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Les auteurs célébrés
Zeina
Abi Rached, auteur francophone, artiste spécialisée
en dessin graphique et en animation 2D, a publié deux ouvrages
aux éditions Cambourakis: 38, rue Youssef Semaan et Beyrouth
et Catharsis (2006). Les deux uvres relèvent autant
de lobjet dart que de la bande dessinée traditionnelle.
Son prochain livre est paru en septembre 2007.
Mohammad Abi Samra, auteur arabophone, journaliste
à an-Nahar. Dans son dernier roman, Soukkan al-souwar (Les
habitants des images, 2003), il retrace lépopée
des immigres du Liban-Sud dans la capitale. Dans son premier roman,
al-Rajol al-Sabik (Lhomme antérieur, 1995), il ajoute
au roman de la guerre civile un chaînon nécessaire
qui consiste dans le traitement psychologique.
Abbas Beydoun, auteur arabophone, poète,
essayiste, et critique littéraire, il est rédacteur
en chef du supplément culturel du quotidien as-Safir. Deux
ouvrages traduits édités chez Actes Sud: Le poème
de Tyr, 2002 et Tombes de verres, 2007.
Rachid el-Daïf, lun des auteurs arabes
les plus connus et les plus traduits en Europe. Enseignant de
littérature arabe à lUL, il a publié
de nombreux recueils de poèmes et romans pour lesquels
il a été primé. Ouvrages traduits chez Actes
Sud : Cher Monsieur Kawabata, 1998 ; Learning English, 2002 ;
Quelle aille au diable Meryl Streep, 2004 ; Fais voir tes
jambes, Leila, 2006.
Hassan Daoud, auteur arabophone, a collaboré
en tant que rédacteur en chef à plusieurs journaux
et revues. Deux romans traduits chez Actes Sud : Limmeuble
de Mathilde, 1998 et Des jours en trop, 2001.
Tamirace Fakhoury a publié à lâge
de 9 ans un poème en arabe. Mais cest en français
quelle a signé trois recueils chez Dar an-Nahar.
Joumana Haddad, journaliste au quotidien an-Nahar.
Auteur de plusieurs recueils de poésie en arabe et en français.
Imane Humaydane-Younès possède a son
actif un roman Ville à vif, paru aux éditions Verticales
en 2004. Son deuxième roman sortira en septembre 2007.
Élias Khoury, critique littéraire,
essayiste et chroniqueur, il est lauteur de huit romans
traduits et publies chez Actes Sud
qui lont placé parmi les meilleurs écrivains
arabes.
Charif Majdalani, auteur francophone, dirige le
département des lettres françaises de lUSJ.
Il conte dans son roman Histoire de la grande maison (éd.
du Seuil, 2005) les grandeurs et la décadence dune
famille libanaise, témoin de lhistoire du pays.
Alawiya Sobh, critique littéraire arabophone.
Son roman, Marie des Récits, est en cours de traduction
chez Gallimard, à paraître en octobre 2007.
Yasmina Traboulsi, juriste de formation, partage
sa vie entre Londres où elle est documentaliste et Teresopolis,
près de Rio de Janeiro.
Son premier roman, Les enfants de la place, a été
publié en 2003 au Mercure de France. Un roman est en préparation
sur Beyrouth.

Après la Nouvelle-Zélande
en 2006, lédition 2007
des « Belles étrangères » consacrée
au Liban
Lon dit souvent que si vous voulez découvrir un pays,
commencez par vous plonger dans ses livres. Cest donc pour
dévoiler les mystères des littératures étrangères
et de leur pays dorigine quune manifestation comme
les «Belles étrangères» a été
créée en France en 1987. Pour célébrer
(en beauté) les 20 ans de cette manifestation, en 2007,
du 12 au 25 novembre, les «Belles
étrangères» seront consacrées
à la littérature libanaise, de langue arabe et française.
Le Centre national du livre en France, organisateur de lévénement,
invitera ainsi 12 écrivains libanais, 8 auteurs arabophones
et 4 auteurs francophones, représentatifs de la diversité
et de la richesse de la création littéraire libanaise
daujourdhui.
Les noms des heureux élus ont été annoncés
le samedi 31 Mars 2007 au cours dune conférence de
presse tenue à la Résidence des Pins (voir photo
ci-dessus) en présence de Bernard Émie, ambassadeur
de France et maître des lieux; de Benoît Yvert, directeur
du livre et de la lecture du ministère français
de la Culture et président du Centre national du livre;
de Martine Grelle, chef du bureau des échanges internationaux
au CNL et commissaire des «Belles étrangères»;
de Mohammad Kacimi, écrivain, dramaturge, conseiller littéraire
de la manifestation, et de Denis Gaillard, conseiller culturel
près lambassade de France à Beyrouth.
Tournée plus particulièrement vers les littératures
insuffisamment traduites en français, cette manifestation
originale sest imposée en treize ans dexistence
et trente et une éditions comme un des événements
phares de la scène littéraire française.
Sa formule consiste à inviter en France, pendant deux semaines,
une douzaine décrivains représentatifs de
la littérature de leur pays et à les faire dialoguer
de vive voix avec les Français à travers des tables
rondes, des débats et des lectures publiques. Un livre
et un film accompagnent lévénement.
Ces rencontres ne se font pas uniquement à Paris. Après
la soirée inaugurale parisienne, les écrivains invités
sont conduits par le Centre national du livre (CNL), maître
duvre de lopération, à travers
toute la France pour quils puissent rencontrer aussi le
public des petites et grandes villes de province. Le CNL sappuie
pour cela sur son vaste réseau de bibliothèques,
de maisons de la culture, de librairies partenaires, où
les écrivains sont accueillis le temps dune soirée
ou dun débat. Les médias audiovisuels (Radio
France internationale, la chaîne franco-allemande Arte)
sont aussi présents et contribuent à faire de ces
rencontres un événement réellement national.
Lautre souci des organisateurs, cest la disponibilité
des traductions en français. «Nous essayons de choisir
une majorité décrivains déjà
publiés en France, car autrement les rencontres avec le
public ne peuvent pas se faire de façon intéressante,
rappelle Benoît Yvert, directeur du CNL. Mais on prend toujours
deux ou trois auteurs encore non traduits et dont les premiers
textes sont publiés dans lanthologie (coproduite
avec les éditions de lAube) que nous faisons paraître
à loccasion des Belles étrangères.»
Cet important travail de sélection et de prospection se
traduit par la parution dune profusion de nouveaux titres
à chaque édition des «Belles étrangères».
Il suscite aussi quelques répercussions imprévues:
une librairie parisienne prise dassaut par des passionnés
de la littérature tchèque lors de lédition
qui lui était consacrée, ou des bibliothèques
de prêt qui sapprovisionnent massivement en littérature
coréenne, révélée par les «Belles
étrangères» de 1995, pour répondre
à la demande de leur public.
Mais limpact réel de ce festival se situe ailleurs,
sur le plan de la conception et de lapproche de lAutre.
Concernant les auteurs sélectionnés par le comite
du CNL, Martine Grelle, commissaire de lévénement,
avoue que généralement, «létablissement
de cette liste est le moment le plus long et le plus difficile.
Il faut quelle soit la plus représentative possible
des tendances contemporaines et reconnues de la littérature
du pays invité. Sans oublier les jeunes espoirs qui promettent
pour lavenir. Pour le Liban, a-t-elle ajouté, les
choses se sont déroulées assez rapidement avec un
consensus presque général et une équité
hommes-femmes très intéressante».
Dans son allocution, lambassadeur Émie a rendu hommage
aux acteurs de la chaîne du livre au Liban qui constituent
«une communauté particulièrement dynamique
dans un pays quon peut considérer comme la véritable
plaque tournante de lédition dans la région».
Il a précisé que la composante francophone de cette
famille fait preuve dune vitalité toute particulière
et elle se retrouve chaque année en octobre pour cette
grande fête quest le Salon du livre francophone de
Beyrouth, le troisième en français après
Paris et Montréal.
Émie a rappelé, dans ce cadre, laccord de
coopération sur 3 ans, signé entre la France et
le Liban avec un montant de 1,5 million deuros, «pour
favoriser le développement des bibliothèques publiques
notamment dans les régions touchées par le cruel
et inutile conflit de lété dernier».
Bernard Émie a réaffirmé, pour conclure,
le soutien de la France et son engagement qui profite à
lensemble de la population libanaise. On souhaite que les
«Belles étrangères» soit loccasion
pour le grand public français de «découvrir
un autre Liban, un Liban qui a su lété dernier
continuer a rêver sous les bombes, un Liban qui crée
aujourdhui, malgré la douleur, un Liban qui écrit
pour survivre, un Liban qui ne renonce pas».
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Le
Prix Littéraire FRANCE-LIBAN 2004 attribué
le 17 Novembre 2004 à...
Elias Jabre pour son roman d'anticipation "Immortalis"
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Auteurs,
inscrivez-vous pour l'édition 2007
En prévision de la présélection des ouvrages à concourir
pour le prix littéraire "France-Liban", les auteurs intéressés
(Libanais et Français) ayant publié une oeuvre en langue
française entre 2006 et 2007, sont invités à se faire
connaître auprès du responsable du prix, Abdallah Naaman,
en lui adressant un exemplaire de leurs ouvrages respectifs,
accompagné d'un cirriculum vitae, à l'adresse suivante:
3 Villa Copernic,
75116 Paris, avant le 28 février 2008.
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Seconde
récompense pour Elias Jabre après celle
du
prix du roman fantastique
du Festival de Gerardmer 2004 (Fantastic’arts)
Voyage
dans le futur éternel
Elias Jabre est né en
1975 au Liban. Après des études de droit et un passage
par la fiscalité internationale, il se passionne pour
les nouvelles technologies qui le conduisent à travailler
au développement des activités électroniques d'un groupe
d'édition. Immortalis est son premier roman.
Ce récit d'anticipation aux multiples rebondissements
rappelle que ce siècle verra se jouer l'enjeu de l'espèce.
Il retrace le drame de personnages liés par l'amour et
par le sang, happés dans la spirale du progrès. Ils devront
faire des choix déterminants pour l'avenir de l'humanité.
Mais ont-ils le choix ?
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Comme elle le fait chaque année depuis plus de vingt ans,
l'ADELF, Association des Ecrivains de Langue Française
prépare la réunion du jury* en charge de décerner
ce prix qui récompense un auteur libanais ou francophone
dont le Liban a été au cours de l'année écoulée
le thème central d'un livre.
On connait désormais les 23 auteurs nominés pour
cette 23ème édition qui démontre que 2004
fut une année particulièrement féconde et
que les auteurs libanais choisissant la langue française
comme langue d'écriture sont de plus en plus nombreux:
Chez An-Nahar: Ronald Barakat
pour Amour et pénombre
Rita Baddoura pour La Naissance du dé
Rita Bassil pour Beyrouth ou le masque d'Or
Irène Lehr pour "De St Pétersbourg à
Ain El Mreissé"
Lutfallah Manassah pour La belle sunnamite
Chez L'Harmattan: Mirna Hanna
pour Nouvelles d'un néant inversé
Semaan Kfoury pour "Drogman"
Véronique Ruggirello pour Khiam, prison de la honte
Nader Srage pour Dialogue des langues
Chez Mercure de France: Soraya
Khalidi pour Le goût de Beyrouth
Yasmina Traboulsi pour Les enfants de la place
Aux PUF: Eric Debié
pour Le Liban reconstruit
Chez Karthala: Carmen Boustani
pour Effets du féminin
Chez Gallimard: Dominique Eddé
pour Le cerf-volant
Chez La Nouvelle Pleiade: Patricia
Elias pour Née du Silence
Chez Geuthner: Manar Hammad pour
"Aux racines du Proche-Orient"
Chez Le Manuscrit: Elyane Gorsira
pour Jérusalem et Byzance
Beyrouth: Victor Hachem pour
Antoura de 1657 à nos jours
Chez JC Lattès: Elias Jabre
pour Immortalis
Chez Robert Laffont: Jean-Sélim
Kanaan pour Ma guerre à l'indifférence
Chez Fayard: Samir Kassir
pour Histoire de Beyrouth
Chez Odile Jacob: Mozayan Osseiran
Houbbalah pour L'enfant-soldat
et enfin, Michael Davie pour La maison Beyrouthine
* Le Jury de l'ADELF est composé
de huit membres:
Mr Charles Zorgbibe(Président), Mr Abdallah Naaman(responsable
du prix), Paul Blanc, Vénus Khoury-Ghata, Adel Ismail,
Bahjat Rizk, Charles Rizk et Bassam Tourbah
Fondée en 1926,
la Société des écrivains coloniaux rebaptisée ADELF sous la présidence
de Henri Queffélec (1964-68) a pour objet de favoriser dans le
monde l'expansion des littératures de langue française, de soutenir
les écrivains de langue française résidant hors de France, de
grouper les activités d'ordre intellectuel et social relatives
à la défense et au rayonnement des civilisations du monde francophone,
de sauvegarder les intérêts moraux et matériels des écrivains
appartenant à l'association. L'ADELF compte plusieurs centaines
d'écrivains appartenant à 65 nationalités : les écrivains de pays
dont le français est langue nationale, de culture ou d'usage,
et aussi des écrivains qui ont choisi le français pour écrire.
ADELF: 14,rue Broussais, 75014 Paris
Tel: 01 43 219599
Par ailleurs, le prix hors concours est
allé à la professeur
Carmen Boustani pour son livre Effets du
féminin,
variations narratives francophones, publié chez Khathala. À signaler
que ce prix hors concours, à part à Carmen Boustani, a été décerné
quatre fois en 20 ans (1981 au Dr Adel Ismaïl, 1987 au président
Charles Hélou, 1998 à l’ambassadeur Nasri Salhab,
2003 au professeur Jad Hatem).
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Entre France et Liban
Regards appuyés pour:
L’ENFANT
DU SECRET,
par
Alexandrine Siham
ou l'histoire du parcours d'un
enfant adopté entre deux pays:
Quête, identités et droits à travers le témoignage
d'une femme et de son vécu, sur le mystère des origines entre
la France et le Liban (1965-2003)
"Plus de trente ans après son adoption par
une famille française, Alexandrine Siham nous livre ici le récit
de son parcours et sa quête des origines : depuis l’orphelinat
des premières années, l’auteur évoque tour à tour l’oubli, la
fuite en avant vers d’autres terres d’adoption, puis le retour
au Liban natal après les années de guerre. Une véritable enquête
s’engage alors, aventure médiatique et humaine, pour retrouver
celle a qui a donné au jour une
"enfant de la honte"…Celle qui, par une grossesse illégitime,
a déshonoré sa famille et a encouru le " crime d’honneur ". Ce
récit, autobiographique, pose la question de l’accès aux origines
et s’inscrit ainsi dans un contexte ou l’accouchement sous X et
l’adoption d’enfants étrangers agitent l’opinion suscitant débat
et réformes. Avant tout cependant, L’enfant du secret se présente
comme le témoignage sensible d’une histoire d’amour entre une
enfant et ses parents d’adoption, un vibrant appel à la vie."
Un premier livre qui mérite
une attention particulière tant il colle à la réalité
d'une certaine génération libanaise.
Editeur : L’harmattan, collection "Graveur de mémoires".
Invitation
à la conférence au Salon "lire en français"
de Beyrouth
et à la séance de signature du 24 Octobre avec la
Librairie Antoine
Présentation à Paris le 24
Novembre 2004, Librairie Alizées (M° Cardinal Lemoine).
Le message d’amour et le cri de souffrance d’Alexandrine Siham
dans « L’enfant du secret »--
Alexandrine Siham, c’est «
l’enfant du secret », l’enfant aux deux prénoms, l’enfant
aux deux identités. La première, l’originale, la Libanaise, c’est
Siham ou plutôt Siham Nelly qui, jusqu’à l’âge de 4 ans, était
une enfant abandonnée, illégitime, une enfant de la honte recueillie
par les religieuses de la crèche Saint-Vincent-de-Paul et à laquelle
elles ont donné un nom, une identité. La seconde, Alexandrine,
est de nationalité française. Elle a aujourd’hui 39 ans. Née à
l’âge de 4 ans, alors qu’elle venait d’être adoptée par un couple
de Français, elle tente de trouver sa place dans un monde auquel
elle ne s’identifie pas. Brune à la peau mate, dans une famille
de blonds aux yeux bleus, elle souffre de ne pouvoir être la petite
fille modèle tant désirée. Elle souffre surtout du déracinement
de son pays d’origine, le Liban, de ce passé que ses parents adoptifs
tentent d’occulter, mais qui resurgit dans ses cauchemars d’enfant
et ses rêves les plus fous. Rebelle, tant dans son aspect physique
que dans son comportement, elle exprime sa souffrance à travers
ses actes, ses paroles, ses interrogations. Siham Nelly au Liban,
Alexandrine en France, la jeune femme ne se sent ni tout à fait
libanaise ni tout à fait française. Tout juste une étrangère ici
ou là, mais une étrangère partout ailleurs aussi. À travers L’enfant
du secret, Alexandrine se livre totalement, raconte sa détresse,
sa souffrance de cette dualité qui lui pèse, son chagrin de ne
pas parler ni comprendre l’arabe, sa langue maternelle, qu’elle
parlait pourtant exclusivement jusqu’à l’âge de 4 ans, lorsqu’elle
était une enfant de « Azarieh ». Mais ce qu’elle dépeint surtout,
c’est sa quête de ses parents biologiques qui l’ont abandonnée,
sa quête de sa mère surtout, cette « mama ou emmé » à laquelle
elle voudrait tant mettre un visage, qui devient non seulement
son leitmotiv, mais ausi le but de son existence. Ce désir d’en
savoir plus sur sa naissance, de comprendre pourquoi et dans quelles
circonstances elle a été abandonnée, se transforme en une hantise.
Une hantise qui ne peut que faire souffrir ses parents adoptifs,
devenus malgré eux partenaires actifs dans la quête engagée par
leur fille, par amour pour elle, par peur aussi de la perdre.
Au fil des pages, Alexandrine l’enfant rebelle se transforme.
La jeune fille déchirée entre deux mondes, écorchée vive, rancunière,
qui donne des surnoms à sa mère adoptive pour ne pas l’appeler
maman, qui lui crache sa souffrance d’avoir été déracinée, arrachée
à son pays tant chéri, se mue, progressivement, en une Alexandrine
plus tolérante. Une Alexandrine qui a accepté sa situation, même
si sa quête n’a toujours pas abouti. Une Alexandrine qui a intériorisé
sa dualité et qui désire exister en tant que telle. L’enfant du
secret est le cri de souffrance d’une personne qui finit par comprendre
que les mentalités d’une société encore trop traditionnelle sont
plus fortes que le droit à retrouver ses origines. Au terme d’années
de combat, L’enfant du secret est en quelque sorte le parcours
d’Alexandrine, un parcours identitaire, semé d’embûches, mais
aussi tout plein d’émotions, de souvenirs, de parfums, d’amour,
de poésie aussi. Un message d’amour immense qu’elle exprime aussi
bien à ses parents adoptifs qu’aux religieuses de la crèche. Au-delà
de l’histoire personnelle d’Alexandrine, resurgit le problème
de l’adoption, de l’accès aux origines, mais aussi des grossesses
illégitimes dans une société libanaise encore traditionnelle.
Dans le cadre de la signature de son
ouvrage, L’enfant du secret, édité chez L’Harmattan, Alexandrine
Siham organise une conférence-débat, sur le thème « Parcours d’un
adopté entre deux pays », le dimanche 24 octobre à 17 heures,
au Biel, au Salon Lire en français et en musique, à la salle Quatz’arts.
La signature du livre suivra la conférence, à 18 heures, au stand
de la librairie Antoine.
Anne-Marie EL-HAGE

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Premier roman de Yasmine Ghata
( la fille de Vénus)
aux éditions Fayard «La nuit des calligraphes»:
un destin de femme à la pointe du roseau
Sélectionné
pour le Prix Renaudot
« Ma mort me fut aussi douce
que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l’encrier,
plus rapide que l’encre bue par le papier. » Ainsi parle Rikkat,
la calligraphe ottomane, d’une voix flottant entre ombre et
lumière, alors qu’elle entreprend le récit de sa vie.
Dans
la plupart des livres d’histoire, Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938),
fondateur, en 1923, de la République de Turquie, est décrit
comme le héros, voire comme le sauveur de son pays. Or, dans
La nuit des calligraphes, le premier roman de Yasmine Ghata,
fille de la poétesse Vénus Khoury-Ghata et spécialiste en histoire
de l’art islamique, le président démocratique est loin d’être
porté aux nues. En effet, dans son empressement à rapprocher
sa nation de l’Europe, Atatürk met la calligraphie arabe, avec
une grosse partie de l’héritage de l’islam, au rebut. Les enlumineurs,
qui, jusque-là, étaient hautement considérés, sont alors lentement
oubliés, pendant que l’alphabet latin fait une entrée fracassante
en Turquie. Yasmine Ghata – dont le premier mérite est de ne
pas avoir accablé son récit de prétentieux étalages de ses connaissances
profondes sur le sujet précis de la calligraphie arabe en Turquie,
dans les premières années du XXe siècle –, présente, à la première
personne du singulier, Rikkat, une des très rares
femmes calligraphes ottomanes.
Spiritualité et déboires conjuguaux
À travers le récit houleux de son existence de 83 ans, se déploie
un monde tout à fait particulier, celui d’hommes et de femmes
qui vivent en lien étroit avec Allah, par le biais de leur «calame»
(pointe de roseau trempée dans l’encre). L’auteur, au fil de
ces quelque 175 pages ponctuées de courts chapitres, a réussi
à poser un climat narratif, à travers une écriture raffinée
et accessible, qui ne cherche pas l’originalité. Rikkat est
à la fois calligraphe d’Allah et mère de deux enfants, nés de
deux pères différents. Entre spiritualité extatique – l’artiste
est protégée, tout au long de sa vie pour le moins malheureuse,
par le fantôme de Sélim, un de ses pairs qu’elle a retrouvé
pendu dans sa chambre et qui lui a légué son matériel et ses
secrets de calligraphe – et déboires conjugaux – son premier
mari est aussi rustre et inattentif que le second –, le roman
trouve son équilibre et sa crédibilité. Et, pour pimenter l’ensemble,
un secret qui ne sera divulgué, habilement d’ailleurs, que dans
les dernières pages. Yasmine Ghata a assurément réussi sa première
tentative romanesque. Même si son style dépouillé, qui s’identifie
au personnage central, a de quoi déconcerter, et si ses allées
et venues sur la ligne temporelle du récit, au gré des souvenirs
de Rikkat, manquent parfois de justification. Le destin de Rikkat,
femme calligraphe du début du siècle dernier, spirituelle et
audacieuse, inspirée et mélancolique, intègre harmonieusement
les terres du roman historique. Un coup d’essai prometteur.
Diala GEMAYEL -L'Orient-Le Jour

« Si c’était à refaire
»... par Michel Ghazal

Deux ouvrages à son actif : Mange ta soupe et... tais-toi
(1992) et Circulez, y’a rien à... négocier (1997), tous les
deux parus au Seuil. Voilà le parcours littéraire de Michel
Ghazal. Aujourd’hui, il publie un nouvel ouvrage, un roman entre
conte psychologique et réflexions philosophiques, sur un ton
subtilement ironique et léger, sous le titre de
Si c’était à refaire (Editions Dervy-225).
Refaire quoi? Sa vie bien entendu! Être surtout soi-même
pour mieux vivre et garder ses distances (ou les brûler) avec
l’ambition, le pouvoir; savourer fidélité et loyauté; éviter
les tourmentes de la culpabilité, de la séparation et de la
trahison; tenter de se rapprocher de la perfection et du bonheur;
vivre l’amour dans toute sa force et son intensité. Qui de nous
a jamais su quoi faire dans les méandres et les trappes d’une
vie? Nos errements, nos échecs, nos difficultés à surmonter
les obstacles, comment les voyons-nous avec la fuite du temps
et son irréparable passage temps? À ces interrogations que nul
n’élude, Michel Ghazal a écrit ce roman à la fois badin et grave,
mais où tout est perçu dans une constante bonne humeur et où
l’humour est la clef de voûte de bien des situations. Tout commence
par un rêve, la vie d’ailleurs n’est-elle pas un rêve?... Un
rêve pour sortir de soi-même et croiser «l’ange» qui fera le
parcours à vos côtés... Un voyage qui se dessine au fur et à
mesure en une sorte «d’avancée vers le passé»... Une sorte d’arrêt
sur image pour mieux réfléchir sur soi, ses actions, ses agissements
et les valeurs que nous subissons comme un carcan. L’auteur
nous propose cette aventure pour une leçon de sagesse: «Le saut
dans l’inconnu allait commencer. Seulement, était-ce vraiment
l’inconnu ou s’agissait-il simplement d’accepter de voir ce
qui, depuis toujours, lui pendait au nez et qu’il occultait?»
Sur ce canevas finalement assez simple se trame toute une histoire
d’un roman à rebondissements multiples, avec ses situations
imprévisibles et parfois cocasses, et ses personnages à la hauteur
de tant de péripéties... Un roman entre esprit voltairien et
rêveries gibraniennes (d’ailleurs l’auteur du Prophète est largement
cité en exergue des chapitres dans cette fiction)* pour
dispenser non un art de vivre, mais un «bonheur» de vivre en
harmonie avec soi-même. Alors se déroulent les thèmes qui tourmentent
l’humanité. On en fera le tour avec un jugement à garder en
tête. La puissance est-elle une réalité ou une vanité? La tolérance
serait-elle un différend ou doit-elle rester une différence
à respecter? L’incompréhension serait-elle un envirant sentiment
de vaincre ou doit-elle être un besoin de convaincre? Comment
considérer un échec? Accepter la loi du monde ou imposer la
tienne? Trahir, c’est se duper ou être trompé? Où placer le
don? Altruisme ou égoïsme? Comment traquer la perfection entre
ombre et lumière? L’amour est-il chaîne ou liberté? Le bonheur
est-il notre destination ou un voyage qui nous permet de vivre?
Autant d’interrogations et de réponses que chacun lira d’une
manière différente. Des mots simples, de la distanciation, un
regard lucide, de l’humour, une pointe de bonhomie, une écriture
claire et sans sophistication. Voilà les ingrédients de cet
ouvrage où est abordé le thème d’un véritable parcours initiatique.
Edgar DAVIDIAN - L'Orient Le Jour
* Notez que simultanément sort chez Dervy une réedition
du Jardin du Prophète illustrée
par des calligraphies de Lassad Metoui et traduite par JP Dahdah.

«Mansour
Labaky, la paix par le pardon», d’Évelyne Massoud
ou une une vie remplie à ras bord

Août 2004- Il y a, dans la vie de tout homme, des coïncidences
troublantes. Pour certains, les coïncidences sont mystérieuses
et les mènent vers des passes obscures, des lieux envoûtés,
des contes dont on ne sait s’ils sont de fées. Pour d’autres,
ces coïncidences sont lumineuses. Le père Mansour Labaky (64
ans) est de ceux-là. Sa vie semble une suite ininterrompue de
rendez-vous, dramatiques, douloureux ou heureux, avec la providence.
L’épisode le plus marquant de cette vie remplie à ras bord,
le père Labaky l’a vécu à Damour, le 20 janvier 1976, deux jours
après la chute de la Quarantaine, un camp de réfugiés palestiniens
à l’entrée nord de Beyrouth. Ils furent cinq cents à trouver
refuge à l’intérieur de l’église Saint-Élie, dans l’idée qu’ils
pouvaient mourir d’une heure à l’autre, sous les bombardements
des forces palestiniennes ou massacrés à l’arme blanche.
«Nous avons su comment vivre en chrétiens, sachons comment mourir
de même», exhorte le père Labaky (nommé cinq ans plus tôt curé
de Damour), durant ces heures dramatiques. «S’il nous veut au
Ciel, il nous donnera la force de mourir et pardonner, comme
saint Étienne», ponctue le prêtre, qui a la confiance de tous,
avant de conduire ses paroissiens dans un suprême Notre Père.
Quelques angoissants moments plus tard, des coups violents et
rapides sont frappés à la porte. Est-ce l’attaque finale des
combattants palestiniens? La panique s’empare des fidèles. Le
prêtre joue son va-tout. Il décide d’ouvrir la porte et de se
proposer en otage. S’il est tué, peut-être sa mort assouvira-t-elle
la folie meurtrière des hordes sauvages qui encerclent l’église.
Sous le regard épouvanté des fidèles, il ouvre la porte. Ce
sont deux habitants du village qui leur proposent de couvrir
leur fuite. Après leur départ, l’église sera dynamitée. Cet
épisode est le plus fort de l’ouvrage qu’Évelyne Massoud, journaliste
à La Revue du Liban, ancienne secrétaire de la Jeunesse étudiante
chrétienne, consacre à «l’itinéraire» du père Labaky.
Son titre, La paix par le pardon, donne son sens à l’ouvrage,
qui n’est pas une biographie à proprement dit. De sa jeunesse
insouciante à Baabdate à sa situation présente de président
de la Ligue sacerdotale, en passant par le Foyer de Douvres-la-Délivrande,
près de Caen (France), qui accueillera, sur une dizaine d’années,
quelque 200 enfants venus du Liban, et le mouvement «La Tedhal»
(Ne crains pas), Évelyne Massoud retrace dans les détails l’itinéraire
du père Labaky. Cet itinéraire passe notamment par la belle
histoire de sa mère, engrangeant, sacrifice après sacrifice,
mois après mois, des grains de blé qui servirent à la première
hostie consacrée de son fils. «Ta vie sera marquée par la jalousie
et la calomnie», l’avertira-t-elle avant sa mort.. De fait,
la vie de ce prêtre écrivain, poète, musicien, conférencier,
bâtisseur et éducateur est un peu trop médiatisée aux yeux de
certains. Il faut dire que le monde du mécénat est un monde
de riches, de princesses et de célébrités qui peut facilement
prêter le flanc à la critique et susciter des jalousies.
L’ouvrage est préfacé par Jean Lacouture. Dans un avant-propos,
le père Labaky affirme «qu’il est inutile de chercher un autre
but dans la vie que celui de tapisser d’espérance les chemins
qui mènent le monde à Dieu». Des chemins qui ne sont pas faits
que de roses.
Fady NOUN pour L'Orient-Le Jour
(*) Mansour Labaky, la paix par
le pardon, d’Évelyne Massoud, préface de Jean Lacouture. Éditions
du Jubilé, «Le sarment».

Dictionnaire étymologique des noms du monde arabe
"Les Sources Etonnantes des Noms du Monde Arabe",
par Jana Tamer aux éditions Maisonneuve
& Larose-Paris
405 pages, prix autour de 35
Euros.

Pourquoi
le nom du palmier, nakhlé/nakhla, est-il un prénom toujours
chrétien, jamais musulman ? Quelle est la relation entre des
noms aussi différents en apparence que Hassan et Ghosn ? Comment
Farouk, « sauveur » en syriaque, a pris le sens d’« équitable
» en arabe ? Pourquoi tant de noms ont-ils un sens péjoratif
? Pourquoi les noms de saints chrétiens d’Orient passent-ils
pour « étrangers » ? Pourquoi de nombreux noms arméniens sont-ils
en fait perses ?
C’est à ce genre de questions et bien d’autres que cet ouvrage,
qui recense plus de deux mille noms, tente d’apporter une réponse.
L'étude des noms de personnes dans le
monde arabe révèle une diversité insoupçonnée d'origines, de
cultures et de langues. Par des commentaires détaillés, s'appuyant
sur des références historiques et linguistiques, ce dictionnaire
souligne le rôle majeur des cultures, des religions et des langues
syriaque (araméenne), hellénistique et perse dans la constitution
de la civilisation et de la langue arabes. L'auteur y aborde
les facteurs historiques et sociaux qui expliquent les différences
et les similitudes d'un pays à l'autre et contribue à modifier
la perception du monde arabe comme une région n'ayant qu'une
seule langue, une seule religion, une seule histoire. Cet ouvrage
s’adresse donc à tout public intéressé par le Moyen-Orient.
>>>
Lire
la description et la critique du livre par François-Xavier
Après "le couvent de la lune", deuxième volet
de la fresque historique et sentimentale de Carole Dagher
«Le seigneur de la soie»
Dans
un Liban terrain des rivalités entre les grandes puissances
européennes éclate, en 1840, un soulèvement contre les abus
de Béchir II Chéhab et de son suzerain, Méhémet-Ali, vice-roi
d’Égypte et maître du pays depuis 1831. Les affrontements entre
druzes et maronites deviennent violents (massacres de 1860).
La France, qui assurait la protection des maronites, intervient
en 1861 et fait reconnaître par les Ottomans l’autonomie du
«Mont-Liban». Voilà, en résumé extrêmement concis, les grandes
lignes historiques du roman Le seigneur de la soie, de Carole
Dagher. Diplômée de Sciences-Po, journaliste, auteur de nombreux
essais politiques, Dagher est devenue romancière sur le tas,
suite à une rencontre avec l’éditeur de Plon qui lui a suggéré
de combler une lacune: tisser une trame romantique avec pour
toile de fond le Liban du XIXe siècle. Après des mois de recherches
entreprises à Deir el-Qamar, elle se retrouve avec une masse
d’informations qui dépasse de loin ses espérances. «Il y a de
quoi en faire dix volumes», s’était-elle exclamée. Elle s’en
tiendra finalement à trois. Voilà donc aujourd’hui, Le seigneur
de la soie, second volet de la fresque historique et sentimentale
de Carole Dagher, après Le couvent de la lune, épopée qui racontait
la naissance du Liban moderne. En écrivant le tome 1, Carole
Dagher avait découvert ses «racines historiques, culturelles,
nationales avec un émerveillement et un bonheur presque enfantins»,
avait-elle déclaré lors de la remise du prix Ignace Maroun 2003.
Elle a également compris pourquoi l’histoire se répète chez
nous: «Parce que nous n’en savons rien, ou pas grand-chose,
et que donc nous ne retenons pas les leçons du passé.» Le seigneur
de la soie, c’est l’histoire d’un peuple qui vit dans la psychose
des massacres. L’histoire de religions qui se côtoient avec
autant d’indifférence que de respect. L’histoire de guerre où
l’enjeu est devenu soudain une terre où cohabitaient les belligérants
depuis plus de mille ans… À la mort de son père Karim, premier
chevalier de l’émirat du Liban, Francis se retrouve à la tête
d’une insurrection déclenchée contre l’occupant égyptien. À
la chute de l’émirat, le jeune homme se consacre à l’élevage
des vers à soie. Il rencontre une jeune veuve, Agnès Morand,
venue établir une filature au Mont-Liban. Une idylle s’ensuit,
et Agnès entraîne Francis à Lyon pour qu’il s’initie aux nouvelles
techniques de la soie. Mais nous sommes en 1848; les canuts
de la Croix Rousse s’insurgent et Francis participe au soulèvement.
Ce qui choque le milieu patricien où il évolue et déplaît à
Agnès. Leur liaison bat de l’aile. Francis quitte Lyon pour
rentrer au pays. Devenu le «seigneur de la soie», Francis tombe
amoureux de Yara, la fille de l’émir.
Mais cet amour est condamné d’avance.

Le dernier livre d'Amin Maalouf vient de sortir:
«Origines »:: « Pour patrie, un patronyme...
»
De Aïn el-Qabou à La Havane, une saga familiale qui court
sur un siècle et demi d’histoire
La vie est un roman. Celle des
aïeux spécialement qui, nimbée du mystère des non-dits, des
secrets de famille et du cadre d’époque, interpelle particulièrement
l’imaginaire. Le destin le plus insignifiant s’habille alors
de romanesque et se transforme, avec le passage du temps, en
récit de vie riche de multiples correspondances. Pour les écrivains-conteurs
comme Amin Maalouf, la généalogie est un terreau fertile. Après
y avoir puisé pour ses précédents ouvrages un personnage par-ci,
une anecdote familiale par-là, l’auteur du Rocher de Tanios
a décidé de consacrer à l’histoire des siens une biographie,
ou plutôt un roman vrai. Origines (qu’il vient de publier aux
éditions Grasset) est un long hommage aux ancêtres, au grand-père
surtout, figure centrale de ce livre. Un homme aux idées très
avancées pour son époque, une sorte de mouton noir dans son
milieu, à la fois enseignant, poète, franc-maçon et anticlérical.
Des lettres dans une malle
« Quand mon grand-père avait eu, à la fin des années 1880, le
courage de désobéir à ses parents pour aller poursuivre ses
études dans une école lointaine, c’est à moi qu’il était en
train d’ouvrir les chemins du savoir. Et s’il a laissé, avant
de mourir, toutes ces traces, tous ces textes en vers et en
prose soigneusement recopiés et accompagnés de commentaires
sur les circonstances dans lesquelles il les avait dits ou écrits,
s’il a laissé toutes ces lettres, tous ces cahiers datés, n’est-ce
pas pour que quelqu’un s’en préoccupe un jour?» écrit Maalouf.
Lorsqu’à l’occasion d’un deuil, il tombe sur ces documents –
et quelques autres plus anciens encore – conservés de génération
en génération dans une malle dans la maison familiale, il s’y
plonge, avec son obsessionnel sens du détail exact, pour remonter
les traces de ses origines. Déchiffrant les manuscrits, recueillant
les souvenirs des plus âgés, mettant ses pas dans ceux de ses
prédécesseurs, pour reconstituer la vérité historique, l’écrivain
ira même jusqu’à La Havane, où il retrouvera un cousin dont
il ne soupçonnait même pas l’existence.
Anticléricaux et mystiques
Dans sa lignée, l’auteur va ainsi découvrir un grand-père anticlérical,
un grand-oncle curé catholique, un autre ayant fait fortune
à Cuba, un arrière-grand-père pasteur protestant, un oncle d’Amérique
mystique... Un brassage de caractères, de tempéraments, un enchevêtrement
d’appartenances religieuses, qui donnent forcément quelques
querelles de clochers et des identités complexes. Ingrédients
parfaitement adaptés à une fresque familiale. Sur fond d’un
siècle et demi d’histoire du Levant, allant de l’Empire ottoman
au mandat français, Amin Maalouf nous entraîne dans le sillage
des personnages de sa famille, avec cet art consommé du verbe
qui lui vaut sa réputation de «conteur». Du village de la montagne
libanaise à La Havane, en passant par Paris, New York, on suit
les tribulations de cette «tribu qui nomadise depuis toujours
dans un désert aux dimensions du monde» dont se revendique l’auteur.
Cet écrivain, qui «cultive l’éloignement comme on arrose à sa
fenêtre une fleur triste», réfute d’ailleurs le terme de racines,
parce qu’il est synonyme de captivité, et réclame «pour patrie,
un patronyme». Et pour toutes origines, cette tumultueuse filiation.
À travers ces esquisses de destins singuliers, se profile celui
du Liban. De ce coin de terre soumis à toutes les ingérences,
de ses habitants périodiquement acculés à émigrer vers des cieux
plus cléments. L’histoire se répète. Celle des familles comme
celle des pays (485 pages).
Zéna ZALZAL, dans L'Orient Le Jour

Nouveauté:
«Immortalis», d’Élias Jabre: voyage dans le futur éternel
Prix du roman fantastique
du Festival de Gerardmer 2004 (Fantastic’arts)

Elias Jabre est né en 1975 au Liban. Après
des études de droit et un passage par la fiscalité internationale,
il se passionne pour les nouvelles technologies qui le conduisent
à travailler au développement des activités électroniques d'un
groupe d'édition. Immortalis est son premier roman.
Ce récit d'anticipation aux multiples rebondissements rappelle
que ce siècle verra se jouer l'enjeu de l'espèce. Il retrace
le drame de personnages liés par l'amour et par le sang, happés
dans la spirale du progrès. Ils devront faire des choix déterminants
pour l'avenir de l'humanité. Mais ont-ils le choix ?
---
Pour un coup d’essai, Immortalis d’Élias Jabre s’est révélé
un coup de maître. À peine publié aux éditions du Masque (le
28 Janvier 2004), ce premier ouvrage d’un jeune Libanais de
France a obtenu le prix du roman fantastique décerné, le mois
dernier, à l’occasion du Festival du film Fantastic’arts de
Gerardmer. Consacré par un jury composé d’auteurs et de journalistes
reconnus, Marc Caro, Didier Imbot, Yann Moix, Jacques Baudou
et Bernard Werber (ce dernier est considéré comme le nouveau
pape de la littérature française de science-fiction), Immortalis
mérite bien ses lauriers. Comme son titre l’indique, ce récit
d’anticipation base sa trame sur un rêve vieux comme le monde:
l’immortalité. Un rêve que notre société contemporaine tente
d’ailleurs d’atteindre d’une manière détournée à travers tous
ces élixirs de santé, de beauté et de longévité qui vont de
la simple gélule aux injections de Botox. Mais là n’est pas
la question. Immortalis préfigure ce qui pourrait advenir si
une vraie victoire sur la dégénérescence était arrachée par
les experts généticiens, ces alchimistes des temps modernes
Eugénisme et fantasme d’éternité
À travers les multiples rebondissements d’une épopée familiale
du XXIe siècle, où les liens de sang et d’amour se mêlent aux
manipulations génétiques, le jeune auteur dresse le portrait
d’une société futuriste dont le spectre nous menace. Car les
racines de ce récit, alliant bioéthique et politique véreuse,
sont profondément ancrées dans notre réalité. Imaginez un monde
livré à des politiciens mégalomanes, servis par des savants
fous qui, dans leurs laboratoires high-tech, feraient «œuvre
au noir» pour créer un nouvel homme. Imaginez un monde dominé
par des hommes eugéniques, c’est-à-dire « améliorés », où les
humains ayant des défauts seraient éliminés ou, en attendant
leur extermination, parqués dans un zoo. Oui, un vrai zoo, que
les races supérieures viendraient visiter, caméra à la main.
Une zone où seraient exilés aussi bien les personnes atteintes
de maladies génétiques que les criminels et les opposants au
régime. Mais encore plus, imaginez le fantasme de l’immortalité
enfin réalisé. Un scénario catastrophe qu’Élias Jabre, 29 ans,
juriste de formation, passionné par les nouvelles technologies
(il a d’ailleurs travaillé au développement des activités électroniques
d’un groupe d’édition), a concocté avec une réelle maestria.
Et vous aurez une tragédie bien ficelée, qui puise à la source
grecque de la réflexion philosophique sous-jacente (qu’est l’immortalité
sinon l’éternité, et celle-ci n’est-elle pas la répétition du
cycle de la vie ? ) mais où les personnages ont troqué leurs
toges pour des combinaisons de manga. Immortalis est un livre
prenant. Narrées dans un style imagé, les aventures, en 2041,
des docteurs Léonard et Stanislas et de leur progéniture Lili,
Éléna, Borja et Théo feraient une belle adaptation cinématographique.
Élias Jabre : une jeune plume à suivre.
Zéna ZALZAL pour L'Orient le Jour
|

Parution du dernier livre d'Alexandre Najjar,
Le mousquetaire

La couverture de l’ouvrage: portrait de Zo d’Axa
par Constant Montald.
LBV, 23 Janvier 2004- Voilà un essai sur Zo D'AXA (1864-1930),
célèbre pamphlétaire de la fin du XIXème
et du XXème siècle; de son vrai nom Alphonse Gallaud,
refusant le qualificatif d'anarchiste en lui préferant
celui d'homme libre, il créa les journaux "l'Endehors"
et "la Feuille" avant de se réfugier dans le
mutisme et le nomadisme sans jamais passé inaperçu,
jusqu'au Québec par exemple.
L'ordre du monde n'est pas pour lui; c'est un jusqu'auboutiste
qui finit par abdiquer après la mort de sa femme.
La phrase "le suffrage universel est un moyen d'étouffer
l'initiative individuelle"
illustre l'intensité
et la passion du personnage que la plume d'Alexandre Najjar
transcrit avec verve et fidélité pour une lecture
facile de bout en bout.
Paris, Editions Balland
---
Zo d'Axa, la
liberté à l'état pur L'écrivain libanais Alexandre Najjar publie
"Le mousquetaire", une biographie d'Alphonse Gallaud, alias
Zo d'Axa, l'un des pamphlétaires les plus virulents de la fin
du XIXe, anarchiste hors de l'anarchie. Flamboyant, impertinent,
épris de liberté. Ce sont quelques-uns des qualificatifs qu'il
convient d'employer au sujet de Zo d'Axa, pseudo qui signifierait,
en grec, "je vis en mordant". Après deux biographies de "Khalil
Gibran" et d' Ernest Pinard, "Le Procureur de l'Empire",
Alexandre Najjar nous fait (re-)découvrir Alphonse Gallaud,
pamphlétaire inclassable (1864-1930). "Ce qui m'a séduit, raconte
l'écrivain, c'est son amour de la liberté, son indépendance
absolue". Dès son plus jeune âge, Zo d'Axa se sent en dehors
de la société. Tellement "endehors" qu'il baptise son premier
journal, à 27 ans, ainsi. Il se déclare "en dehors de toutes
les lois, de toutes les règles, de toutes les théories, mêmes
anarchistes". D'écrits en provocations, des geôles de Mazas
à celles de Jérusalem, ce mousquetaire s'attaque aux mensonges
de la classe politique, la mascarade des élections, la bêtise
de la justice, etc. Il va même jusqu'à présenter son candidat,
"l'âne Nul" aux élections de 1898. A 36 ans, il part, car "la
sagesse est de ne pas rester". Il mettra fin à ses jours à Marseille,
en toute liberté, comme le fut toute sa vie.
Par Jenny Lafond,
Metro
Editions Balland, 175 pages, 15 euros.
« Le mousquetaire Zo d’Axa » : une
biographie pleine d’analogies...
par Zéna ZALZAL

Pour Alexandre
Najjar, c’est toujours la période biographies. Son dernier livre,
«Le mousquetaire. Zo d’Axa – 1864-1930» (paru en janvier 2004
aux éditions Balland), dresse le portrait d’un pamphlétaire
français de la fin du XIXe siècle, un homme d’une liberté sans
concession. Un parfait contraste avec l’ouvrage précédent, une
biographie «en contre-exemple» d’Ernest Pinard, «Le crapaud»,
ce redoutable procureur du Second Empire, qui avait persécuté,
entre autres, Flaubert et Baudelaire. Deux personnages qui,
pour n’avoir rien en commun, s’inscrivent dans l’œuvre d’Alexandre
Najjar avec une certaine logique. Ainsi, après avoir dénoncé
«le symbole même de l’obscurantisme, de l’intolérance et de
la bêtise» , l’avocat-écrivain réhabilite une figure d’« homme
pareil au vent : libre, pur, insaisissable, (...) qui savait
secouer par le souffle de son esprit ceux qui se vautrent dans
la médiocrité», écrit-il dans sa préface. «Les thèmes de mes
livres s’imposent à moi», affirme-t-il d’ailleurs, expliquant
que « c’est le hasard qui détermine, à chaque fois, le choix
de l’un des nombreux sujets que j’ai en tête et me pousse obstinément
à le développer ». C’est ainsi qu’étant tombé plus d’une fois,
au cours de ses lectures, sur le nom étrange de Zo d’Axa, Alexandre
Najjar entreprend des recherches qui le conduisent à la petite-fille
de ce dernier, Béatrice Arnac. Seule descendante directe de
ce personnage plein de panache, qui maniait aussi bien le fleuret
que la plume, elle met à sa disposition les archives familiales.
«Trois caisses pleines de textes manuscrits que j’ai compulsés
un à un», dit-il. Et à travers lesquels, il apparaît qu’en dépit
d’une trajectoire fulgurante, cet «escrimeur de mots» avait
eu une certaine notoriété en fondant vers la fin du XIXe siècle
deux journaux libertaires et satiriques : L’Endehors et La Feuille.
« À vingt-sept ans, Zo d’Axa (Alphonse Gallaud, de son vrai
nom) avait réussi à rassembler autour de lui des intellectuels
parmi les plus importants de son époque. Des personnages comme
Octave Mirbeau, Félix Fénéon (critiques littéraires et artistiques),
Georges Darien, Henri de Régnier, etc. Surnommé par Clemenceau
“ Le mousquetaire rouge ”, cet homme épris de liberté n’a pas
eu peur d’affronter les juges, la prison et l’exil pour dire
tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. Très audacieux
dans ses écrits comme dans ses actes, il n’a pas versé pour
autant, comme certains anarchistes, dans le terrorisme. D’ailleurs,
rebelle à toutes les classifications, il réfutait toutes les
étiquettes, même celle d’anarchiste », explique l’auteur.
XIXe siècle en France, XXIe siècle au Liban
Fougueux, intransigeant, insoumis, Zo d’Axa ne peut vivre dans
un carcan, encore moins celui d’une société où règnent l’incompétence,
le laxisme et l’injustice. Après avoir attaqué avec virulence
aussi bien l’armée et la magistrature que la famille ou la patrie,
arrivé à la trentaine, à défaut d’avoir pu changer le monde,
il décide de larguer les amarres. Il passera les trente années
suivantes à vagabonder au gré de sa fantaisie aux quatre coins
du globe, avant de finir par se donner lui-même la mort – ultime
liberté – en se tirant une balle dans la tête. Pour ceux qui
reprocheraient à Alexandre Najjar sa propension à faire des
biographies de personnage purement français, l’auteur, en bon
avocat, se défend d’avoir choisi un sujet qui n’a pas le moindre
lien avec le Liban. «D’une part, j’ai toujours revendiqué la
triple liberté de l’écrivain: celle du choix du sujet, du choix
de la langue et du choix du genre littéraire. Et, d’autre part,
je trouve qu’il y a beaucoup d’analogies entre le XIXe siècle
en France et le XXIe siècle au Liban. Les régimes de l’époque
avaient de nombreux travers qu’on rencontre dans notre société
actuelle, tant au niveau des libertés publiques que des dérapages
de la justice...» Une bonne raison, en tout cas, de lire ce
livre.
>>> Lire
aussi: La critique, plutôt flatteuse, de la Revue du Liban
>>>
Tous
les livres d'Alexandre Najjar sont référencés
par la Fnac.com
«
Histoire des Orientaux de France »,
de Abdallah Naaman*

Le 19e ouvrage de Abdallah Naaman,
intitulé Histoire des Orientaux de France, vient de paraître
aux éditions Ellipses (Paris). Il s’agit d’un travail historique,
généalogique et sociologique qui raconte, en 528 pages toutes
pleines de passion et de précision, l’installation en
France de vagues successives d’Orientaux
(les actuels libanais, syriens, égyptiens, jordaniens, palestiniens,
irakiens). En effet, dès les premiers siècles de notre ère,
les Orientaux écument la Méditerranée et deviennent les familiers
de l’Europe qu’ils sont les premiers à évangéliser. La Gaule
connaît tour à tour leurs moines et leurs marchands, puis leurs
cavaliers et leurs savants, enfin leurs voyageurs et leur élite
pensante et industrieuse. Dans sa recherche, l’auteur s’appuie
sur de nombreuses archives inédites, complétées par des témoignages
oraux, pour raconter les pérégrinations de ces Orientaux sur
le sol français pendant deux millénaires, passant en revue le
destin individuel ou collectif des uns et des autres, révélant
pour la première fois des épisodes glorieux et parfois sanglants
du long cheminement de ces passeurs qui n’ont pas démérité de
la France. L’auteur mène en outre une vaste enquête de terrain,
interrogeant les descendants, recueillant beaucoup d’éléments
inconnus enfouis dans la mémoire familiale, explorant une quantité
de documents inédits et consignant avec minutie et fidélité
des témoignages poignants. Ce faisant, il rectifie nombre d’erreurs
historiques et généalogiques, colportées parfois sans discernement,
rétablissant quantité d’informations et de dates erronées au
vu de nombreux documents originaux. Au terme de la lecture de
ce coup d’œil rétrospectif, l’auteur ose espérer que le lecteur
en tirera un sentiment d’admiration pour l’intelligence de ces
Levantins, leur entregent, leur capacité d’adaptation, leur
ténacité à relever les défis, leur participation active à l’enrichissement
intellectuel et économique de la France et leur courage sans
faille à servir leur nouvelle patrie. L’ouvrage, fruit de dix
ans de recherche, comporte 550 pages, grand format, dont un
cahier de soixante illustrations en noir et blanc. Il est à
noter que cet ouvrage parle de certains d’entre nous et, grosso
modo, d’environ 500 familles d’origine libanaise, syrienne,
palestinienne, égyptienne, irakienne, jordanienne, arménienne,
turque... Né en 1947 au Liban, docteur ès lettres françaises,
Abdallah Naaman vit en France depuis plus de trois décades.
Cofondateur de la Maison Naaman pour la culture en 1979, il
a à son actif près de vingt titres en français et en arabe,
dont les livres français suivants : Le bal du Comte d’Orgel
(1971), Printemps perdu (1973), Le français au Liban (1979),
La mort et Camus (1980), Les Levantins : une race (1984), La
guerre libanaise (1985), ainsi que plusieurs contributions à
des travaux encyclopédiques, notamment pour le compte de la
maison Larousse.
L'Auteur: Abdallah
Naaman
* Docteur ès
lettres, écrivain et essayiste bilingue (arabe-français), Abdallah
Naaman est né à Beyrouth le 27 décembre 1947 et vit à Paris
depuis 1974. Il se définit comme un passeur, à la jonction -
plutôt qu'à la frontière - de deux mondes, profondément attaché
aux valeurs universelles, à la laïcité et au dialogue des cultures
entre des peuples égaux. Avec Histoire des Orientaux de France
du 1er au XXe siècle, il signe son dix-neuvième ouvrage, le
huitième en français.
La collection L'Orient politique, dirigée par Aymeric Chauprade,
propose une grille de compréhension claire et synthétique
de la géopolitique du monde oriental. Géographie, histoire et
sciences politiques s'y retrouvent dans le but de décrypter
les enjeux géopolitiques actuels. Dès les premiers siècles de
notre ère, les Orientaux écument la mer Méditerranée et deviennent
les familiers de l'Europe qu'ils sont les premiers à évangéliser.
La Gaule connaît tour à tour leurs moines et leurs marchands,
puis leurs cavaliers et leurs savants, enfin leurs voyageurs
et leur élite pensante et industrieuse. L'auteur s'appuie sur
de nombreuses archives inédites, complétées par des témoignages
oraux, pour raconter les pérégrinations de ces Orientaux sur
le sol français pendant deux millénaires, passant en revue le
destin individuel et collectif des uns et des autres, révélant
pour la première fois des épisodes glorieux et parfois sanglants
du long cheminement de ces passeurs qui n'ont pas démérité de
la France...

Fady Stephan, prix Phénix de
littérature 2003
pour "Le Berceau du Monde"
cliquez pour les détails

« Le Liban contemporain,
histoire et société »
par Georges Corm, aux Éditions La Découverte
Georges Corm ne peut pas rester
tranquille. L’an dernier, il bousculait les idées reçues, sur
un Orient spirituel et un Occident matérialiste, dans un ouvrage
qui a eu un grand succès, en France notamment. Cette année,
il récidive, en s’attaquant cette fois au « prêt-à-penser libanais
», qui veut que la démocratie communautaire, rebaptisée consensuelle
par M. Antoine Messarra, soit la seule solution pour le Liban.
Dans un ouvrage foisonnant, Le Liban contemporain, histoire
et société, qui est aussi le premier essai traitant de la Seconde
République (après Taëf), il propose un regard nouveau, sans
être tout à fait celui d’un historien et a surtout le mérite
de pousser à une réflexion profonde, qui change des platitudes
devenues habituelles. Comme d’habitude, Georges Corm fait salle
comble, et comme d’habitude, à la fin de la conférence, l’assistance
sort toute remuée, comme si elle avait soudain honte de son
inertie. Officiellement, il est là pour parler de son dernier
ouvrage, mais il ne peut s’empêcher de sortir de ce cadre, pour
pousser les Libanais à changer leurs mentalités. « Tant que
nous continuerons à être un aussi bon public pour la classe
politique actuelle, celle-ci restera en place et nous continuerons
à envoyer nos enfants à l’étranger », dira-t-il en guise de
conclusion, avant d’être longuement applaudi par les personnes
présentes. Présenté par M. Henri Laurens, Corm commence par
expliquer la ligne directrice de son ouvrage qui tout en évoquant
l’histoire contemporaine du Liban, dénonce le système communautaire
qui n’en finit pas, selon lui, de faire des ravages et de détruire
les fondements de l’État libanais. Pour l’ancien ministre des
Finances, l’identité communautaire n’est pas une fatalité génétique,
mais un concept fabriqué à partir de 1 840, lorsque Français
et Britanniques, en route vers les Indes, ont coincé les Libanais
dans cette identité communautaire et ont politisé les communautés.
Il dénonce ainsi l’idée reçue selon laquelle la Moutassarifia
serait le début de la démocratie au Liban. Pour lui, elle ne
serait que le début de la représentativité des communautés,
car la démocratie, c’est essentiellement le respect des libertés
individuelles et pas seulement celles des communautés. Se référant
au phénomène de démocratie consensuelle en vigueur en Suisse
ou en Belgique, il a affirmé qu’un tel système peut fonctionner
dans des milieux apaisés, non dans un pays comme le Liban, où
les communautés sont prises dans des réseaux de puissances étrangères.
« De plus, en Suisse et en Belgique, il y a une démocratie au
sein des communautés et non pas des chefs qui terrorisent les
autres », dit-il. Enfin, au Liban, le pire c’est que des civils
prétendent désormais parler au nom des communautés religieuses.
Corm prône donc un retour aux valeurs républicaines, si on veut
un État dans lequel les communautés ne sont pas la base de l’ordre
public. Pour lui, les droits individuels sont plus importants
que ceux des communautés, et il faut donc défaire ce que le
haut-commissaire français a tissé en 1932, en nous emprisonnant
dans des communautés dites historiques.
La fameuse théorie de l’État
tampon L’ancien ministre s’insurge aussi contre la théorie qui
veut faire du Liban un État tampon. « Pourquoi une telle vocation,
se demande-t-il, alors qu’elle consiste à faire du Liban un
État non souverain, voué à servir de tampon aux guerres que
les autres pays ne veulent pas mener ? » C’est d’ailleurs ce
qui s’est passé en 1975. L’ancien ministre précise aussi qu’aujourd’hui,
les communautés n’ont plus de fonction spirituelle, mais sociologique
et politique. Évoquant ensuite la partie traitant de la Seconde
République, Corm, qui n’est pas tendre avec la politique suivie,
tout en abordant avec franchise et courage la période où il
était lui-même ministre des Finances, se défend de régler des
comptes personnels. « Je présente des faits, dit-il. Mis bout
à bout, ils donnent une image négative, mais ce n’est pas là
mon objectif. » Corm tient toutefois à terminer son rapide exposé
sur une note positive, en affirmant que malgré tous ses défauts,
le Liban tient le coup, surtout comparé à ce qui s’est passé
en ex-Yougoslavie. Il rend aussi hommage à ces milliers de personnes
anonymes qui sont mortes sous les balles des francs-tireurs,
pendant les années de guerre, parce qu’elles refusaient de se
terrer et de ne plus faire leur travail. « C’est l’histoire
de ceux-là qu’il faut écrire, ceux qui par leur sang ont voulu
qu’un Liban nouveau émerge, au lieu de ne s’étendre que sur
les cruautés qui ont été commises. » L’assistance ne peut s’empêcher
de poser des questions, tant les idées développées par l’ancien
ministre l’ont secoué. Et un homme se lève pour déclarer : «
Je suis né en 1920. Dans le recensement de 1932, j’ai été placé
dans la case chiite. Et je crois malheureusement que je quitterai
cette terre sans avoir su si j’étais aussi Libanais. » Il est
longuement applaudi, mais une vague de tristesse plane sur les
présents. Corm, lui, décide de réagir, s’élevant contre le prêt-à-penser
que l’on sert actuellement aux Libanais, fatigués par 15 ans
de guerre. « Mais cela fait treize ans que la guerre est finie,
même si quelque part, nous sommes encore en guerre. Nous devons
nous réveiller et cesser d’accepter de ne plus avoir de repère
moral. L’argent tue les consciences. » Corm termine en refusant
les accusations de révolutionnaire portées contre lui. « Je
suis un conservateur socio-démocrate », lance-t-il sérieusement.
Des conservateurs avec un tel profil, on en redemanderait.
Scarlett HADDAD
L'OrientLeJour

Le prix France-Liban décerné à Lamia es-Saad
par l’Association des écrivains de langue française
Le
prix France-Liban, pour cette année 2003, a été décerné à Lamia
Fouad es-Saad pour son ouvrage Le bonheur bleu édité à Dar an-Nahar.
L’Association des écrivains de langue française (ADELF), qui
réunit quelque 1 500 écrivains de 60 nationalités, remet chaque
année douze prix littéraires dont celui de France-Liban. Elle
a pour objectif de favoriser, dans le monde, l’expansion des
littératures de langue française où qu’elles se trouvent. Ce
prix a été créé en 1980 et son jury est composé d’écrivains
français et libanais. Il a déjà été décerné, entre autres, aux
écrivains Amin Maalouf, Andrée Chedid, Nazih Hamad et Sabrina
Mervin. La lauréate est invitée le 15 mars au Sénat français
afin de recevoir son prix au cours d’un déjeuner organisé à
cette occasion, en présence de nombreux écrivains francophones
de plusieurs pays.

Avant la sortie du second tome au Printemps
2004
Le prix Ignace Maroun à Carole Dagher
pour son roman
« Le Couvent de la Lune »
Tous les conquérants
ont tenté de faire douter les Libanais de leur identité
Carole Dagher reçoit son prix
de Mgr Boulos Matar, archevêque maronite de Beyrouth, et de
M. Fouad Turk, président de la Fondation Ignace Maroun.
(Photo Ibrahim Tawil)
Le prix Ignace Maroun a été décerné le 9 Décembre à Carole
Dagher, pour le premier volume de son roman Le Couvent de la
Lune (Deir el-Kamar), paru chez Plon. Plusieurs écrivains libanais
francophones ont tenté leur chance dans le roman historique.
Ce que Carole Dagher a fait est différent. Ce n’est pas seulement
la belle intrigue qui l’intéresse, mais la restitution aux Libanais
de leur passé de peuple. Un passage de son intervention, à la
cérémonie de remise du prix, qui s’est déroulée à la salle Gibran
de l’amicale des anciens de La Sagesse, illustre son intention
: « En écrivant Le Couvent de la Lune (...), j’ai découvert
mes racines historiques, culturelles, nationales avec un émerveillement
et un bonheur presque enfantin. J’ai compris pourquoi l’histoire
se répète chez nous : parce que nous n’en savons rien, ou pas
grand-chose, et que donc nous ne retenons pas les leçons du
passé (...). Beaucoup de stations historiques nous réunissent,
nous Libanais de toutes les confessions, à côté de celles qui
nous ont séparés (...). Je citerai le témoignage de Lamartine
quand il entreprit son fameux Voyage en Orient : “Si dans telle
ou telle contrée de l’Orient, il y a un homme, au Liban, il
y a un peuple”. Il y a un peuple, oui ! Plusieurs communautés,
avec des sensibilités différentes, avec des histoires, des cheminements
différents, mais un même combat pour la liberté. Faire douter
un peuple tenace de lui-même, de son histoire, de sa stabilité,
de son avenir, a été un jeu auquel se sont livrés tous les conquérants
de notre pays. La première règle de ce jeu consiste en général
à occulter l’histoire, quand il ne s’agit pas de la falsifier.
» Aujourd’hui encore, nos enfants grandissent sans passé, et
un grand pan de l’histoire du Liban continue à ne pas être enseigné
dans les écoles. La même vieille ruse est utilisée : faire oublier
son passé à un peuple, pour lui faire oublier qu’il est un peuple.
Présentant Carole Dagher, Mgr Boulos Matar s’est étendu sur
ce même point : « Nous sommes invités, a-t-il dit, à reconstituer
notre volonté générale unie, en pensée et en action. Alors,
la souveraineté nous viendra, inévitablement, en récompense.
Son avenir est entre nos mains. Personne ne nous la donnera
(...). Unis, nous la garderons, désunis, elle déchoira de nos
mains. » Pour sa part, Fouad Turk, président de la Fondation
Ignace Maroun, a relevé que le roman a été couronné parmi 17
autres œuvres qui lui ont été soumises. Et pour parler de l’ouvrage,
le jury a choisi d’évoquer les noms prestigieux de Balzac, Flaubert
et Zola. Le roman se situe à l’époque de l’émir Béchir II Chéhab
et des personnages hauts en couleur comme Béchir Joumblatt et
Lady Esther Stanhope y défilent, aux côtés des héros du roman
proprement dit. Pour sa part, Thérèse Bou Maroun, de la Fondation
Ignace Maroun, a souligné combien ce « roman libanais d’expression
française, signe d’inculturation, est aussi signe d’un dialogue
permanent entre notre peuple et le monde des valeurs humaines
et culturelles que représente la francophonie ».
Indispensable pour de véritables fêtes, en attendant le second
tome, à paraître au printemps.
Fady NOUN pour l'Orient le Jour
Le prix Ignace Maroun
On connaît mal Ignace Maroun, dont l’action
pédagogique s’est étalée sur près d’un demi-siècle, et qui a
laissé sa marque dans tous les domaines où il a servi : l’archevêché
maronite de Beyrouth, l’école La Sagesse, le patriarcat, la
Mission pontificale, le secrétariat des écoles catholiques et
le Bureau international des écoles catholiques. « Plusieurs
générations d’élèves ont bénéficié de ses charismes d’éducateur,
de galvanisateur de la jeunesse », comme l’a bien souligné,
au cours de la cérémonie, Mgr Boulos Matar, archevêque maronite
de Beyrouth, qui l’a bien connu. Le prix qui porte son nom est
destiné à prolonger son rayonnement, et récompense « une œuvre
littéraire ou artistique qui met en valeur le patrimoine libanais
».
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Lire en français et en musique:
« Née du silence », de Patricia Élias
Signature
le Samedi
8 novembre au stand de la librairie Antoine,
La poésie comme source de vie,
la paix en partage et surtout comme paraphrase sont d’une prière.
Touchés par un sens religieux profond, surtout chrétien, ces
poèmes groupés en une mince plaquette, sous le titre un peu
énigmatique "Née du silence", de Patricia Élias (50
pages – Éditions Nouvelle Pléiade, Paris, avec des illustrations
de Rudy Rahmé), viennent d’obtenir le Grand prix 2003 de la
Société des poètes français. On dit un peu énigmatique car il
est évident que la vie commence par un cri… Inspiration placée
sous le signe de l’amour du divin et des impénétrables desseins
du Seigneur. Verbe ardent, protégé par le recueillement et la
réflexion, qui touche aux frontières du Parnasse pour mieux
atteindre les cœurs et s’ériger comme un rempart contre l’adversité
du destin. Avec des images calmes, une certaine musicalité jaillie
des vers alliant rimes et sonorités douces, cette poésie enserrée
dans sa métrique sage et un peu surannée est surtout non un
cri d’amour, mais une détermination à aimer. Aimer à tout prix,
surtout son prochain, s’accepter et triompher des épreuves de
la vie. Aux abords des complaintes d’une croyante à la foi inébranlable,
cette poésie illuminée de la grâce du Seigneur tente de répondre
aux interrogations les plus profondes et les plus pressantes
d’une traversée humaine. Expliquer le sens d’une vie ? Mais
enfin qui de nous peut prétendre, et avec certitude,« où nous
allons » et surtout « savoir qui nous sommes »… Ni Claudel ni
Péguy n’ont su élucider ce mystère insondable. Cédant peu à
une tentation plasticienne de l’écriture, l’auteur privilégie
la trame de la simplicité et de l’humilité avec quelque emphase
dans le dire poétique, de petites répétitions (« mon corps chancelle
») et surtout certaines naïvetés de style (« À son sourire,
marquise des anges, je me prosterne tel un archange »). Combat
avec soi-même et les autres, sereine acceptation plus que résignation,
offrande plus qu’avarice de cœur, pour qu’à « jamais le mal
s’endorme dans les bras de la lumière »…

En toute transparence et dans les mains des anges et de Dieu.
Les cheveux châtains dénoués sur ses épaules, les traits fins,
de grands yeux clairs en amande captant la lumière, Patricia
Élias avoue en toute simplicité, presque avec effacement, que
l’écriture, pour elle, est « un besoin, besoin de dire, de confesser,
d’instaurer un dialogue entre l’invisible et nous-mêmes. D’ailleurs
la mère de la poésie est le Cantique des Cantiques. Et par-delà
toute quête spirituelle, la poésie est un chant intérieur, on
peut l’embellir, la sculpter...» Comment est venue cette aventure
du verbe quand de formation on est gestionnaire ? « Je n’étais
pas censée écrire, dit-elle avec un sourire. Mais tout a commencé
avec des premiers essais qui ont reçu l’appréciation et l’encouragement
de mon entourage. Et puis, lors d’un voyage en France où vivent
mes parents, j’ai finalement décidé de publier ce premier recueil
tout en sachant combien la poésie a peu d’audience et surtout
n’ignorant rien de ses difficultés d’édition. La chance m’a
souri et puis me voilà. » Et quel est le message dans ce premier
recueil ? « Si message il y a, c’est cette paix que j’ai rencontrée
et que je voudrais partager. » Aujourd’hui, à la veille de la
manifestation culturelle « Lire en français et en musique »
(qui sera l’événement de Beyrouth du 31 octobre au 9 novembre),
Patricia Élias prépare la venue de « La Société des poètes français
», qui aura lieu au Biel. « C’est un hommage aux poètes libanais
d’expression française, tels Schéhadé, Tuéni, Naffah, explique-t-elle.
C’est tout un programme, une sorte de “spectacle” son et lumière
autour de la poésie. » Fervente lectrice de Gibran (qui s’en
étonnerait), travaillant d’ailleurs en collaboration avec le
Comité national Gibran, Patricia Élias, infiniment humaine,
car elle est aux aguets de la détresse et du besoin de l’homme,
ambitionne seulement de vivre, en toute simplicité. Inquiète
aussi, car elle ne voudrait guère échouer dans ce qui lui est
demandé de faire (« le reste, Dieu y pourvoira », dit-elle en
toute paisible confiance) et par-dessus tout elle ne voudrait
pas échouer d’aimer... Des projets ? Oui, des projets d’écriture.
Un roman en préparation. Une chronique familiale. Mais, pour
le moment, sa grande préoccupation c’est l’événement du Biel.
Entre-temps, elle vit le jour au jour. Comme seuls les poètes
et ceux qui ont la foi savent le faire.
Edgar DAVIDIAN
>>> Visite
au Liban de la Société des Poètes Français

Dix-huitième prix littéraire international
« Francophonie »
Avis
à tous les poètes, auteurs et écrivains de langue française
: du 1er novembre au 15 mars, le dix-huitième prix littéraire
international « Francophonie » est ouvert à tous dans les catégories
poésie classique, poésie libre, sonnet, nouvelle (policière,
fantastique, aventure) et texte de chanson. Pour recevoir le
règlement, contre une enveloppe préadressée et deux timbres
ou deux coupons-réponses, envoyer un courrier à
Christian Ulmer - prix littéraire «Francophonie » -
25, place des Pyrénées - 64150 Mourenx - France.
A la veille de l'édition 2003 du Salon Lire en Français...
Yasmina Traboulsi, prix du premier
roman
Yasmina Traboulsi, de passage
au Virgin Megastore pour présenter son roman « Les enfants de
la Place ». (Photo Michel Sayegh)
On l’a découverte il y a moins
d’un an, lors de la sortie de sa nouvelle, «Maria Aparecida
». Yasmina Traboulsi y faisait ses débuts officiels dans l’écriture.
Après avoir décroché le « premier prix des jeunes écrivains
francophones », elle revient avec un roman, «Les enfants de
la Place», paru au Mercure de France, et une étonnante maturité.
«Les enfants de la Place est la suite de Maria Aparecida, explique
d’emblée Yasmina, j’avais le désir de raconter l’histoire de
chacun des personnages, d’aller plus loin. La nouvelle est une
valse sans fin, très rapide. Quand on s’arrête, on reste un
peu étourdi. J’ai voulu aller plus profondément dans mes héros
et le Brésil, car cette fois-ci, on part à Rio, São Paulo, dans
les prisons et les bidonvilles. Les enfants de la Place pourrait
être une valse plus lente, qui entraîne à son passage des êtres
désespérés, désespérément heureux, fous, en quête de Maria Aparecida,
en quête d’amour, une quête de soi, surtout. Autour de la Place,
une valse à deux temps entre l’absente, « la reine de la Place»,
Maria et Sergio, petit vendeur de bonbons et de mouchoirs, Gringa,
l’étrangère, le miroir de la Place, c’est à travers ses yeux
que les personnages se voient, Mama Lourdes, voyante de pacotille,
Gabriela l’orpheline jeune prostituée insolente, Tonio le borgne,
musicien difforme, le chien errant, mascotte de la Place et
les autres. La Place est une famille, il n’y a pas de jalousie,
il y règne malgré tout de la joie et beaucoup d’humour. » La
Place, c’est aussi les extrêmes du Brésil, que l’auteur aime
avec passion, le pays de sa mère Paula ; son rythme, ses teintes
à la fois sombres et colorées ; comme une scène de théâtre qui
plante le décor et impose une ambiance, imbibée de violence,
en même temps que s’échappe une note d’espoir, qui ressemble
à Yasmina. « C’est une totale fiction qui aurait pu aussi se
passer ailleurs. » Rayonnante en bleu turquoise et fuchsia,
c’est avec un sourire serein qu’elle dénonce la cruauté, la
misère tellement courante dans ce pays de tous les excès. «
J’avais envie de parler de certaines choses qui me révoltent,
la violence banalisée, l’horreur montrée à la télévision et
qui fascine les foules, les sectes, comme celle de l’Église
universelle, les prisons. Il y a dans chacun des personnages
non pas un peu de moi, mais de mes idées. » Et la principale
: «J’ai l’espoir que derrière chaque criminel, il reste une
part d’humanité. » Peur de rien
Rien, en effet, n’a altéré ce bel optimisme qui caractérise
Yasmina, surtout pas ses rencontres avec la pauvreté et la criminalité.
« J’ai rencontré un chef trafiquant de 22 ans pour essayer de
comprendre pourquoi il faisait ça, j’ai visité des prisons,
j’y ai vu la solitude, la peur, qui suintait, dissimulée par
de l’agressivité, de la violence, du mépris ou de l’indifférence.
Un peu comme dans la vie, en fait. J’ai vu des maisons de redressement
de mineurs, la meilleure école pour apprendre “ comment devenir
pire”. Mais partout, il y avait aussi de belles histoires. »
Partout, dans la vie comme dans ces pages, habitées par des
gens qui s’aiment, s’affrontent, s’ignorent, se frôlent ou se
détruisent. « Chacun a son histoire. J’ai vécu avec eux pendant
un an. Quand je me réveillais, ils se réveillaient un à un.
Quand je rédigeais une scène où il arrivait quelque chose de
mauvais à l’un d’entre eux, j’en avais les larmes aux yeux !
» Le livre est terminé ; Gringa, Turco, l’Accordeur et leurs
acolytes sont repartis ; Yasmina a commencé à se fabriquer de
nouveaux amis pour son prochain roman encore en gestation. «
Je me suis rendu compte, en terminant la nouvelle, que l’écriture
était une urgence dans ma vie, mon oxygène. Le deuxième roman
est le plus dur. Il sera sur le Soudan, je crois. » Pressentie
pour le « prix du premier roman du Touquet », elle vient d’obtenir
le « prix du premier roman », et réagit à cette victoire avec
un gracieux sourire. « Je n’aime pas trop le fait d’être mise
en avant », aime-t-elle à répéter. « Je suis étonnée mais flattée.
Je reste un peu timide », avoue-t-elle enfin. Les enfants de
la Place ressemble lui aussi à une valse douce amère dont on
ressort un peu étourdi mais heureux. « Attention talent ! »
C’est dit sur la couverture.
Carla HENOUD
* L’auteur signera «
Les enfants de la Place » au stand Virgin du salon « Lire en
français et en musique », les 8 et 9 novembre.
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