuis 2006 à se défaire de la dissuasion iranienne. Or, un changement de régime en Syrie est, de ce point de vue, bienvenu, car il compliquerait singulièrement la " continuité territoriale " de l'Iran avec le Hezbollah et neutraliserait, par la même occasion, le risque de voir le Golan se transformer en nouveau front. Nous n'avons pas entendu Israël s'inquiéter outre mesure du " Printemps arabe " quand celui-ci a frappé aux portes de la Syrie et, aujourd'hui que le régime du fils Assad à Damas reprend peu à peu ses esprits, Israël n'hésite plus à s'impliquer (assez) ouvertement dans l'effort saoudien visant à le renverser ou, au moins, à l'enfoncer plus encore dans sa guerre contre les milices sunnites venues de nombreux pays avec la ferme intention de le renverser.

Surprise par la vague du " Printemps arabe " et fort inquiète de se trouver peut-être sur la liste des cibles, l'Arabie Saoudite a cherché par tous les moyens à se préserver. En attendant de se trouver des alliés fiables, la famille royale consentit d'abord des mesures d'ajustement social à la hauteur des finances du Royaume. Les caisses s'ouvrirent généreusement en faveur du bon peuple. Puis les frontières s'ouvrirent pour ceux des jeunes gens qui souhaitaient exprimer leur trop-plein d'ardeur religieuse en faisant jihad, par exemple en Syrie. D'où le rapprochement entre Arabie Saoudite et Israël : L'Arabie Saoudite trouvait là un bon avocat auprès des autorités de Washington, fortement soupçonnées d'avoir un faible pour le " Printemps arabe " des Frères Musulmans ; et Israël trouvait là un éventuel bon remplaçant à la première vague armée (des Frères Musulmans soutenus par la Turquie et le Qatar) qui n'a pu venir à bout du régime de Damas.

Sans vouloir étendre le débat aux acteurs internationaux, disons simplement qu'au Kremlin, on n'a encore pas oublié le désarroi de l'Armée Rouge face aux barbus armés en Afghanistan ; le maître du Kremlin lui-même n'oublie pas non plus le combat qu'il dut mener contre ses propres barbus armés en Tchétchénie.
En règle générale, la Russie et la Chine savent satisfaire leurs Musulmans respectifs quand ceux-ci se comportent de manière " civilisée " ; mais quand ces Musulmans associent barbes et armes, le ton change radicalement. Ces deux pays du groupe BRICS ne voient pas d'un bon œil l'émergence - en Syrie ou ailleurs - d'une troupe aguerrie de barbus armés. Ils savent trop bien à quoi rime l'émergence de telles troupes.


César Sakr
1er Juin 2014


Question de Bernard :
Je suis tombé sur cette interview de Frédéric Pichon :
(http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/syrie-joue-role-tres-particulier-dans-l-eschatologie-musulmane-13137)

"La Syrie, Bilad al-Cham en arabe, joue un rôle particulier dans l'eschatologie musulmane. Ce pays d'al-Cham est cité dans le Coran et les Hadiths, car c'est là que doit se dérouler l'affrontement final contre Satan, contre la Bête à la fin des temps, lors du jugement dernier. Les musulmans croient même que Jésus - dans sa version coranique - reviendra sur terre en Syrie.
L'un des minarets de la mosquée des Omeyyades à Damas est d'ailleurs appelé le minaret de Jésus. Tout cela résonne dans l'imaginaire des djihadistes. Ils mènent un combat contre ce qu'ils considèrent comme le Mal sur une terre dont parle la tradition islamique. Voilà aussi pourquoi la Syrie est devenue un tel aimant."

Est-ce que vous confirmez ?

La réponse de Visions Arabes
Tout d'abord, nous avons recherché dans les textes de l'Islam la référence à l'équivalent de l'Antéchrist :
Dans ces textes, ce personnage - qui s'appelle le " Dajjal " - n'est pas tant le Satan des Chrétiens que le Christ imposteur qui aurait prétendu être le " Fils de Dieu ".

Notons que ce terme de " dajjal " signifie en arabe " imposteur ". Ce mot est d'ailleurs utilisé dans la langue courante pour désigner tout personnage menteur, roublard, tricheur, trompeur …

Il s'agit donc d'un terme qui fait partie de la langue usuelle. Ce personnage de la tradition islamique,
les Chrétiens l'ont assimilé à leur " Antéchrist ".

Notons aussi que l'Islam - qui reconnaît et vénère les personnages de Marie et de Jésus - ne reconnaît pas
à celui-ci le statut de Dieu et Fils de Dieu, mais simplement le statut de prophète,
précédant le prophète de l'Islam.

D'ailleurs, dans l'eschatologie musulmane, Jésus viendra à Damas à la fin des temps pour rétablir la vérité,
à savoir l'unicité de Dieu qui n'a jamais enfanté.

Nous retrouvons donc le strict monothéisme musulman dans l'issue eschatologique que décrit l'Islam.

Il faut savoir aussi que le Dajjal n'est pas mentionné dans le Coran. Il s'agit donc d'un personnage plus tardif dans la construction du dogme islamique, que l'on retrouve par contre dans les Hadiths. Rappelons qu'en Islam, le Coran est la parole de Dieu, tandis que les Hadiths sont la parole du Prophète. Il faut savoir aussi que les recueils de Hadiths aujourd'hui reconnus datent de deux à trois siècles après la mort du Prophète.

Ils correspondent donc, historiquement, à l'époque où les Musulmans, dans leur expansion géographique, sont entrés en contact avec des Chrétiens professant la divinité du Christ, alors que parmi les " Chrétiens " de la péninsule arabique, à l'époque du Prophète, certains ne voyaient en Jésus qu'un simple prophète.
Ce Dajjal des Musulmans est donc le Christ imposteur, celui qui prétend être le Fils de Dieu, et celui-là même que le vrai Jésus des Musulmans, simple prophète, pourfendra à la fin des temps.

En conclusion, si l'on peut confirmer l'existence d'un imposteur dans l'eschatologie musulmane,
il convient de ne pas confondre ce personnage avec celui de l'eschatologie chrétienne pour les raisons précédemment développées.
Si un minaret de la mosquée des Omeyyades porte bien le nom de Jésus, celui-ci correspond à celui de la tradition islamique qu'il convient donc d'aborder comme tel et non comme le Jésus des Chrétiens. Cela ne semble toutefois pas suffisant pour valider un rôle d'aimant pour Damas du point de vue des jihadistes, d'autant que ce lieu n'est pas le plus sacré de l'Islam. Tout juste peut-on admettre qu'une minorité de recruteurs sont susceptibles d'utiliser l'eschatologie musulmane comme argument de persuasion.

On ne saurait toutefois décrypter les évènements de Syrie à travers le seul angle eschatologique qui ne peut, lui non plus, échapper à la loi d'une double vision, l'une issue de la tradition chrétienne et l'autre de la sphère arabo-musulmane.

César Sakr & Jean-Michel Druart
13 Juin 2014



A quelques jours de la reélection de Bachar Al-Assad, triomphale pour les uns avec 89% des suffrages et une participation de près de 75%, honteuse pour camp occidental compte tenu du contexte de guerre et de l'existence de zones occultées, l'article que nous avons sélectionné peut être mis en perspective avec les évènements qui ont rapidement suivi cette élection syrienne et la résurgence rapide et intense de faits de guerre dans une grande partie de l'Irak qui voit les jihadistes de l'EIIL menacer jusqu'à la capitale Bagdad.
Nous ne manquerons donc pas de suivre prochainement les analyses du même journaliste sur l'enchainement des évènements dans la région...


Un point de vue arabe : L'émergence d'un contrepoids à l'OTAN

Le 23 mai 2014, et dans le quotidien libanais al-Akhbar (pro-Hezbollah), le chroniqueur jordanien salue le quatrième véto consécutif de la Russie et de la Chine contre ce qu'il appelle la " baltaja " de l'OTAN et, plus particulièrement la France …

Ce terme de " baltaja " mérite d'être expliqué. Partons du terme " baltajiyya " qui s'écrit ainsi :


Ce terme arabe d'origine turque désigne, en premier lieu, les sapeurs de l'armée ottomane. En turc, le mot " balta-ji " signifie " homme à la hache " [Encyclopédie de l'Islam], puisque c'est avec cet instrument que les sapeurs coupaient les arbres afin d'ouvrir la voie à l'armée. Par la suite, ils furent chargés de la coupe du bois pour le chauffage du sérail du sultan ottoman. Vigoureux, disciplinés et loyaux, ils furent aussi utilisés pour des tâches de maintien de l'ordre. Aujourd'hui, dans le monde arabe, ils désignent des voyous auxquels un régime en place fait appel pour mater les mouvements de protestation. Ainsi, la contre-manifestation violente appelée la " bataille des chameaux ", place Tahrir au Caire, lors de la révolution égyptienne en 2011, fut l'œuvre de baltajis à la solde du régime égyptien qui, nous dit Wikipédia, en disposait de 500.000 à la veille de la chute de Hosni Moubarak.

Dans la presse arabe, le terme " baltaja " désigne aujourd'hui le comportement voyou d'une force supplétive qui s'affranchit aisément des règles d'une police organisée et disciplinée :

Or, l'auteur de l'article qui suit utilise ce terme " baltaja " pour désigner le comportement voyou, sur la scène internationale, des pays occidentaux. À cette " baltaja ", le journaliste oppose le comportement respectueux du droit international qu'est celui de la Russie et de la Chine.

La traduction du premier paragraphe de l'article vous est proposée plus bas.
Mais voici d'abord l'article et le lien qui y mène :
http://www.al-akhbar.com/node/207118


Cliquez pour télécharger le texte de l'article original en arabe


Traduisons le premier paragraphe:
Al-Akhbar (quotidien libanais pro-Hezbollah), n° 2301, vendredi 23 mai 2014

Le véto n° 4 : Une nouvelle alliance mondiale

Tandis que les deux présidents, le russe Vladimir Poutine et le chinois Xi Jin Ping, étaient à bord d'un navire de guerre et donnaient l'ordre de lancement de la troisième manœuvre navale conjointe, leurs représentants respectifs au Conseil de Sécurité de l'ONU usaient chacun du droit de véto pour la quatrième fois afin de protéger la Syrie de la nouvelle " baltaja " [comportement voyou] de l'OTAN qui visait à déférer la Syrie devant le Tribunal Pénal International. Quatre vétos conjoints, et trois manœuvres militaires conjointes depuis le déclenchement de la guerre mondiale contre la Syrie ; à cette guerre, l'Histoire aura réservé une réponse non moins mondiale. Les deux géants émergents se retrouvent côte à côte, depuis 2011, dans la fureur de la résistance de notre dernière forteresse, Damas. Et, maintenant que la capitale des Omeyyades vainc, flottent au vent les bannières de la nouvelle alliance mondiale opposée à l'hégémonie occidentale, aux cimes des trois rocs que sont la Russie, la Chine et l'Iran.


Présenté et traduit par César Sakr, le dimanche 22 juin 2014











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