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Littérature:
la langue française choisie par des auteurs libanais de plus en plus nombreux

Littérature Libanaise Francophone:

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Les "best sellers" francophones chez vous!

L’édition 2007 des « Belles étrangères » consacrée au Liban
Douze auteurs invités en France pour un dialogue vivant des cultures

> PORTRAIT et PROGRAMME DES RENCONTRES DANS LES VILLES DE FRANCE

Les auteurs célébrés

Zeina Abi Rached, auteur francophone, artiste spécialisée en dessin graphique et en animation 2D, a publié deux ouvrages aux éditions Cambourakis: 38, rue Youssef Semaan et Beyrouth et Catharsis (2006). Les deux œuvres relèvent autant de l’objet d’art que de la bande dessinée traditionnelle.
Son prochain livre est paru en septembre 2007.
Mohammad Abi Samra, auteur arabophone, journaliste à an-Nahar. Dans son dernier roman, Soukkan al-souwar (Les habitants des images, 2003), il retrace l’épopée des immigres du Liban-Sud dans la capitale. Dans son premier roman, al-Rajol al-Sabik (L’homme antérieur, 1995), il ajoute au roman de la guerre civile un chaînon nécessaire qui consiste dans le traitement psychologique.
Abbas Beydoun, auteur arabophone, poète, essayiste, et critique littéraire, il est rédacteur en chef du supplément culturel du quotidien as-Safir. Deux ouvrages traduits édités chez Actes Sud: Le poème de Tyr, 2002 et Tombes de verres, 2007.
Rachid el-Daïf, l’un des auteurs arabes les plus connus et les plus traduits en Europe. Enseignant de littérature arabe à l’UL, il a publié de nombreux recueils de poèmes et romans pour lesquels il a été primé. Ouvrages traduits chez Actes Sud : Cher Monsieur Kawabata, 1998 ; Learning English, 2002 ; Qu’elle aille au diable Meryl Streep, 2004 ; Fais voir tes jambes, Leila, 2006.
Hassan Daoud, auteur arabophone, a collaboré en tant que rédacteur en chef à plusieurs journaux et revues. Deux romans traduits chez Actes Sud : L’immeuble de Mathilde, 1998 et Des jours en trop, 2001.
Tamirace Fakhoury a publié à l’âge de 9 ans un poème en arabe. Mais c’est en français qu’elle a signé trois recueils chez Dar an-Nahar.
Joumana Haddad, journaliste au quotidien an-Nahar. Auteur de plusieurs recueils de poésie en arabe et en français.
Imane Humaydane-Younès possède a son actif un roman Ville à vif, paru aux éditions Verticales en 2004. Son deuxième roman sortira en septembre 2007.
Élias Khoury, critique littéraire, essayiste et chroniqueur, il est l’auteur de huit romans traduits et publies chez Actes Sud
qui l’ont placé parmi les meilleurs écrivains arabes.
Charif Majdalani, auteur francophone, dirige le département des lettres françaises de l’USJ. Il conte dans son roman Histoire de la grande maison (éd. du Seuil, 2005) les grandeurs et la décadence d’une famille libanaise, témoin de l’histoire du pays.
Alawiya Sobh, critique littéraire arabophone. Son roman, Marie des Récits, est en cours de traduction chez Gallimard, à paraître en octobre 2007.
Yasmina Traboulsi, juriste de formation, partage sa vie entre Londres où elle est documentaliste et Teresopolis, près de Rio de Janeiro.
Son premier roman, Les enfants de la place, a été publié en 2003 au Mercure de France. Un roman est en préparation sur Beyrouth.


Après la Nouvelle-Zélande en 2006, l’édition 2007
des « Belles étrangères » consacrée au Liban

L’on dit souvent que si vous voulez découvrir un pays, commencez par vous plonger dans ses livres. C’est donc pour dévoiler les mystères des littératures étrangères et de leur pays d’origine qu’une manifestation comme les «Belles étrangères» a été créée en France en 1987. Pour célébrer (en beauté) les 20 ans de cette manifestation, en 2007, du 12 au 25 novembre, les «Belles étrangères» seront consacrées à la littérature libanaise, de langue arabe et française. Le Centre national du livre en France, organisateur de l’événement, invitera ainsi 12 écrivains libanais, 8 auteurs arabophones et 4 auteurs francophones, représentatifs de la diversité et de la richesse de la création littéraire libanaise d’aujourd’hui.

Les noms des heureux élus ont été annoncés le samedi 31 Mars 2007 au cours d’une conférence de presse tenue à la Résidence des Pins (voir photo ci-dessus) en présence de Bernard Émie, ambassadeur de France et maître des lieux; de Benoît Yvert, directeur du livre et de la lecture du ministère français de la Culture et président du Centre national du livre;
de Martine Grelle, chef du bureau des échanges internationaux au CNL et commissaire des «Belles étrangères»; de Mohammad Kacimi, écrivain, dramaturge, conseiller littéraire de la manifestation, et de Denis Gaillard, conseiller culturel près l’ambassade de France à Beyrouth.
Tournée plus particulièrement vers les littératures insuffisamment traduites en français, cette manifestation originale s’est imposée en treize ans d’existence et trente et une éditions comme un des événements phares de la scène littéraire française. Sa formule consiste à inviter en France, pendant deux semaines, une douzaine d’écrivains représentatifs de la littérature de leur pays et à les faire dialoguer de vive voix avec les Français à travers des tables rondes, des débats et des lectures publiques. Un livre et un film accompagnent l’événement.
Ces rencontres ne se font pas uniquement à Paris. Après la soirée inaugurale parisienne, les écrivains invités sont conduits par le Centre national du livre (CNL), maître d’œuvre de l’opération, à travers toute la France pour qu’ils puissent rencontrer aussi le public des petites et grandes villes de province. Le CNL s’appuie pour cela sur son vaste réseau de bibliothèques, de maisons de la culture, de librairies partenaires, où les écrivains sont accueillis le temps d’une soirée ou d’un débat. Les médias audiovisuels (Radio France internationale, la chaîne franco-allemande Arte) sont aussi présents et contribuent à faire de ces rencontres un événement réellement national.
L’autre souci des organisateurs, c’est la disponibilité des traductions en français. «Nous essayons de choisir une majorité d’écrivains déjà publiés en France, car autrement les rencontres avec le public ne peuvent pas se faire de façon intéressante, rappelle Benoît Yvert, directeur du CNL. Mais on prend toujours deux ou trois auteurs encore non traduits et dont les premiers textes sont publiés dans l’anthologie (coproduite avec les éditions de l’Aube) que nous faisons paraître à l’occasion des “Belles étrangères”.»
Cet important travail de sélection et de prospection se traduit par la parution d’une profusion de nouveaux titres à chaque édition des «Belles étrangères». Il suscite aussi quelques répercussions imprévues: une librairie parisienne prise d’assaut par des passionnés de la littérature tchèque lors de l’édition qui lui était consacrée, ou des bibliothèques de prêt qui s’approvisionnent massivement en littérature coréenne, révélée par les «Belles étrangères» de 1995, pour répondre à la demande de leur public.
Mais l’impact réel de ce festival se situe ailleurs, sur le plan de la conception et de l’approche de l’Autre.
Concernant les auteurs sélectionnés par le comite du CNL, Martine Grelle, commissaire de l’événement, avoue que généralement, «l’établissement de cette liste est le moment le plus long et le plus difficile. Il faut qu’elle soit la plus représentative possible des tendances contemporaines et reconnues de la littérature du pays invité. Sans oublier les jeunes espoirs qui promettent pour l’avenir. Pour le Liban, a-t-elle ajouté, les choses se sont déroulées assez rapidement avec un consensus presque général et une équité hommes-femmes très intéressante».
Dans son allocution, l’ambassadeur Émie a rendu hommage aux acteurs de la chaîne du livre au Liban qui constituent «une communauté particulièrement dynamique dans un pays qu’on peut considérer comme la véritable plaque tournante de l’édition dans la région». Il a précisé que la composante francophone de cette famille fait preuve d’une vitalité toute particulière et elle se retrouve chaque année en octobre pour cette grande fête qu’est le Salon du livre francophone de Beyrouth, le troisième en français après Paris et Montréal.
Émie a rappelé, dans ce cadre, l’accord de coopération sur 3 ans, signé entre la France et le Liban avec un montant de 1,5 million d’euros, «pour favoriser le développement des bibliothèques publiques notamment dans les régions touchées par le cruel et inutile conflit de l’été dernier».
Bernard Émie a réaffirmé, pour conclure, le soutien de la France et son engagement qui profite à l’ensemble de la population libanaise. On souhaite que les «Belles étrangères» soit l’occasion pour le grand public français de «découvrir un autre Liban, un Liban qui a su l’été dernier continuer a rêver sous les bombes, un Liban qui crée aujourd’hui, malgré la douleur, un Liban qui écrit pour survivre, un Liban qui ne renonce pas».


Présence libanaise au salon du livre de Paris 2007
La région PACA héberge le Liban au salon du livre 2007 de Paris

Les acteurs et éditeurs libanais présents

Tamyras
Librairie el Bourj
ALEPH
PUSJ / usj
Dar el ilm lil malayin
L'Orient le jour
Dergham
Librairie Antoine
Turning point
Dar Hadaeq
Dar Alkotob alhaditha
ASALA
Dar an Nahar
arab scientific publishers
Qiraat saghira / hamzet wasl


>> Le programme complet des signatures sur le stand (G 158)
des éditeurs libanais entre le 23 et le 27 Mars

Le Prix Littéraire FRANCE-LIBAN 2004 attribué
le 17 Novembre 2004 à...
Elias Jabre pour son roman d'anticipation "Immortalis"
Auteurs, inscrivez-vous pour l'édition 2007
En prévision de la présélection des ouvrages à concourir pour le prix littéraire "France-Liban", les auteurs intéressés (Libanais et Français) ayant publié une oeuvre en langue française entre 2006 et 2007, sont invités à se faire connaître auprès du responsable du prix, Abdallah Naaman, en lui adressant un exemplaire de leurs ouvrages respectifs, accompagné d'un cirriculum vitae, à l'adresse suivante: 3 Villa Copernic,
75116 Paris, avant le 28 février 2008.

Seconde récompense pour Elias Jabre après celle du
prix du roman fantastique du Festival de Gerardmer 2004 (Fantastic’arts)

Voyage dans le futur éternel
Elias Jabre est né en 1975 au Liban. Après des études de droit et un passage par la fiscalité internationale, il se passionne pour les nouvelles technologies qui le conduisent à travailler au développement des activités électroniques d'un groupe d'édition. Immortalis est son premier roman.
Ce récit d'anticipation aux multiples rebondissements rappelle que ce siècle verra se jouer l'enjeu de l'espèce. Il retrace le drame de personnages liés par l'amour et par le sang, happés dans la spirale du progrès. Ils devront faire des choix déterminants pour l'avenir de l'humanité. Mais ont-ils le choix ?

Comme elle le fait chaque année depuis plus de vingt ans, l'ADELF, Association des Ecrivains de Langue Française prépare la réunion du jury* en charge de décerner ce prix qui récompense un auteur libanais ou francophone dont le Liban a été au cours de l'année écoulée le thème central d'un livre.
On connait désormais les 23 auteurs nominés pour cette 23ème édition qui démontre que 2004 fut une année particulièrement féconde et que les auteurs libanais choisissant la langue française comme langue d'écriture sont de plus en plus nombreux:

Chez An-Nahar: Ronald Barakat pour Amour et pénombre
Rita Baddoura pour La Naissance du dé
Rita Bassil pour Beyrouth ou le masque d'Or
Irène Lehr pour "De St Pétersbourg à Ain El Mreissé"
Lutfallah Manassah pour La belle sunnamite

Chez L'Harmattan: Mirna Hanna pour Nouvelles d'un néant inversé
Semaan Kfoury pour "Drogman"
Véronique Ruggirello pour Khiam, prison de la honte
Nader Srage pour Dialogue des langues

Chez Mercure de France: Soraya Khalidi pour Le goût de Beyrouth
Yasmina Traboulsi pour Les enfants de la place

Aux PUF: Eric Debié pour Le Liban reconstruit
Chez Karthala: Carmen Boustani pour Effets du féminin
Chez Gallimard: Dominique Eddé pour Le cerf-volant
Chez La Nouvelle Pleiade: Patricia Elias pour Née du Silence
Chez Geuthner: Manar Hammad pour "Aux racines du Proche-Orient"
Chez Le Manuscrit: Elyane Gorsira pour Jérusalem et Byzance
Beyrouth: Victor Hachem pour Antoura de 1657 à nos jours
Chez JC Lattès: Elias Jabre pour Immortalis
Chez Robert Laffont: Jean-Sélim Kanaan pour Ma guerre à l'indifférence
Chez Fayard: Samir Kassir pour Histoire de Beyrouth
Chez Odile Jacob: Mozayan Osseiran Houbbalah pour L'enfant-soldat
et enfin, Michael Davie pour La maison Beyrouthine

* Le Jury de l'ADELF est composé de huit membres:
Mr Charles Zorgbibe(Président), Mr Abdallah Naaman(responsable du prix), Paul Blanc, Vénus Khoury-Ghata, Adel Ismail, Bahjat Rizk, Charles Rizk et Bassam Tourbah

Fondée en 1926, la Société des écrivains coloniaux rebaptisée ADELF sous la présidence de Henri Queffélec (1964-68) a pour objet de favoriser dans le monde l'expansion des littératures de langue française, de soutenir les écrivains de langue française résidant hors de France, de grouper les activités d'ordre intellectuel et social relatives à la défense et au rayonnement des civilisations du monde francophone, de sauvegarder les intérêts moraux et matériels des écrivains appartenant à l'association. L'ADELF compte plusieurs centaines d'écrivains appartenant à 65 nationalités : les écrivains de pays dont le français est langue nationale, de culture ou d'usage, et aussi des écrivains qui ont choisi le français pour écrire.
ADELF: 14,rue Broussais, 75014 Paris Tel: 01 43 219599

Par ailleurs, le prix hors concours est allé à la professeur
Carmen Boustani pour son livre Effets du féminin,
variations narratives francophones, publié chez Khathala. À signaler que ce prix hors concours, à part à Carmen Boustani, a été décerné quatre fois en 20 ans (1981 au Dr Adel Ismaïl, 1987 au président Charles Hélou, 1998 à l’ambassadeur Nasri Salhab,
2003 au professeur Jad Hatem).


Entre France et Liban

Regards appuyés pour:
L’ENFANT DU SECRET,
par Alexandrine Siham
ou l'histoire du parcours d'un enfant adopté entre deux pays:

Quête, identités et droits à travers le t
émoignage d'une femme et de son vécu, sur le mystère des origines entre la France et le Liban (1965-2003)
"Plus de trente ans après son adoption par une famille française, Alexandrine Siham nous livre ici le récit de son parcours et sa quête des origines : depuis l’orphelinat des premières années, l’auteur évoque tour à tour l’oubli, la fuite en avant vers d’autres terres d’adoption, puis le retour au Liban natal après les années de guerre. Une véritable enquête s’engage alors, aventure médiatique et humaine, pour retrouver celle a qui a donné au jour une
"enfant de la honte"…Celle qui, par une grossesse illégitime, a déshonoré sa famille et a encouru le " crime d’honneur ". Ce récit, autobiographique, pose la question de l’accès aux origines et s’inscrit ainsi dans un contexte ou l’accouchement sous X et l’adoption d’enfants étrangers agitent l’opinion suscitant débat et réformes. Avant tout cependant, L’enfant du secret se présente comme le témoignage sensible d’une histoire d’amour entre une enfant et ses parents d’adoption, un vibrant appel à la vie.
"

Un premier livre qui mérite une attention particulière tant il colle à la réalité
d'une certaine génération libanaise.
Editeur : L’harmattan, collection "Graveur de mémoires
".

Invitation à la conférence au Salon "lire en français" de Beyrouth
et à la séance de signature du 24 Octobre avec la Librairie Antoine
Présentation à Paris le 24 Novembre 2004, Librairie Alizées (M° Cardinal Lemoine).

Le message d’amour et le cri de souffrance d’Alexandrine Siham
dans « L’enfant du secret »--
Alexandrine Siham, c’est « l’enfant du secret », l’enfant aux deux prénoms, l’enfant aux deux identités. La première, l’originale, la Libanaise, c’est Siham ou plutôt Siham Nelly qui, jusqu’à l’âge de 4 ans, était une enfant abandonnée, illégitime, une enfant de la honte recueillie par les religieuses de la crèche Saint-Vincent-de-Paul et à laquelle elles ont donné un nom, une identité. La seconde, Alexandrine, est de nationalité française. Elle a aujourd’hui 39 ans. Née à l’âge de 4 ans, alors qu’elle venait d’être adoptée par un couple de Français, elle tente de trouver sa place dans un monde auquel elle ne s’identifie pas. Brune à la peau mate, dans une famille de blonds aux yeux bleus, elle souffre de ne pouvoir être la petite fille modèle tant désirée. Elle souffre surtout du déracinement de son pays d’origine, le Liban, de ce passé que ses parents adoptifs tentent d’occulter, mais qui resurgit dans ses cauchemars d’enfant et ses rêves les plus fous. Rebelle, tant dans son aspect physique que dans son comportement, elle exprime sa souffrance à travers ses actes, ses paroles, ses interrogations. Siham Nelly au Liban, Alexandrine en France, la jeune femme ne se sent ni tout à fait libanaise ni tout à fait française. Tout juste une étrangère ici ou là, mais une étrangère partout ailleurs aussi. À travers L’enfant du secret, Alexandrine se livre totalement, raconte sa détresse, sa souffrance de cette dualité qui lui pèse, son chagrin de ne pas parler ni comprendre l’arabe, sa langue maternelle, qu’elle parlait pourtant exclusivement jusqu’à l’âge de 4 ans, lorsqu’elle était une enfant de « Azarieh ». Mais ce qu’elle dépeint surtout, c’est sa quête de ses parents biologiques qui l’ont abandonnée, sa quête de sa mère surtout, cette « mama ou emmé » à laquelle elle voudrait tant mettre un visage, qui devient non seulement son leitmotiv, mais ausi le but de son existence. Ce désir d’en savoir plus sur sa naissance, de comprendre pourquoi et dans quelles circonstances elle a été abandonnée, se transforme en une hantise. Une hantise qui ne peut que faire souffrir ses parents adoptifs, devenus malgré eux partenaires actifs dans la quête engagée par leur fille, par amour pour elle, par peur aussi de la perdre. Au fil des pages, Alexandrine l’enfant rebelle se transforme. La jeune fille déchirée entre deux mondes, écorchée vive, rancunière, qui donne des surnoms à sa mère adoptive pour ne pas l’appeler maman, qui lui crache sa souffrance d’avoir été déracinée, arrachée à son pays tant chéri, se mue, progressivement, en une Alexandrine plus tolérante. Une Alexandrine qui a accepté sa situation, même si sa quête n’a toujours pas abouti. Une Alexandrine qui a intériorisé sa dualité et qui désire exister en tant que telle. L’enfant du secret est le cri de souffrance d’une personne qui finit par comprendre que les mentalités d’une société encore trop traditionnelle sont plus fortes que le droit à retrouver ses origines. Au terme d’années de combat, L’enfant du secret est en quelque sorte le parcours d’Alexandrine, un parcours identitaire, semé d’embûches, mais aussi tout plein d’émotions, de souvenirs, de parfums, d’amour, de poésie aussi. Un message d’amour immense qu’elle exprime aussi bien à ses parents adoptifs qu’aux religieuses de la crèche. Au-delà de l’histoire personnelle d’Alexandrine, resurgit le problème de l’adoption, de l’accès aux origines, mais aussi des grossesses illégitimes dans une société libanaise encore traditionnelle.

Dans le cadre de la signature de son ouvrage, L’enfant du secret, édité chez L’Harmattan, Alexandrine Siham organise une conférence-débat, sur le thème « Parcours d’un adopté entre deux pays », le dimanche 24 octobre à 17 heures, au Biel, au Salon Lire en français et en musique, à la salle Quatz’arts. La signature du livre suivra la conférence, à 18 heures, au stand de la librairie Antoine.

Anne-Marie EL-HAGE



Premier roman de Yasmine Ghata ( la fille de Vénus)
aux éditions Fayard «La nuit des calligraphes»:
un destin de femme à la pointe du roseau

Sélectionné pour le Prix Renaudot

« Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l’encrier, plus rapide que l’encre bue par le papier. » Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d’une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu’elle entreprend le récit de sa vie.
Dans la plupart des livres d’histoire, Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), fondateur, en 1923, de la République de Turquie, est décrit comme le héros, voire comme le sauveur de son pays. Or, dans La nuit des calligraphes, le premier roman de Yasmine Ghata, fille de la poétesse Vénus Khoury-Ghata et spécialiste en histoire de l’art islamique, le président démocratique est loin d’être porté aux nues. En effet, dans son empressement à rapprocher sa nation de l’Europe, Atatürk met la calligraphie arabe, avec une grosse partie de l’héritage de l’islam, au rebut. Les enlumineurs, qui, jusque-là, étaient hautement considérés, sont alors lentement oubliés, pendant que l’alphabet latin fait une entrée fracassante en Turquie. Yasmine Ghata – dont le premier mérite est de ne pas avoir accablé son récit de prétentieux étalages de ses connaissances profondes sur le sujet précis de la calligraphie arabe en Turquie, dans les premières années du XXe siècle –, présente, à la première personne du singulier, Rikkat, une des très rares femmes calligraphes ottomanes.
Spiritualité et déboires conjuguaux
À travers le récit houleux de son existence de 83 ans, se déploie un monde tout à fait particulier, celui d’hommes et de femmes qui vivent en lien étroit avec Allah, par le biais de leur «calame» (pointe de roseau trempée dans l’encre). L’auteur, au fil de ces quelque 175 pages ponctuées de courts chapitres, a réussi à poser un climat narratif, à travers une écriture raffinée et accessible, qui ne cherche pas l’originalité. Rikkat est à la fois calligraphe d’Allah et mère de deux enfants, nés de deux pères différents. Entre spiritualité extatique – l’artiste est protégée, tout au long de sa vie pour le moins malheureuse, par le fantôme de Sélim, un de ses pairs qu’elle a retrouvé pendu dans sa chambre et qui lui a légué son matériel et ses secrets de calligraphe – et déboires conjugaux – son premier mari est aussi rustre et inattentif que le second –, le roman trouve son équilibre et sa crédibilité. Et, pour pimenter l’ensemble, un secret qui ne sera divulgué, habilement d’ailleurs, que dans les dernières pages. Yasmine Ghata a assurément réussi sa première tentative romanesque. Même si son style dépouillé, qui s’identifie au personnage central, a de quoi déconcerter, et si ses allées et venues sur la ligne temporelle du récit, au gré des souvenirs de Rikkat, manquent parfois de justification. Le destin de Rikkat, femme calligraphe du début du siècle dernier, spirituelle et audacieuse, inspirée et mélancolique, intègre harmonieusement les terres du roman historique. Un coup d’essai prometteur.

Diala GEMAYEL -L'Orient-Le Jour


« Si c’était à refaire »... par Michel Ghazal

Deux ouvrages à son actif : Mange ta soupe et... tais-toi (1992) et Circulez, y’a rien à... négocier (1997), tous les deux parus au Seuil. Voilà le parcours littéraire de Michel Ghazal. Aujourd’hui, il publie un nouvel ouvrage, un roman entre conte psychologique et réflexions philosophiques, sur un ton subtilement ironique et léger, sous le titre de
Si c’était à refaire (Editions Dervy-225).


Refaire quoi? Sa vie bien entendu! Être surtout soi-même pour mieux vivre et garder ses distances (ou les brûler) avec l’ambition, le pouvoir; savourer fidélité et loyauté; éviter les tourmentes de la culpabilité, de la séparation et de la trahison; tenter de se rapprocher de la perfection et du bonheur; vivre l’amour dans toute sa force et son intensité. Qui de nous a jamais su quoi faire dans les méandres et les trappes d’une vie? Nos errements, nos échecs, nos difficultés à surmonter les obstacles, comment les voyons-nous avec la fuite du temps et son irréparable passage temps? À ces interrogations que nul n’élude, Michel Ghazal a écrit ce roman à la fois badin et grave, mais où tout est perçu dans une constante bonne humeur et où l’humour est la clef de voûte de bien des situations. Tout commence par un rêve, la vie d’ailleurs n’est-elle pas un rêve?... Un rêve pour sortir de soi-même et croiser «l’ange» qui fera le parcours à vos côtés... Un voyage qui se dessine au fur et à mesure en une sorte «d’avancée vers le passé»... Une sorte d’arrêt sur image pour mieux réfléchir sur soi, ses actions, ses agissements et les valeurs que nous subissons comme un carcan. L’auteur nous propose cette aventure pour une leçon de sagesse: «Le saut dans l’inconnu allait commencer. Seulement, était-ce vraiment l’inconnu ou s’agissait-il simplement d’accepter de voir ce qui, depuis toujours, lui pendait au nez et qu’il occultait?» Sur ce canevas finalement assez simple se trame toute une histoire d’un roman à rebondissements multiples, avec ses situations imprévisibles et parfois cocasses, et ses personnages à la hauteur de tant de péripéties... Un roman entre esprit voltairien et rêveries gibraniennes (d’ailleurs l’auteur du Prophète est largement cité en exergue des chapitres dans cette fiction)* pour dispenser non un art de vivre, mais un «bonheur» de vivre en harmonie avec soi-même. Alors se déroulent les thèmes qui tourmentent l’humanité. On en fera le tour avec un jugement à garder en tête. La puissance est-elle une réalité ou une vanité? La tolérance serait-elle un différend ou doit-elle rester une différence à respecter? L’incompréhension serait-elle un envirant sentiment de vaincre ou doit-elle être un besoin de convaincre? Comment considérer un échec? Accepter la loi du monde ou imposer la tienne? Trahir, c’est se duper ou être trompé? Où placer le don? Altruisme ou égoïsme? Comment traquer la perfection entre ombre et lumière? L’amour est-il chaîne ou liberté? Le bonheur est-il notre destination ou un voyage qui nous permet de vivre? Autant d’interrogations et de réponses que chacun lira d’une manière différente. Des mots simples, de la distanciation, un regard lucide, de l’humour, une pointe de bonhomie, une écriture claire et sans sophistication. Voilà les ingrédients de cet ouvrage où est abordé le thème d’un véritable parcours initiatique.


Edgar DAVIDIAN - L'Orient Le Jour

* Notez que simultanément sort chez Dervy une réedition du Jardin du Prophète illustrée par des calligraphies de Lassad Metoui et traduite par JP Dahdah.


«Mansour Labaky, la paix par le pardon», d’Évelyne Massoud
ou une une vie remplie à ras bord



Août 2004- Il y a, dans la vie de tout homme, des coïncidences troublantes. Pour certains, les coïncidences sont mystérieuses et les mènent vers des passes obscures, des lieux envoûtés, des contes dont on ne sait s’ils sont de fées. Pour d’autres, ces coïncidences sont lumineuses. Le père Mansour Labaky (64 ans) est de ceux-là. Sa vie semble une suite ininterrompue de rendez-vous, dramatiques, douloureux ou heureux, avec la providence. L’épisode le plus marquant de cette vie remplie à ras bord, le père Labaky l’a vécu à Damour, le 20 janvier 1976, deux jours après la chute de la Quarantaine, un camp de réfugiés palestiniens à l’entrée nord de Beyrouth. Ils furent cinq cents à trouver refuge à l’intérieur de l’église Saint-Élie, dans l’idée qu’ils pouvaient mourir d’une heure à l’autre, sous les bombardements des forces palestiniennes ou massacrés à l’arme blanche.

«Nous avons su comment vivre en chrétiens, sachons comment mourir de même», exhorte le père Labaky (nommé cinq ans plus tôt curé de Damour), durant ces heures dramatiques. «S’il nous veut au Ciel, il nous donnera la force de mourir et pardonner, comme saint Étienne», ponctue le prêtre, qui a la confiance de tous, avant de conduire ses paroissiens dans un suprême Notre Père. Quelques angoissants moments plus tard, des coups violents et rapides sont frappés à la porte. Est-ce l’attaque finale des combattants palestiniens? La panique s’empare des fidèles. Le prêtre joue son va-tout. Il décide d’ouvrir la porte et de se proposer en otage. S’il est tué, peut-être sa mort assouvira-t-elle la folie meurtrière des hordes sauvages qui encerclent l’église. Sous le regard épouvanté des fidèles, il ouvre la porte. Ce sont deux habitants du village qui leur proposent de couvrir leur fuite. Après leur départ, l’église sera dynamitée. Cet épisode est le plus fort de l’ouvrage qu’Évelyne Massoud, journaliste à La Revue du Liban, ancienne secrétaire de la Jeunesse étudiante chrétienne, consacre à «l’itinéraire» du père Labaky.

Son titre, La paix par le pardon, donne son sens à l’ouvrage, qui n’est pas une biographie à proprement dit. De sa jeunesse insouciante à Baabdate à sa situation présente de président de la Ligue sacerdotale, en passant par le Foyer de Douvres-la-Délivrande, près de Caen (France), qui accueillera, sur une dizaine d’années, quelque 200 enfants venus du Liban, et le mouvement «La Tedhal» (Ne crains pas), Évelyne Massoud retrace dans les détails l’itinéraire du père Labaky. Cet itinéraire passe notamment par la belle histoire de sa mère, engrangeant, sacrifice après sacrifice, mois après mois, des grains de blé qui servirent à la première hostie consacrée de son fils. «Ta vie sera marquée par la jalousie et la calomnie», l’avertira-t-elle avant sa mort.. De fait, la vie de ce prêtre écrivain, poète, musicien, conférencier, bâtisseur et éducateur est un peu trop médiatisée aux yeux de certains. Il faut dire que le monde du mécénat est un monde de riches, de princesses et de célébrités qui peut facilement prêter le flanc à la critique et susciter des jalousies.

L’ouvrage est préfacé par Jean Lacouture. Dans un avant-propos, le père Labaky affirme «qu’il est inutile de chercher un autre but dans la vie que celui de tapisser d’espérance les chemins qui mènent le monde à Dieu». Des chemins qui ne sont pas faits que de roses.
Fady NOUN pour L'Orient-Le Jour

(*) Mansour Labaky, la paix par le pardon, d’Évelyne Massoud, préface de Jean Lacouture. Éditions du Jubilé, «Le sarment».



Dictionnaire étymologique des noms du monde arabe

"Les Sources Etonnantes des Noms du Monde Arabe"
,
par Jana Tamer aux éditions Maisonneuve & Larose-Paris
405 pages, prix autour de 35 Euros.


Pourquoi le nom du palmier, nakhlé/nakhla, est-il un prénom toujours chrétien, jamais musulman ? Quelle est la relation entre des noms aussi différents en apparence que Hassan et Ghosn ? Comment Farouk, « sauveur » en syriaque, a pris le sens d’« équitable » en arabe ? Pourquoi tant de noms ont-ils un sens péjoratif ? Pourquoi les noms de saints chrétiens d’Orient passent-ils pour « étrangers » ? Pourquoi de nombreux noms arméniens sont-ils en fait perses ?
C’est à ce genre de questions et bien d’autres que cet ouvrage, qui recense plus de deux mille noms, tente d’apporter une réponse.


L'étude des noms de personnes dans le monde arabe révèle une diversité insoupçonnée d'origines, de cultures et de langues. Par des commentaires détaillés, s'appuyant sur des références historiques et linguistiques, ce dictionnaire souligne le rôle majeur des cultures, des religions et des langues syriaque (araméenne), hellénistique et perse dans la constitution de la civilisation et de la langue arabes. L'auteur y aborde les facteurs historiques et sociaux qui expliquent les différences et les similitudes d'un pays à l'autre et contribue à modifier la perception du monde arabe comme une région n'ayant qu'une seule langue, une seule religion, une seule histoire. Cet ouvrage s’adresse donc à tout public intéressé par le Moyen-Orient.

>>> Lire la description et la critique du livre par François-Xavier


Après "le couvent de la lune", deuxième volet de la fresque historique et sentimentale de Carole Dagher
«Le seigneur de la soie»

Dans un Liban terrain des rivalités entre les grandes puissances européennes éclate, en 1840, un soulèvement contre les abus de Béchir II Chéhab et de son suzerain, Méhémet-Ali, vice-roi d’Égypte et maître du pays depuis 1831. Les affrontements entre druzes et maronites deviennent violents (massacres de 1860). La France, qui assurait la protection des maronites, intervient en 1861 et fait reconnaître par les Ottomans l’autonomie du «Mont-Liban». Voilà, en résumé extrêmement concis, les grandes lignes historiques du roman Le seigneur de la soie, de Carole Dagher. Diplômée de Sciences-Po, journaliste, auteur de nombreux essais politiques, Dagher est devenue romancière sur le tas, suite à une rencontre avec l’éditeur de Plon qui lui a suggéré de combler une lacune: tisser une trame romantique avec pour toile de fond le Liban du XIXe siècle. Après des mois de recherches entreprises à Deir el-Qamar, elle se retrouve avec une masse d’informations qui dépasse de loin ses espérances. «Il y a de quoi en faire dix volumes», s’était-elle exclamée. Elle s’en tiendra finalement à trois. Voilà donc aujourd’hui, Le seigneur de la soie, second volet de la fresque historique et sentimentale de Carole Dagher, après Le couvent de la lune, épopée qui racontait la naissance du Liban moderne. En écrivant le tome 1, Carole Dagher avait découvert ses «racines historiques, culturelles, nationales avec un émerveillement et un bonheur presque enfantins», avait-elle déclaré lors de la remise du prix Ignace Maroun 2003. Elle a également compris pourquoi l’histoire se répète chez nous: «Parce que nous n’en savons rien, ou pas grand-chose, et que donc nous ne retenons pas les leçons du passé.» Le seigneur de la soie, c’est l’histoire d’un peuple qui vit dans la psychose des massacres. L’histoire de religions qui se côtoient avec autant d’indifférence que de respect. L’histoire de guerre où l’enjeu est devenu soudain une terre où cohabitaient les belligérants depuis plus de mille ans… À la mort de son père Karim, premier chevalier de l’émirat du Liban, Francis se retrouve à la tête d’une insurrection déclenchée contre l’occupant égyptien. À la chute de l’émirat, le jeune homme se consacre à l’élevage des vers à soie. Il rencontre une jeune veuve, Agnès Morand, venue établir une filature au Mont-Liban. Une idylle s’ensuit, et Agnès entraîne Francis à Lyon pour qu’il s’initie aux nouvelles techniques de la soie. Mais nous sommes en 1848; les canuts de la Croix Rousse s’insurgent et Francis participe au soulèvement. Ce qui choque le milieu patricien où il évolue et déplaît à Agnès. Leur liaison bat de l’aile. Francis quitte Lyon pour rentrer au pays. Devenu le «seigneur de la soie», Francis tombe amoureux de Yara, la fille de l’émir.
Mais cet amour est condamné d’avance.



Le dernier livre d'Amin Maalouf vient de sortir:
«Origines »:: « Pour patrie, un patronyme... »

De Aïn el-Qabou à La Havane, une saga familiale qui court
sur un siècle et demi d’histoire

La vie est un roman. Celle des aïeux spécialement qui, nimbée du mystère des non-dits, des secrets de famille et du cadre d’époque, interpelle particulièrement l’imaginaire. Le destin le plus insignifiant s’habille alors de romanesque et se transforme, avec le passage du temps, en récit de vie riche de multiples correspondances. Pour les écrivains-conteurs comme Amin Maalouf, la généalogie est un terreau fertile. Après y avoir puisé pour ses précédents ouvrages un personnage par-ci, une anecdote familiale par-là, l’auteur du Rocher de Tanios a décidé de consacrer à l’histoire des siens une biographie, ou plutôt un roman vrai. Origines (qu’il vient de publier aux éditions Grasset) est un long hommage aux ancêtres, au grand-père surtout, figure centrale de ce livre. Un homme aux idées très avancées pour son époque, une sorte de mouton noir dans son milieu, à la fois enseignant, poète, franc-maçon et anticlérical.
Des lettres dans une malle
« Quand mon grand-père avait eu, à la fin des années 1880, le courage de désobéir à ses parents pour aller poursuivre ses études dans une école lointaine, c’est à moi qu’il était en train d’ouvrir les chemins du savoir. Et s’il a laissé, avant de mourir, toutes ces traces, tous ces textes en vers et en prose soigneusement recopiés et accompagnés de commentaires sur les circonstances dans lesquelles il les avait dits ou écrits, s’il a laissé toutes ces lettres, tous ces cahiers datés, n’est-ce pas pour que quelqu’un s’en préoccupe un jour?» écrit Maalouf. Lorsqu’à l’occasion d’un deuil, il tombe sur ces documents – et quelques autres plus anciens encore – conservés de génération en génération dans une malle dans la maison familiale, il s’y plonge, avec son obsessionnel sens du détail exact, pour remonter les traces de ses origines. Déchiffrant les manuscrits, recueillant les souvenirs des plus âgés, mettant ses pas dans ceux de ses prédécesseurs, pour reconstituer la vérité historique, l’écrivain ira même jusqu’à La Havane, où il retrouvera un cousin dont il ne soupçonnait même pas l’existence.
Anticléricaux et mystiques
Dans sa lignée, l’auteur va ainsi découvrir un grand-père anticlérical, un grand-oncle curé catholique, un autre ayant fait fortune à Cuba, un arrière-grand-père pasteur protestant, un oncle d’Amérique mystique... Un brassage de caractères, de tempéraments, un enchevêtrement d’appartenances religieuses, qui donnent forcément quelques querelles de clochers et des identités complexes. Ingrédients parfaitement adaptés à une fresque familiale. Sur fond d’un siècle et demi d’histoire du Levant, allant de l’Empire ottoman au mandat français, Amin Maalouf nous entraîne dans le sillage des personnages de sa famille, avec cet art consommé du verbe qui lui vaut sa réputation de «conteur». Du village de la montagne libanaise à La Havane, en passant par Paris, New York, on suit les tribulations de cette «tribu qui nomadise depuis toujours dans un désert aux dimensions du monde» dont se revendique l’auteur. Cet écrivain, qui «cultive l’éloignement comme on arrose à sa fenêtre une fleur triste», réfute d’ailleurs le terme de racines, parce qu’il est synonyme de captivité, et réclame «pour patrie, un patronyme». Et pour toutes origines, cette tumultueuse filiation. À travers ces esquisses de destins singuliers, se profile celui du Liban. De ce coin de terre soumis à toutes les ingérences, de ses habitants périodiquement acculés à émigrer vers des cieux plus cléments. L’histoire se répète. Celle des familles comme celle des pays (485 pages).
Zéna ZALZAL, dans L'Orient Le Jour


Nouveauté: «Immortalis», d’Élias Jabre: voyage dans le futur éternel
Prix du roman fantastique du Festival de Gerardmer 2004 (Fantastic’arts)

Elias Jabre est né en 1975 au Liban. Après des études de droit et un passage par la fiscalité internationale, il se passionne pour les nouvelles technologies qui le conduisent à travailler au développement des activités électroniques d'un groupe d'édition. Immortalis est son premier roman.
Ce récit d'anticipation aux multiples rebondissements rappelle que ce siècle verra se jouer l'enjeu de l'espèce. Il retrace le drame de personnages liés par l'amour et par le sang, happés dans la spirale du progrès. Ils devront faire des choix déterminants pour l'avenir de l'humanité. Mais ont-ils le choix ?

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Pour un coup d’essai, Immortalis d’Élias Jabre s’est révélé un coup de maître. À peine publié aux éditions du Masque (le 28 Janvier 2004), ce premier ouvrage d’un jeune Libanais de France a obtenu le prix du roman fantastique décerné, le mois dernier, à l’occasion du Festival du film Fantastic’arts de Gerardmer. Consacré par un jury composé d’auteurs et de journalistes reconnus, Marc Caro, Didier Imbot, Yann Moix, Jacques Baudou et Bernard Werber (ce dernier est considéré comme le nouveau pape de la littérature française de science-fiction), Immortalis mérite bien ses lauriers. Comme son titre l’indique, ce récit d’anticipation base sa trame sur un rêve vieux comme le monde: l’immortalité. Un rêve que notre société contemporaine tente d’ailleurs d’atteindre d’une manière détournée à travers tous ces élixirs de santé, de beauté et de longévité qui vont de la simple gélule aux injections de Botox. Mais là n’est pas la question. Immortalis préfigure ce qui pourrait advenir si une vraie victoire sur la dégénérescence était arrachée par les experts généticiens, ces alchimistes des temps modernes
Eugénisme et fantasme d’éternité
À travers les multiples rebondissements d’une épopée familiale du XXIe siècle, où les liens de sang et d’amour se mêlent aux manipulations génétiques, le jeune auteur dresse le portrait d’une société futuriste dont le spectre nous menace. Car les racines de ce récit, alliant bioéthique et politique véreuse, sont profondément ancrées dans notre réalité. Imaginez un monde livré à des politiciens mégalomanes, servis par des savants fous qui, dans leurs laboratoires high-tech, feraient «œuvre au noir» pour créer un nouvel homme. Imaginez un monde dominé par des hommes eugéniques, c’est-à-dire « améliorés », où les humains ayant des défauts seraient éliminés ou, en attendant leur extermination, parqués dans un zoo. Oui, un vrai zoo, que les races supérieures viendraient visiter, caméra à la main. Une zone où seraient exilés aussi bien les personnes atteintes de maladies génétiques que les criminels et les opposants au régime. Mais encore plus, imaginez le fantasme de l’immortalité enfin réalisé. Un scénario catastrophe qu’Élias Jabre, 29 ans, juriste de formation, passionné par les nouvelles technologies (il a d’ailleurs travaillé au développement des activités électroniques d’un groupe d’édition), a concocté avec une réelle maestria. Et vous aurez une tragédie bien ficelée, qui puise à la source grecque de la réflexion philosophique sous-jacente (qu’est l’immortalité sinon l’éternité, et celle-ci n’est-elle pas la répétition du cycle de la vie ? ) mais où les personnages ont troqué leurs toges pour des combinaisons de manga. Immortalis est un livre prenant. Narrées dans un style imagé, les aventures, en 2041, des docteurs Léonard et Stanislas et de leur progéniture Lili, Éléna, Borja et Théo feraient une belle adaptation cinématographique. Élias Jabre : une jeune plume à suivre.

Zéna ZALZAL pour L'Orient le Jour



Parution du dernier livre d'Alexandre Najjar,
Le mousquetaire


La couverture de l’ouvrage: portrait de Zo d’Axa par Constant Montald.

LBV, 23 Janvier 2004- Voilà un essai sur Zo D'AXA (1864-1930), célèbre pamphlétaire de la fin du XIXème et du XXème siècle; de son vrai nom Alphonse Gallaud, refusant le qualificatif d'anarchiste en lui préferant celui d'homme libre, il créa les journaux "l'Endehors" et "la Feuille" avant de se réfugier dans le mutisme et le nomadisme sans jamais passé inaperçu, jusqu'au Québec par exemple.
L'ordre du monde n'est pas pour lui; c'est un jusqu'auboutiste qui finit par abdiquer après la mort de sa femme.
La phrase "le suffrage universel est un moyen d'étouffer l'initiative individuelle"
illustre l'intensité et la passion du personnage que la plume d'Alexandre Najjar transcrit avec verve et fidélité pour une lecture facile de bout en bout.
Paris, Editions Balland
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Zo d'Axa, la liberté à l'état pur L'écrivain libanais Alexandre Najjar publie "Le mousquetaire", une biographie d'Alphonse Gallaud, alias Zo d'Axa, l'un des pamphlétaires les plus virulents de la fin du XIXe, anarchiste hors de l'anarchie. Flamboyant, impertinent, épris de liberté. Ce sont quelques-uns des qualificatifs qu'il convient d'employer au sujet de Zo d'Axa, pseudo qui signifierait, en grec, "je vis en mordant". Après deux biographies de "Khalil Gibran" et d' Ernest Pinard, "Le Procureur de l'Empire", Alexandre Najjar nous fait (re-)découvrir Alphonse Gallaud, pamphlétaire inclassable (1864-1930). "Ce qui m'a séduit, raconte l'écrivain, c'est son amour de la liberté, son indépendance absolue". Dès son plus jeune âge, Zo d'Axa se sent en dehors de la société. Tellement "endehors" qu'il baptise son premier journal, à 27 ans, ainsi. Il se déclare "en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories, mêmes anarchistes". D'écrits en provocations, des geôles de Mazas à celles de Jérusalem, ce mousquetaire s'attaque aux mensonges de la classe politique, la mascarade des élections, la bêtise de la justice, etc. Il va même jusqu'à présenter son candidat, "l'âne Nul" aux élections de 1898. A 36 ans, il part, car "la sagesse est de ne pas rester". Il mettra fin à ses jours à Marseille, en toute liberté, comme le fut toute sa vie.
Par Jenny Lafond, Metro
Editions Balland, 175 pages, 15 euros.

« Le mousquetaire Zo d’Axa » : une biographie pleine d’analogies...
par Zéna ZALZAL

Pour Alexandre Najjar, c’est toujours la période biographies. Son dernier livre, «Le mousquetaire. Zo d’Axa – 1864-1930» (paru en janvier 2004 aux éditions Balland), dresse le portrait d’un pamphlétaire français de la fin du XIXe siècle, un homme d’une liberté sans concession. Un parfait contraste avec l’ouvrage précédent, une biographie «en contre-exemple» d’Ernest Pinard, «Le crapaud», ce redoutable procureur du Second Empire, qui avait persécuté, entre autres, Flaubert et Baudelaire. Deux personnages qui, pour n’avoir rien en commun, s’inscrivent dans l’œuvre d’Alexandre Najjar avec une certaine logique. Ainsi, après avoir dénoncé «le symbole même de l’obscurantisme, de l’intolérance et de la bêtise» , l’avocat-écrivain réhabilite une figure d’« homme pareil au vent : libre, pur, insaisissable, (...) qui savait secouer par le souffle de son esprit ceux qui se vautrent dans la médiocrité», écrit-il dans sa préface. «Les thèmes de mes livres s’imposent à moi», affirme-t-il d’ailleurs, expliquant que « c’est le hasard qui détermine, à chaque fois, le choix de l’un des nombreux sujets que j’ai en tête et me pousse obstinément à le développer ». C’est ainsi qu’étant tombé plus d’une fois, au cours de ses lectures, sur le nom étrange de Zo d’Axa, Alexandre Najjar entreprend des recherches qui le conduisent à la petite-fille de ce dernier, Béatrice Arnac. Seule descendante directe de ce personnage plein de panache, qui maniait aussi bien le fleuret que la plume, elle met à sa disposition les archives familiales. «Trois caisses pleines de textes manuscrits que j’ai compulsés un à un», dit-il. Et à travers lesquels, il apparaît qu’en dépit d’une trajectoire fulgurante, cet «escrimeur de mots» avait eu une certaine notoriété en fondant vers la fin du XIXe siècle deux journaux libertaires et satiriques : L’Endehors et La Feuille. « À vingt-sept ans, Zo d’Axa (Alphonse Gallaud, de son vrai nom) avait réussi à rassembler autour de lui des intellectuels parmi les plus importants de son époque. Des personnages comme Octave Mirbeau, Félix Fénéon (critiques littéraires et artistiques), Georges Darien, Henri de Régnier, etc. Surnommé par Clemenceau “ Le mousquetaire rouge ”, cet homme épris de liberté n’a pas eu peur d’affronter les juges, la prison et l’exil pour dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. Très audacieux dans ses écrits comme dans ses actes, il n’a pas versé pour autant, comme certains anarchistes, dans le terrorisme. D’ailleurs, rebelle à toutes les classifications, il réfutait toutes les étiquettes, même celle d’anarchiste », explique l’auteur.
XIXe siècle en France, XXIe siècle au Liban
Fougueux, intransigeant, insoumis, Zo d’Axa ne peut vivre dans un carcan, encore moins celui d’une société où règnent l’incompétence, le laxisme et l’injustice. Après avoir attaqué avec virulence aussi bien l’armée et la magistrature que la famille ou la patrie, arrivé à la trentaine, à défaut d’avoir pu changer le monde, il décide de larguer les amarres. Il passera les trente années suivantes à vagabonder au gré de sa fantaisie aux quatre coins du globe, avant de finir par se donner lui-même la mort – ultime liberté – en se tirant une balle dans la tête. Pour ceux qui reprocheraient à Alexandre Najjar sa propension à faire des biographies de personnage purement français, l’auteur, en bon avocat, se défend d’avoir choisi un sujet qui n’a pas le moindre lien avec le Liban. «D’une part, j’ai toujours revendiqué la triple liberté de l’écrivain: celle du choix du sujet, du choix de la langue et du choix du genre littéraire. Et, d’autre part, je trouve qu’il y a beaucoup d’analogies entre le XIXe siècle en France et le XXIe siècle au Liban. Les régimes de l’époque avaient de nombreux travers qu’on rencontre dans notre société actuelle, tant au niveau des libertés publiques que des dérapages de la justice...» Une bonne raison, en tout cas, de lire ce livre.

>>> Lire aussi: La critique, plutôt flatteuse, de la Revue du Liban

>>> Tous les livres d'Alexandre Najjar sont référencés par la Fnac.com


« Histoire des Orientaux de France »,
de Abdallah Naaman*


Le 19e ouvrage de Abdallah Naaman, intitulé Histoire des Orientaux de France, vient de paraître aux éditions Ellipses (Paris). Il s’agit d’un travail historique, généalogique et sociologique qui raconte, en 528 pages toutes pleines de passion et de précision, l’installation en France de vagues successives d’Orientaux
(les actuels libanais, syriens, égyptiens, jordaniens, palestiniens, irakiens). En effet, dès les premiers siècles de notre ère, les Orientaux écument la Méditerranée et deviennent les familiers de l’Europe qu’ils sont les premiers à évangéliser. La Gaule connaît tour à tour leurs moines et leurs marchands, puis leurs cavaliers et leurs savants, enfin leurs voyageurs et leur élite pensante et industrieuse. Dans sa recherche, l’auteur s’appuie sur de nombreuses archives inédites, complétées par des témoignages oraux, pour raconter les pérégrinations de ces Orientaux sur le sol français pendant deux millénaires, passant en revue le destin individuel ou collectif des uns et des autres, révélant pour la première fois des épisodes glorieux et parfois sanglants du long cheminement de ces passeurs qui n’ont pas démérité de la France. L’auteur mène en outre une vaste enquête de terrain, interrogeant les descendants, recueillant beaucoup d’éléments inconnus enfouis dans la mémoire familiale, explorant une quantité de documents inédits et consignant avec minutie et fidélité des témoignages poignants. Ce faisant, il rectifie nombre d’erreurs historiques et généalogiques, colportées parfois sans discernement, rétablissant quantité d’informations et de dates erronées au vu de nombreux documents originaux. Au terme de la lecture de ce coup d’œil rétrospectif, l’auteur ose espérer que le lecteur en tirera un sentiment d’admiration pour l’intelligence de ces Levantins, leur entregent, leur capacité d’adaptation, leur ténacité à relever les défis, leur participation active à l’enrichissement intellectuel et économique de la France et leur courage sans faille à servir leur nouvelle patrie. L’ouvrage, fruit de dix ans de recherche, comporte 550 pages, grand format, dont un cahier de soixante illustrations en noir et blanc. Il est à noter que cet ouvrage parle de certains d’entre nous et, grosso modo, d’environ 500 familles d’origine libanaise, syrienne, palestinienne, égyptienne, irakienne, jordanienne, arménienne, turque... Né en 1947 au Liban, docteur ès lettres françaises, Abdallah Naaman vit en France depuis plus de trois décades. Cofondateur de la Maison Naaman pour la culture en 1979, il a à son actif près de vingt titres en français et en arabe, dont les livres français suivants : Le bal du Comte d’Orgel (1971), Printemps perdu (1973), Le français au Liban (1979), La mort et Camus (1980), Les Levantins : une race (1984), La guerre libanaise (1985), ainsi que plusieurs contributions à des travaux encyclopédiques, notamment pour le compte de la maison Larousse.

L'Auteur: Abdallah Naaman
* Docteur ès lettres, écrivain et essayiste bilingue (arabe-français), Abdallah Naaman est né à Beyrouth le 27 décembre 1947 et vit à Paris depuis 1974. Il se définit comme un passeur, à la jonction - plutôt qu'à la frontière - de deux mondes, profondément attaché aux valeurs universelles, à la laïcité et au dialogue des cultures entre des peuples égaux. Avec Histoire des Orientaux de France du 1er au XXe siècle, il signe son dix-neuvième ouvrage, le huitième en français.
La collection L'Orient politique, dirigée par Aymeric Chauprade,
propose une grille de compréhension claire et synthétique de la géopolitique du monde oriental. Géographie, histoire et sciences politiques s'y retrouvent dans le but de décrypter les enjeux géopolitiques actuels. Dès les premiers siècles de notre ère, les Orientaux écument la mer Méditerranée et deviennent les familiers de l'Europe qu'ils sont les premiers à évangéliser. La Gaule connaît tour à tour leurs moines et leurs marchands, puis leurs cavaliers et leurs savants, enfin leurs voyageurs et leur élite pensante et industrieuse. L'auteur s'appuie sur de nombreuses archives inédites, complétées par des témoignages oraux, pour raconter les pérégrinations de ces Orientaux sur le sol français pendant deux millénaires, passant en revue le destin individuel et collectif des uns et des autres, révélant pour la première fois des épisodes glorieux et parfois sanglants du long cheminement de ces passeurs qui n'ont pas démérité de la France...


Fady Stephan, prix Phénix de littérature 2003
pour "Le Berceau du Monde"

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« Le Liban contemporain, histoire et société »
par Georges Corm, aux Éditions La Découverte


Georges Corm ne peut pas rester tranquille. L’an dernier, il bousculait les idées reçues, sur un Orient spirituel et un Occident matérialiste, dans un ouvrage qui a eu un grand succès, en France notamment. Cette année, il récidive, en s’attaquant cette fois au « prêt-à-penser libanais », qui veut que la démocratie communautaire, rebaptisée consensuelle par M. Antoine Messarra, soit la seule solution pour le Liban. Dans un ouvrage foisonnant, Le Liban contemporain, histoire et société, qui est aussi le premier essai traitant de la Seconde République (après Taëf), il propose un regard nouveau, sans être tout à fait celui d’un historien et a surtout le mérite de pousser à une réflexion profonde, qui change des platitudes devenues habituelles. Comme d’habitude, Georges Corm fait salle comble, et comme d’habitude, à la fin de la conférence, l’assistance sort toute remuée, comme si elle avait soudain honte de son inertie. Officiellement, il est là pour parler de son dernier ouvrage, mais il ne peut s’empêcher de sortir de ce cadre, pour pousser les Libanais à changer leurs mentalités. « Tant que nous continuerons à être un aussi bon public pour la classe politique actuelle, celle-ci restera en place et nous continuerons à envoyer nos enfants à l’étranger », dira-t-il en guise de conclusion, avant d’être longuement applaudi par les personnes présentes. Présenté par M. Henri Laurens, Corm commence par expliquer la ligne directrice de son ouvrage qui tout en évoquant l’histoire contemporaine du Liban, dénonce le système communautaire qui n’en finit pas, selon lui, de faire des ravages et de détruire les fondements de l’État libanais. Pour l’ancien ministre des Finances, l’identité communautaire n’est pas une fatalité génétique, mais un concept fabriqué à partir de 1 840, lorsque Français et Britanniques, en route vers les Indes, ont coincé les Libanais dans cette identité communautaire et ont politisé les communautés. Il dénonce ainsi l’idée reçue selon laquelle la Moutassarifia serait le début de la démocratie au Liban. Pour lui, elle ne serait que le début de la représentativité des communautés, car la démocratie, c’est essentiellement le respect des libertés individuelles et pas seulement celles des communautés. Se référant au phénomène de démocratie consensuelle en vigueur en Suisse ou en Belgique, il a affirmé qu’un tel système peut fonctionner dans des milieux apaisés, non dans un pays comme le Liban, où les communautés sont prises dans des réseaux de puissances étrangères. « De plus, en Suisse et en Belgique, il y a une démocratie au sein des communautés et non pas des chefs qui terrorisent les autres », dit-il. Enfin, au Liban, le pire c’est que des civils prétendent désormais parler au nom des communautés religieuses. Corm prône donc un retour aux valeurs républicaines, si on veut un État dans lequel les communautés ne sont pas la base de l’ordre public. Pour lui, les droits individuels sont plus importants que ceux des communautés, et il faut donc défaire ce que le haut-commissaire français a tissé en 1932, en nous emprisonnant dans des communautés dites historiques.

La fameuse théorie de l’État tampon L’ancien ministre s’insurge aussi contre la théorie qui veut faire du Liban un État tampon. « Pourquoi une telle vocation, se demande-t-il, alors qu’elle consiste à faire du Liban un État non souverain, voué à servir de tampon aux guerres que les autres pays ne veulent pas mener ? » C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en 1975. L’ancien ministre précise aussi qu’aujourd’hui, les communautés n’ont plus de fonction spirituelle, mais sociologique et politique. Évoquant ensuite la partie traitant de la Seconde République, Corm, qui n’est pas tendre avec la politique suivie, tout en abordant avec franchise et courage la période où il était lui-même ministre des Finances, se défend de régler des comptes personnels. « Je présente des faits, dit-il. Mis bout à bout, ils donnent une image négative, mais ce n’est pas là mon objectif. » Corm tient toutefois à terminer son rapide exposé sur une note positive, en affirmant que malgré tous ses défauts, le Liban tient le coup, surtout comparé à ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie. Il rend aussi hommage à ces milliers de personnes anonymes qui sont mortes sous les balles des francs-tireurs, pendant les années de guerre, parce qu’elles refusaient de se terrer et de ne plus faire leur travail. « C’est l’histoire de ceux-là qu’il faut écrire, ceux qui par leur sang ont voulu qu’un Liban nouveau émerge, au lieu de ne s’étendre que sur les cruautés qui ont été commises. » L’assistance ne peut s’empêcher de poser des questions, tant les idées développées par l’ancien ministre l’ont secoué. Et un homme se lève pour déclarer : « Je suis né en 1920. Dans le recensement de 1932, j’ai été placé dans la case chiite. Et je crois malheureusement que je quitterai cette terre sans avoir su si j’étais aussi Libanais. » Il est longuement applaudi, mais une vague de tristesse plane sur les présents. Corm, lui, décide de réagir, s’élevant contre le prêt-à-penser que l’on sert actuellement aux Libanais, fatigués par 15 ans de guerre. « Mais cela fait treize ans que la guerre est finie, même si quelque part, nous sommes encore en guerre. Nous devons nous réveiller et cesser d’accepter de ne plus avoir de repère moral. L’argent tue les consciences. » Corm termine en refusant les accusations de révolutionnaire portées contre lui. « Je suis un conservateur socio-démocrate », lance-t-il sérieusement. Des conservateurs avec un tel profil, on en redemanderait.

Scarlett HADDAD
L'OrientLeJour


Le prix France-Liban décerné à Lamia es-Saad
par l’Association des écrivains de langue française

Le prix France-Liban, pour cette année 2003, a été décerné à Lamia Fouad es-Saad pour son ouvrage Le bonheur bleu édité à Dar an-Nahar. L’Association des écrivains de langue française (ADELF), qui réunit quelque 1 500 écrivains de 60 nationalités, remet chaque année douze prix littéraires dont celui de France-Liban. Elle a pour objectif de favoriser, dans le monde, l’expansion des littératures de langue française où qu’elles se trouvent. Ce prix a été créé en 1980 et son jury est composé d’écrivains français et libanais. Il a déjà été décerné, entre autres, aux écrivains Amin Maalouf, Andrée Chedid, Nazih Hamad et Sabrina Mervin. La lauréate est invitée le 15 mars au Sénat français afin de recevoir son prix au cours d’un déjeuner organisé à cette occasion, en présence de nombreux écrivains francophones de plusieurs pays.


Avant la sortie du second tome au Printemps 2004
Le prix Ignace Maroun à Carole Dagher pour son roman
« Le Couvent de la Lune »

Tous les conquérants ont tenté de faire douter les Libanais de leur identité

Carole Dagher reçoit son prix de Mgr Boulos Matar, archevêque maronite de Beyrouth, et de M. Fouad Turk, président de la Fondation Ignace Maroun.
(Photo Ibrahim Tawil)

Le prix Ignace Maroun a été décerné le 9 Décembre à Carole Dagher, pour le premier volume de son roman Le Couvent de la Lune (Deir el-Kamar), paru chez Plon. Plusieurs écrivains libanais francophones ont tenté leur chance dans le roman historique. Ce que Carole Dagher a fait est différent. Ce n’est pas seulement la belle intrigue qui l’intéresse, mais la restitution aux Libanais de leur passé de peuple. Un passage de son intervention, à la cérémonie de remise du prix, qui s’est déroulée à la salle Gibran de l’amicale des anciens de La Sagesse, illustre son intention : « En écrivant Le Couvent de la Lune (...), j’ai découvert mes racines historiques, culturelles, nationales avec un émerveillement et un bonheur presque enfantin. J’ai compris pourquoi l’histoire se répète chez nous : parce que nous n’en savons rien, ou pas grand-chose, et que donc nous ne retenons pas les leçons du passé (...). Beaucoup de stations historiques nous réunissent, nous Libanais de toutes les confessions, à côté de celles qui nous ont séparés (...). Je citerai le témoignage de Lamartine quand il entreprit son fameux Voyage en Orient : “Si dans telle ou telle contrée de l’Orient, il y a un homme, au Liban, il y a un peuple”. Il y a un peuple, oui ! Plusieurs communautés, avec des sensibilités différentes, avec des histoires, des cheminements différents, mais un même combat pour la liberté. Faire douter un peuple tenace de lui-même, de son histoire, de sa stabilité, de son avenir, a été un jeu auquel se sont livrés tous les conquérants de notre pays. La première règle de ce jeu consiste en général à occulter l’histoire, quand il ne s’agit pas de la falsifier. » Aujourd’hui encore, nos enfants grandissent sans passé, et un grand pan de l’histoire du Liban continue à ne pas être enseigné dans les écoles. La même vieille ruse est utilisée : faire oublier son passé à un peuple, pour lui faire oublier qu’il est un peuple. Présentant Carole Dagher, Mgr Boulos Matar s’est étendu sur ce même point : « Nous sommes invités, a-t-il dit, à reconstituer notre volonté générale unie, en pensée et en action. Alors, la souveraineté nous viendra, inévitablement, en récompense. Son avenir est entre nos mains. Personne ne nous la donnera (...). Unis, nous la garderons, désunis, elle déchoira de nos mains. » Pour sa part, Fouad Turk, président de la Fondation Ignace Maroun, a relevé que le roman a été couronné parmi 17 autres œuvres qui lui ont été soumises. Et pour parler de l’ouvrage, le jury a choisi d’évoquer les noms prestigieux de Balzac, Flaubert et Zola. Le roman se situe à l’époque de l’émir Béchir II Chéhab et des personnages hauts en couleur comme Béchir Joumblatt et Lady Esther Stanhope y défilent, aux côtés des héros du roman proprement dit. Pour sa part, Thérèse Bou Maroun, de la Fondation Ignace Maroun, a souligné combien ce « roman libanais d’expression française, signe d’inculturation, est aussi signe d’un dialogue permanent entre notre peuple et le monde des valeurs humaines et culturelles que représente la francophonie ».
Indispensable pour de véritables fêtes, en attendant le second tome, à paraître au printemps.

Fady NOUN pour l'Orient le Jour

Le prix Ignace Maroun
On connaît mal Ignace Maroun, dont l’action pédagogique s’est étalée sur près d’un demi-siècle, et qui a laissé sa marque dans tous les domaines où il a servi : l’archevêché maronite de Beyrouth, l’école La Sagesse, le patriarcat, la Mission pontificale, le secrétariat des écoles catholiques et le Bureau international des écoles catholiques. « Plusieurs générations d’élèves ont bénéficié de ses charismes d’éducateur, de galvanisateur de la jeunesse », comme l’a bien souligné, au cours de la cérémonie, Mgr Boulos Matar, archevêque maronite de Beyrouth, qui l’a bien connu. Le prix qui porte son nom est destiné à prolonger son rayonnement, et récompense « une œuvre littéraire ou artistique qui met en valeur le patrimoine libanais ».


Lire en français et en musique:
« Née du silence », de Patricia Élias


Signature le Samedi 8 novembre au stand de la librairie Antoine,

La poésie comme source de vie, la paix en partage et surtout comme paraphrase sont d’une prière. Touchés par un sens religieux profond, surtout chrétien, ces poèmes groupés en une mince plaquette, sous le titre un peu énigmatique "Née du silence", de Patricia Élias (50 pages – Éditions Nouvelle Pléiade, Paris, avec des illustrations de Rudy Rahmé), viennent d’obtenir le Grand prix 2003 de la Société des poètes français. On dit un peu énigmatique car il est évident que la vie commence par un cri… Inspiration placée sous le signe de l’amour du divin et des impénétrables desseins du Seigneur. Verbe ardent, protégé par le recueillement et la réflexion, qui touche aux frontières du Parnasse pour mieux atteindre les cœurs et s’ériger comme un rempart contre l’adversité du destin. Avec des images calmes, une certaine musicalité jaillie des vers alliant rimes et sonorités douces, cette poésie enserrée dans sa métrique sage et un peu surannée est surtout non un cri d’amour, mais une détermination à aimer. Aimer à tout prix, surtout son prochain, s’accepter et triompher des épreuves de la vie. Aux abords des complaintes d’une croyante à la foi inébranlable, cette poésie illuminée de la grâce du Seigneur tente de répondre aux interrogations les plus profondes et les plus pressantes d’une traversée humaine. Expliquer le sens d’une vie ? Mais enfin qui de nous peut prétendre, et avec certitude,« où nous allons » et surtout « savoir qui nous sommes »… Ni Claudel ni Péguy n’ont su élucider ce mystère insondable. Cédant peu à une tentation plasticienne de l’écriture, l’auteur privilégie la trame de la simplicité et de l’humilité avec quelque emphase dans le dire poétique, de petites répétitions (« mon corps chancelle ») et surtout certaines naïvetés de style (« À son sourire, marquise des anges, je me prosterne tel un archange »). Combat avec soi-même et les autres, sereine acceptation plus que résignation, offrande plus qu’avarice de cœur, pour qu’à « jamais le mal s’endorme dans les bras de la lumière »…

En toute transparence et dans les mains des anges et de Dieu. Les cheveux châtains dénoués sur ses épaules, les traits fins, de grands yeux clairs en amande captant la lumière, Patricia Élias avoue en toute simplicité, presque avec effacement, que l’écriture, pour elle, est « un besoin, besoin de dire, de confesser, d’instaurer un dialogue entre l’invisible et nous-mêmes. D’ailleurs la mère de la poésie est le Cantique des Cantiques. Et par-delà toute quête spirituelle, la poésie est un chant intérieur, on peut l’embellir, la sculpter...» Comment est venue cette aventure du verbe quand de formation on est gestionnaire ? « Je n’étais pas censée écrire, dit-elle avec un sourire. Mais tout a commencé avec des premiers essais qui ont reçu l’appréciation et l’encouragement de mon entourage. Et puis, lors d’un voyage en France où vivent mes parents, j’ai finalement décidé de publier ce premier recueil tout en sachant combien la poésie a peu d’audience et surtout n’ignorant rien de ses difficultés d’édition. La chance m’a souri et puis me voilà. » Et quel est le message dans ce premier recueil ? « Si message il y a, c’est cette paix que j’ai rencontrée et que je voudrais partager. » Aujourd’hui, à la veille de la manifestation culturelle « Lire en français et en musique » (qui sera l’événement de Beyrouth du 31 octobre au 9 novembre), Patricia Élias prépare la venue de « La Société des poètes français », qui aura lieu au Biel. « C’est un hommage aux poètes libanais d’expression française, tels Schéhadé, Tuéni, Naffah, explique-t-elle. C’est tout un programme, une sorte de “spectacle” son et lumière autour de la poésie. » Fervente lectrice de Gibran (qui s’en étonnerait), travaillant d’ailleurs en collaboration avec le Comité national Gibran, Patricia Élias, infiniment humaine, car elle est aux aguets de la détresse et du besoin de l’homme, ambitionne seulement de vivre, en toute simplicité. Inquiète aussi, car elle ne voudrait guère échouer dans ce qui lui est demandé de faire (« le reste, Dieu y pourvoira », dit-elle en toute paisible confiance) et par-dessus tout elle ne voudrait pas échouer d’aimer... Des projets ? Oui, des projets d’écriture. Un roman en préparation. Une chronique familiale. Mais, pour le moment, sa grande préoccupation c’est l’événement du Biel. Entre-temps, elle vit le jour au jour. Comme seuls les poètes et ceux qui ont la foi savent le faire.
Edgar DAVIDIAN

>>> Visite au Liban de la Société des Poètes Français

Dix-huitième prix littéraire international « Francophonie »
Avis à tous les poètes, auteurs et écrivains de langue française : du 1er novembre au 15 mars, le dix-huitième prix littéraire international « Francophonie » est ouvert à tous dans les catégories poésie classique, poésie libre, sonnet, nouvelle (policière, fantastique, aventure) et texte de chanson. Pour recevoir le règlement, contre une enveloppe préadressée et deux timbres ou deux coupons-réponses, envoyer un courrier à
Christian Ulmer - prix littéraire «Francophonie » -
25, place des Pyrénées - 64150 Mourenx - France.

A la veille de l'édition 2003 du Salon Lire en Français...

Yasmina Traboulsi, prix du premier roman

Yasmina Traboulsi, de passage au Virgin Megastore pour présenter son roman « Les enfants de la Place ». (Photo Michel Sayegh)

On l’a découverte il y a moins d’un an, lors de la sortie de sa nouvelle, «Maria Aparecida ». Yasmina Traboulsi y faisait ses débuts officiels dans l’écriture. Après avoir décroché le « premier prix des jeunes écrivains francophones », elle revient avec un roman, «Les enfants de la Place», paru au Mercure de France, et une étonnante maturité. «Les enfants de la Place est la suite de Maria Aparecida, explique d’emblée Yasmina, j’avais le désir de raconter l’histoire de chacun des personnages, d’aller plus loin. La nouvelle est une valse sans fin, très rapide. Quand on s’arrête, on reste un peu étourdi. J’ai voulu aller plus profondément dans mes héros et le Brésil, car cette fois-ci, on part à Rio, São Paulo, dans les prisons et les bidonvilles. Les enfants de la Place pourrait être une valse plus lente, qui entraîne à son passage des êtres désespérés, désespérément heureux, fous, en quête de Maria Aparecida, en quête d’amour, une quête de soi, surtout. Autour de la Place, une valse à deux temps entre l’absente, « la reine de la Place», Maria et Sergio, petit vendeur de bonbons et de mouchoirs, Gringa, l’étrangère, le miroir de la Place, c’est à travers ses yeux que les personnages se voient, Mama Lourdes, voyante de pacotille, Gabriela l’orpheline jeune prostituée insolente, Tonio le borgne, musicien difforme, le chien errant, mascotte de la Place et les autres. La Place est une famille, il n’y a pas de jalousie, il y règne malgré tout de la joie et beaucoup d’humour. » La Place, c’est aussi les extrêmes du Brésil, que l’auteur aime avec passion, le pays de sa mère Paula ; son rythme, ses teintes à la fois sombres et colorées ; comme une scène de théâtre qui plante le décor et impose une ambiance, imbibée de violence, en même temps que s’échappe une note d’espoir, qui ressemble à Yasmina. « C’est une totale fiction qui aurait pu aussi se passer ailleurs. » Rayonnante en bleu turquoise et fuchsia, c’est avec un sourire serein qu’elle dénonce la cruauté, la misère tellement courante dans ce pays de tous les excès. « J’avais envie de parler de certaines choses qui me révoltent, la violence banalisée, l’horreur montrée à la télévision et qui fascine les foules, les sectes, comme celle de l’Église universelle, les prisons. Il y a dans chacun des personnages non pas un peu de moi, mais de mes idées. » Et la principale : «J’ai l’espoir que derrière chaque criminel, il reste une part d’humanité. » Peur de rien
Rien, en effet, n’a altéré ce bel optimisme qui caractérise Yasmina, surtout pas ses rencontres avec la pauvreté et la criminalité. « J’ai rencontré un chef trafiquant de 22 ans pour essayer de comprendre pourquoi il faisait ça, j’ai visité des prisons, j’y ai vu la solitude, la peur, qui suintait, dissimulée par de l’agressivité, de la violence, du mépris ou de l’indifférence. Un peu comme dans la vie, en fait. J’ai vu des maisons de redressement de mineurs, la meilleure école pour apprendre “ comment devenir pire”. Mais partout, il y avait aussi de belles histoires. » Partout, dans la vie comme dans ces pages, habitées par des gens qui s’aiment, s’affrontent, s’ignorent, se frôlent ou se détruisent. « Chacun a son histoire. J’ai vécu avec eux pendant un an. Quand je me réveillais, ils se réveillaient un à un. Quand je rédigeais une scène où il arrivait quelque chose de mauvais à l’un d’entre eux, j’en avais les larmes aux yeux ! » Le livre est terminé ; Gringa, Turco, l’Accordeur et leurs acolytes sont repartis ; Yasmina a commencé à se fabriquer de nouveaux amis pour son prochain roman encore en gestation. « Je me suis rendu compte, en terminant la nouvelle, que l’écriture était une urgence dans ma vie, mon oxygène. Le deuxième roman est le plus dur. Il sera sur le Soudan, je crois. » Pressentie pour le « prix du premier roman du Touquet », elle vient d’obtenir le « prix du premier roman », et réagit à cette victoire avec un gracieux sourire. « Je n’aime pas trop le fait d’être mise en avant », aime-t-elle à répéter. « Je suis étonnée mais flattée. Je reste un peu timide », avoue-t-elle enfin. Les enfants de la Place ressemble lui aussi à une valse douce amère dont on ressort un peu étourdi mais heureux. « Attention talent ! » C’est dit sur la couverture.


Carla HENOUD


* L’auteur signera « Les enfants de la Place » au stand Virgin du salon « Lire en français et en musique », les 8 et 9 novembre.