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L'actualité des auteurs libanais:
baromètre de la réalité et de la vitalité
de la francophonie libanaise
Auteurs libanais francophones et
littérature franco-libanaise

Avril 2008
Sortie dans les librairies le 10 Avril du dernier roman d'Alexandre Najjar
Phénicia

Le philosophe Zénon n’a jamais caché ses origines phéniciennes. A Athènes où il a fondé l’école des stoïciens, il raconte à son disciple Apollonios la tragédie de sa mère, une Tyrienne prénommée Elissa. La jeune femme accompagne son oncle dans un long périple qui lui permet de découvrir les comptoirs phéniciens qui jalonnent la côte méditerranéenne.
A son retour, Tyr, sa ville natale, se retrouve assiégée par l’armée d’Alexandre le Grand dont l’ambition est d’annexer tous les ports de Phénicie. La résistance s’organise. Les Phéniciens refusent l’occupation, multiplient les stratagèmes pour venir à bout de leur ennemi et, durant sept mois, vont se battre avec l’énergie du désespoir.
Ils n’ignorent pas que le devenir même de leur civilisation est en jeu…

A travers les récits croisés de l’assiégeant et de l’assiégé, Alexandre Najjar nous propose dans ce roman historique une double perspective du siège de Tyr, en même temps qu’une métaphore du Liban, pays meurtri avide de liberté.

Editions Plon, sortie simultanée en France et au Liban
Alexandre Najjar entouré de Mrs Naaman à gauche, l'ambassadeur Boutros Assaker et Mr Serge Akl
C’est à l’Office du tourisme du Liban, à Paris, et sous le patronage de l’ambassadeur du Liban en France, Boutros Assaker, qu’Alexandre Najjar a dédicacé son nouveau roman, Phénicia, paru aux éditions Plon. Une foule d’amis, de lecteurs et de journalistes de la communauté franco-libanaise s’est retrouvée, pour l’occasion, dans les locaux dirigés par Serge Akl, qui en a fait un lieu de rendez-vous culturel pour les Libanais de Paris. Le roman d’Alexandre Najjar sort à une période où le thème phénicien est d’actualité, avec l’exposition sur « La Méditerranée des Phéniciens » à l’Institut du monde arabe et l’intérêt recrudescent pour les civilisations de l’Antiquité, dont témoigne l’exposition sur « Babylone » au Louvre.
En choisissant d’évoquer le siège de Tyr par Alexandre le Grand dans son dernier ouvrage et la résistance acharnée des Phéniciens, Alexandre Najjar livre une métaphore du Liban, dont le nom s’est assimilé à travers l’histoire à la liberté. Un roman historique d’une actualité sans cesse recommencée.


«Nadim, un Liban généreux»
conte l’épopée d’al-Kafaàt
Construire et réunir, une devise pour Raïf Shwayri

Entre documentaire et fiction, réalité et romanesque, Raïf Shwayri, directeur général de la fondation al-Kafaàt, présente dans son ouvrage, «?Nadim, un Liban généreux?», l’autre face de ce pays, tombé par hasard sur l’échiquier d’une politique internationale cruelle. À travers les joies, les peines et les pérégrinations d’hommes et de femmes qui ont vécu les déchirures de leur terre d’origine, l’auteur retrace l’histoire sanglante de deux populations, libanaise et palestinienne, qui ont vu un jour leurs chemins se croiser et leurs destins s’unir dans le sang. «?Nadim, un Liban généreux?» donne la parole à ceux qui étaient déterminés à bâtir malgré la guerre et à aimer en dépit de la haine. Un véritable acte de foi et d’espoir envers le genre humain.
L’histoire commence lorsque Nadim, jeune anthropologue d’origine libanaise installé en Angleterre, est un jour rattrapé par son passé. Une lettre écrite en braille l’appelle au chevet de sa maman, atteinte de la maladie d’Alzheimer et résidant encore au Liban. Aussitôt, la mécanique de la mémoire se met en branle. Nadim, dont la mère l’avait un jour abandonné, n’a nulle envie de retourner dans ce pays qui lui rappelle trop de souvenirs douloureux. Seul un personnage le relie à cette terre qu’il a un jour désavouée : Charlie. Cet homme, atteint de cécité depuis son enfance et destinataire de la lettre, est le personnage central sur lequel va s’articuler le récit et autour duquel pivotent les événements et des caractères hauts en couleur.
Nadim, un Liban généreux n’est pas un simple roman car, à travers la vie de ses personnages, on assiste, d’une part, aux grands changements politiques d’une région et, d’autre part, à la fondation de cet organisme, al-Kafaàt, qui allait, au fil du temps, au moyen de divers programmes, réunir toutes ces personnes sous un même toit, contribuer à leur réinsertion et leur fournir des emplois. Avec des incursions historiques dans la narration, à l’image de fenêtres entrouvertes sur le passé, baptisées par l’auteur « Carrés d’histoire », Shwayri s’érige en narrateur et réalise quelques éclairages...
Colette KHALAF


Douzième édition du prix Phénix
Carole Dagher et Georgia Makhlouf, ou la résistance par l’écriture

De G. à D.;Raymond Audi, Carole Dagher, Georgia Makhlouf et Alexandre Najjar

Né il y a douze ans en France à l’occasion du Salon « Livres du Sud », le prix Phénix, devenu une tradition, a été décerné cette année à deux lauréates ex aequo, Georgia Makhlouf (« Les Hommes debout ») et Carole Dagher (« La princesse des Batignolles »), au cours d’une cérémonie conviviale qui s’est traditionnellement déroulée à la
Banque Audi
(centre-ville).
« Dans les moments difficiles que traverse le pays et à l’heure où des milliers de jeunes prennent le chemin de l’exil, il est important pour nous de ne pas baisser les bras, de continuer à défendre la culture libanaise et d’apporter notre appui à nos artistes et écrivains » : c’est ainsi que s’est exprimé Raymond Audi, en mettant l’accent sur l’importance d’un prix qui en est à sa douzième édition, avant de passer la parole à Alexandre Najjar qui a présenté les heureuses gagnantes. « Politologue, journaliste et romancière, Carole Dagher est une véritable militante qui a toujours eu le Liban au cœur », a-t-il dit. La princesse des Batignolles, son dernier roman publié aux éditions du Rocher, nous entraîne au XIXe siècle sur les traces d’une Libanaise, une princesse du Levant, qui, de Paris au Caire, va connaître toutes sortes d’aventures passionnantes.
Georgia Makhlouf, universitaire, docteur en sciences de la formation et de la communication, anime depuis plusieurs années des ateliers d’écriture. Elle a à son actif plusieurs ouvrages, dont Les Hommes debout, qui rend un vibrant hommage aux Phéniciens. « Sans chauvinisme, souligne Alexandre Najjar, Georgia Makhlouf nous dit la grandeur de cette civilisation et nous révèle sa Phénicie intérieure. Au terme d’un cheminement jalonné de réflexions profondes et de découvertes insolites. » « Ces deux livres ont séduit le public qui n’a pas pu les départager », poursuit Najjar, qui a rappelé à l’audience que « le roman libanais d’expression française, né au siècle dernier grâce à trois femmes (Evelyne Bustros, Amy Kheir et Jeanne Arcache), voit sa tradition se perpétuer par les lauréates d’aujourd’hui. » « Enfin, poursuit Najjar, ces femmes de lettres défendent, par leurs écrits, une certaine idée du Liban en mettant en valeur notre patrimoine menacé par l’obscurantisme de ceux qui nient l’indépendance, voire l’identité du Liban. Elles font ainsi de la résistance au nom d’une culture toujours vivante malgré toutes les épreuves. »
En réitérant ses remerciements à la Banque Audi Saradar Group et plus particulièrement à Raymond et Georges Audi, Najjar a espéré que le nom du lauréat de 2008 soit proclamé dans le cadre du Salon du livre qui a été annulé cette année en raison des circonstances.
Par la suite, Raymond Audi et Alexandre Najjar ont remis les prix aux lauréates. Dagher a qualifié Raymond Audi de « mécène des arts et des sports ». «C’est un bâtisseur de projets », a dit Makhlouf en évoquant Alexandre Najjar, avant de parler de sa « Phénicie buissonnière » et des chemins de traverse qu’elle a empruntés pour écrire ce livre. Archéologue à sa manière, puisqu’elle fouille dans les mots, la lauréate a rendu hommage à ceux qui l’ont précédée, les vrais archéologues, ainsi qu’à « leur travail silencieux ». « Ils nous apprennent la ténacité, a-t-elle dit, l’exigence du travail collectif et la modestie. »
C’est Carole Dagher qui a clôturé cette cérémonie conviviale. Après avoir évoqué la période difficile où elle a écrit ce livre, elle a dédié La princesse des Batignolles aux martyrs de la révolution du Cèdre et à tous ceux qui se battent pour un Liban meilleur. « On devrait tous s’inspirer de la devise gravée sur la monnaie de Paris, a t-elle conclu : Créer c’est vivre deux fois et faire chanter l’univers. »



Présentation de "Mémoires de survie" de Maria Chakhtoura,
pour le devoir de mémoire...


Décembre 2006- Après « La guerre des graffitis » et « La gardienne du clan », voici les « Mémoires de survie » de Maria Chakhtoura. Un recueil d’articles qui abordent « la guerre au quotidien » durant les années allant de 1977 à 1984, que l’auteur a présenté à la Villa Audi (Centre Sofil) le 6 Décembre 2007.
Une sélection de plus d’une trentaine de « comptes rendus de la vie des Libanais sous les bombes » que cette sociologue de formation – qui venait tout juste d’intégrer l’équipe du journal – rapportait dans de nombreux reportages au cours desquels elle sillonnait le pays, alors cloisonné en différentes régions.
Publié aux éditions L’Orient-Le Jour, préfacé par Issa Goraieb, conçu et réalisé par Saad Kiwan, cet ouvrage, que l’auteur a voulu comme « un devoir de mémoire », s’adresse, en premier lieu et dans un esprit de dissuasion, «aux jeunes qui n’ont pas connu la guerre, qui rêvent de la guerre ou qui ont la nostalgie de la guerre ». Puis aux plus âgés, qui vont retrouver dans ces « papiers d’ambiance » le rappel de jours que l’on voudrait espérer définitivement révolus !
Elle défiait les balles des francs-tireurs, Maria Chakhtoura, les barrages des miliciens, l’interdiction de son rédacteur en chef qui, cherchant en vain à la dissuader, menaçait de ne pas publier ses articles, pour... aller voir ce qui se passait de l’autre côté de la ligne de démarcation. De l’autre côté des différentes lignes de démarcation qui divisaient le pays du Cèdre en territoires des uns, impénétrables pour les autres.
Mue par son insatiable curiosité des autres, tous les autres, et cette énergie combative qui la porte – toujours ! – à s’enflammer, à prendre fait et...plume pour la cause de ceux qui, souvent, n’ont pas droit à la parole, Maria Chakhtoura en rapportait des témoignages saisissants de « vérité impartiale » sur les ravages de la guerre. Des articles qui lui ont d’ailleurs valu, en 1989, le prix de l’information vraie décerné par le syndicat des journalistes de la Confédération générale des cadres de France.
Elle partait seule, munie de sa caméra et de son courage, pour ne pas entraîner un photographe dans ses pérégrinations risquées, « pour ne pas le mobiliser aussi une journée entière », ajoute-t-elle, cherchant, comme à son habitude, à minimiser l’impact de ses faits et gestes.
Elle partait le matin pour ne rentrer que le soir. Exténuée par toute la tension accumulée durant ces longues heures occupées à braver la peur – c’est en cela que réside le courage ! – pour observer, sentir, enregistrer, comprendre les uns et les autres, de quelques bords qu’ils soient.
Un regard de sociologue
À peine rentrée chez elle, elle se jetait sur sa machine à écrire (l’ordinateur n’était pas encore là !) pour écrire « à chaud », témoigner avec toute la fraîcheur du ressenti, de ce qu’elle avait vu, découvert et capté de cette vie restreinte, réduite aux gestes de survie, emprisonnée dans des territoires fragmentés, que nombre de Libanais ont dû subir durant des années. Le lendemain, elle passait au journal pour remettre son article « déjà prêt et pour superviser le développement de la photo selon l’angle que je cherchais à mettre en valeur », se souvient-elle. Ces souvenirs, confiés à nous autres journalistes de son équipe, servaient parfois d’exemples, lorsqu’il lui arrivait de vouloir nous inculquer quelques notions de reportage.
De ce journalisme de terrain, nourri de son regard de sociologue,
qui est sa véritable passion.
Précurseur, en quelque sorte, des femmes reporters que l’on a vu émerger durant la guerre de juillet 2006, Maria Chakhtoura s’escrimait, elle aussi, trente ans plus tôt, à rapporter à ses lecteurs des nouvelles des uns et des autres. Des nouvelles des uns aux autres.
Elle brossait ainsi, aux habitants des régions plus épargnées, des descriptions détaillées de la vie de ceux qui, abrités derrière des sacs et des conteneurs de sable, essayaient de survivre, le long de la rue Monnot, à Sodeco, à Badaro, à Aïn el-Remmaneh, à Hadeth... Elle narrait, à ceux qui ne pouvaient plus y mettre le pied, les métamorphoses, sinon les mutations, de certains secteurs comme Raouché, la rue Maarad, Lazarieh, Bourj Brajneh. Elle se rendait au Liban-Sud prendre le pouls d’une région essentielle. En 1983, c’est elle qui donnait des nouvelles du siège de Deir el-Qamar. Elle a été jusqu’à suivre, à bord des bateaux de l’exode, ses compatriotes pour couvrir leur arrivée à Chypre...
Mettant l’accent toujours dans ses articles sur « la volonté, la rage de vivre, la débrouillardise des Libanais. Ces qualités qui ont permis à ce pays de se maintenir en dépit de tout », relève-t-elle.
Des scènes surréalistes
Des reportages de survie qui, trois décennies plus tard, deviennent des mémoires de survie avec les petites histoires que l’ont retrouve dans les mémoires. À l’instar de certaines scènes dignes de films surréalistes, qu’il lui est arrivé de saisir en plein cœur de l’enfer, dans une rue al-Moutanabi entourée d’herbes folles, où elle découvre deux marginales recluses, ou à Aïn el-Remanneh, dans la désolation d’un no man’s land où retentit brusquement l’air de Non, rien de rien d’Édith Piaf...
Durant la guerre, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz avait proposé à Maria Chakhtoura de réunir ses articles dans un recueil qu’éditerait Le Monde. Elle avait refusé. Aujourd’hui que la guerre est – théoriquement – finie, il lui a semblé nécessaire d’évoquer, en textes et photos, ces années sans répit, ce temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. Afin que souvenir ne se perde...

Zéna Zalzal pour L'Orient-Le Jour


« La princesse des Batignolles » de Carole Dagher
Octobre 2007- La princesse des Batignolles est le nouveau roman de Carole Dagher déjà en librairie en France. La passionnante et tumultueuse histoire de Marina, princesse libanaise exilée à Paris au lendemain des massacres des chrétiens en 1860, qui exorcise ses cauchemars en s’adonnant à la peinture. Elle fréquente le Louvre où elle se fait remarquer par le peintre Arnold Bückel qui fait son portrait et vit avec elle une intense passion.
Le portrait intitulé La princesse orientale du Louvre s’épanouit à l’ombre des Monet, Cézanne, Renoir, Degas ou Sisley et les autres indépendants qui font scandale à l’exposition d’avril 1874 avec leur « peinture révolutionnaire : l’impressionnisme ».
Au Caire, où elle se rend auprès de son frère, l’émir Mikaël, qui dirige un journal aux accents nationalistes arabes, Marina retrouve son portrait volé au fond d’une galerie.
« Peindre en Orient et se laisser peindre n’est pas innocent », peut-on lire. Surtout quand le sujet évoque une souveraineté nouvelle. À croire que sous les touches révolutionnaires du portrait impressionniste s’est engagé un rapport de force entre l’Empire ottoman et l’identité des peuples. Et quel rôle jouera la France dans cette lutte sans merci qui prend Marina dans son tourbillon ?
Un roman fourmillant de portraits, d’intrigues politiques et de drames sentimentaux sur une gigantesque toile de fond qui s’étire entre le Paris bohème et haussmannien et l’Orient conspirateur et coloré de la seconde moitié du XIXe siècle, jusqu’à l’avènement du mandat français au Levant en 1920.

Editions du Rocher / Prix conseillé : 19 euros
Nombre de pages : 320 pages ISBN : 9782268061894


Avril 2007
Qui veut détruire le Liban?

Par l'Euro-député Béatrice Patrie & l'historien Emmanuel Espanol

A l'occasion du déplacement au Liban d'une délégation du Parlement européen du 12 au 17 avril,
Béatrice Patrie et Emmanuel Espanol animeront une conférence débat le mardi 17 avril à 17 heures 30 à la Librairie El-Bourj, place des martyrs,
à l'occasion de la sortie de leur livre:
"Qui veut détruire le Liban?" aux éditions Actes sud.

Depuis l'assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, l'histoire du Liban s'est brutalement accélérée. Dans les semaines qui suivent la disparition de l'ancien Premier ministre, des milliers de Libanais se rassemblent pour réclamer la fin de la tutelle syrienne et l'émergence d'un nouveau Liban. Les troupes syriennes se replient dans un délai record, non en application de l'accord de Taëf, qui prévoyait de mettre fin à la tutelle de Damas dès 1991, mais en raison de la mise en œuvre de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée à l'automne 2004. Des élections législatives sont organisées au printemps 2005, dans le délai constitutionnel et sous observation européenne. Elles font émerger une majorité clairement opposée au régime de Damas, mais, à défaut de réforme de la loi électorale en vigueur, elles ne permettent ni un renouvellement réel de la classe politique ni la remise en question du confessionnalisme.
Dans les mois suivants, malgré une série d'attentats meurtriers, commence un dialogue national entre les principales forces politiques libanaises sur les questions d'intérêt national : enquête sur les assassinats politiques et tribunal international, souveraineté territoriale, récupération des fermes de Chebaa, désarmement du Hezbollah...
Pourquoi et comment, dans ces conditions, a éclaté la guerre de l'été 2006 ? Etait-ce pour interdire au Liban d'accéder à sa maturité démocratique ? Ou bien, une fois encore, n'était-il qu'un terrain où s'affrontent les puissances régionales ?
Dans cette séquence de l'histoire, l'unité nationale du Liban a été souvent ébranlée sans jamais céder. Mais la "balkanisation" demeure une réalité possible dans un contexte dominé par le conflit israélo-palestinien, la guerre civile en Irak et une désastreuse tentation communautaire.


Y a t-il un complot contre le Liban?

L'interview de Béatrice Patrie sur France 24


« Le ciel m’attendra »

May Chidiac, entre mots et maux
Victime d’un attentat le 25 septembre 2005, la journaliste May Chidiac est réapparue sur le petit écran le 25 juillet 2006. Une fois encore, à travers l’écriture d’un ouvrage intitulé «Le ciel m’attendra», elle revient pour parler de ses blessures, de son vécu. Une sorte de résurrection qu’elle entend partager avec tous ceux qu’elle aime, le lundi 16 avril à l’Eau de vie (hôtel «Phoenicia»).
En rose comme le jour de l’attentat. Debout et souriante comme tous les jours. Comme tous les jours qui ont précédé cette date funeste et comme tous les jours qui l’ont suivie. C’est ainsi que May Chidiac est représentée sur la couverture de son ouvrage édité par Florent Massot. Le bandeau rouge qui entoure le livre est comme cette plaie indélébile qui a marqué son corps. Et pourtant !
Livre-thérapie? Confidences? Non, mais un simple témoignage de vie qui a vu le jour, avec la collaboration d’Amal Moghaïzel, lors de son séjour à Valenton alors que May était soumise à une rééducation. Ce témoignage s’est poursuivi par la suite dans une écriture plus personnelle et plus intime. «J’ai commencé à répondre aux questions d’Amal et à lui faire part de mes impressions alors que j’étais en France puis, encouragée par Florent Massot qui a voulu éditer le livre, j’ai abordé une grande tranche de ma vie», confie la journaliste. Une biographie écrite en français et qui sera bientôt traduite en arabe chez Dar an-Nahar.
Pour May Chidiac la battante, la date zéro du roman autobiographique ne remonte pas au jour de l’attentat, quand tout a basculé, mais à celui où elle a décidé de revenir à l’antenne. Tout en douleur mais vivante dans une émission au titre plus qu’éloquent, intitulée Avec courage. Un pied de nez au destin, et une affirmation de son optimisme et de sa volonté de vivre.
Une vie pas très rose
À partir de ce jour-là, c’est par des flash-back et des flash-forward, à la manière d’un film et comme un voyage dans le temps, que la journaliste revient sur son enfance passée à Gemmayzé, sur la guerre et sur ses débuts dans le métier. Un parcours en parallèle avec celui d’un Liban meurtri, mutilé tout comme elle. «Je ne veux pas passer inaperçue dans la vie, disait-elle à sa mère. Ça vient peut-être de là, l’attrait des projecteurs.»
C’est sous le signe de cette phrase au goût prémonitoire amer que Chidiac allait être propulsée sous les feux de la rampe avant d’être aveuglée par les éclairages des hôpitaux.
Le ciel m’attendra est le récit d’une femme simple, aux goûts et aux désirs modestes, qui s’était juré un jour de ne jamais devenir comme ces dames tout de noir vêtues qui habitaient son immeuble, «ne jamais ressembler à ces ombres au regard déçu qui portaient indéfiniment le deuil. Je ne laisserai jamais la tristesse me prendre comme elle s’était emparée d’elles».
Entre colère et résignation, révolte et dépression, la journaliste a ôté son fard, pris la plume et reconstitué les événements qui ont marqué sa vie. Avec réalisme et humour, elle a entrepris de sonder son vécu intime, de trifouiller dans ses émotions les plus profondes et d’évoquer ses blessures (du corps et de l’âme) pour en ressortir avec un témoignage poignant, celui d’un être qui refuse de se laisser abattre malgré les deuils et les souffrances qu’elle a traversés.
C’est toujours dans le même esprit que May la brave, la vaillante, la déterminée va continuer à animer des émissions audacieuses et à donner espoir à ceux qui croient qu’une charge d’explosifs peut faire taire une âme qui vibre. Courageuse, certes, mais pas héroïque. D’ailleurs, elle s’en défend avec sa franchise habituelle: «Je suis probablement une “Bionic Woman” (à cause de mes prothèses), mais non une “superwoman”, dit-elle en rigolant. J’ai mes moments de faiblesse et de tristesse que je ne dissimule pas.»
Avec des mots contre ses maux et sa foi inébranlable en un Très-Haut, la journaliste défie le destin, brave le regard des autres et ne plie pas.
Classé parmi les meilleures ventes en librairie en France, Le ciel m’attendra est un témoignage touchant et sincère. D’une femme debout.

Colette Khalaf pour l'Orient-Le Jour
Présentation au restaurant l’Eau de vie,
hôtel « Phoenicia », Lundi 16 Avrilde 17h30 à 20h00



23 Mars 2007

Le prix France-Liban remis à Georgia Makhlouf au cours
d’une cérémonie au Sénat ou écrire le libanais … en français


Georgia Makhlouf reçoit le vendredi 23 Mars 2007, au cours d’une cérémonie au Sénat à Paris, le prix France-Liban.
Décerné par l’Association des écrivains de langue française, l’Adelf (fondée en 1925 et reconnue d’utilité publique), ce prix est attribué par un jury composé de Jacques Chevrier, président de l’Adelf, de Abdallah Naaman, Paul Blanc, Bahjat Rizk, Charles Rizk, Bassam Tourbah, de Vénus Khoury-Ghata et Kénizé Mourad.
Il a par le passé été décerné à des écrivains largement reconnus, tels que Amin Maalouf (qui fait partie du comité d’honneur de l’Adelf) ou Andrée Chédid et à d’autres peu connus qu’il s’agissait d’encourager.
Cette pro de marketing et de communication, directrice de l’école Élisabeth Bing à Paris, vient souvent à Beyrouth pour animer des ateliers d’écriture en collaboration avec la Maison du livre.
Elle est également l’auteur de plusieurs publications dont Éclats de mémoire, Beyrouth, fragments d’enfance (éditions Al-Manar-Méditerranée, 2005), un kaléidoscope d’images et de sensations, de joie et de tristesse, de rêves et de frayeurs, de douleurs et d’espoirs. Où transparaît la nostalgie d’une ville, d’un Beyrouth d’avant-guerre, d’avant l’exil.
Le prix qu’elle reçoit aujourd’hui revêt une signification bien particulière.
En tant qu’auteur confirmée, elle se sent désormais concernée par le manifeste de quarante-quatre écrivains en faveur d’une langue française qui serait «libérée de son pacte exclusif avec la nation», publié il y a une semaine dans Le Monde des livres (supplément littéraire du journal Le Monde). «Ce manifeste fait le constat d’une littérature en langue française dont la France a cessé d’être le centre et qui est désormais partout, aux quatre coins du monde, le constat d’une fin de la francophonie et de la naissance d’une littérature-monde en français», précise Makhlouf. Et d’en tirer une citation: «Soyons clairs, dit le manifeste, l’émergence d’une littérature-monde en langue française consciemment affirmée, ouverte sur le monde, transnationale, signe l’acte de décès de la francophonie. Personne ne parle le francophone ni n’écrit en francophone. La francophonie est de la lumière d’étoile morte.»
Ce texte marque la fin de la francophonie et le début d’une renaissance, d’une effervescence créatrice, d’un dialogue dans un vaste ensemble polyphonique, entre les littératures de langue française de par le monde.
«Signé entre autres par les Libanais Amin Maalouf et Wajdi Mouawad, explique l’auteur, il résonne pour moi de façon très forte, et si modeste que soit pour l’instant ma contribution à cette littérature-monde, j’ai le sentiment de participer à ce dialogue des cultures et des langues, à ce mouvement de réappropriation et d’enrichissement de la langue par le biais de la diversité des expériences culturelles, historiques et géographiques dont la littérature permet de rendre compte.»
Nadia Tuéni disait déjà qu’elle écrivait l’arabe en français. Georgia Makhlouf croit qu’aujourd’hui on écrit le créole, le berbère, le tchèque et... le libanais en français. Et que «chacune de ces aventures littéraires enrichit le français de nouvelles musiques et élargit encore davantage les horizons de cette langue.»
Beyrouth, éclats de mémoire
Concernant son dernier ouvrage, qui a attiré l’attention du jury, elle rappelle que son travail a consisté à aller vers ce qui lui paraissait être le plus profondément enfoui, donc le plus intime, dans la mémoire. « Vers une mémoire des sensations et non des événements, proche de l’indicible, et qu’il s’agissait justement de dire, par un travail au plus près des mots, dit-elle. Ce qui m’a le plus touchée, c’est la façon dont la vérité de ce livre a rencontré les expériences singulières de personnes qui me paraissaient très différentes de moi, étrangères à mon univers. Et néanmoins, ces personnes se “reconnaissaient”. Davantage sans doute par le biais de ce que l’écriture est capable de provoquer en eux, ce même mouvement de retour vers une mémoire ancienne, que dans le détail précis de ce qui est raconté. »
Makhlouf croit également que ceux qui ont aimé son livre ont apprécié l’esthétique de l’écriture fragmentaire, avec son travail sur les blancs, les silences, l’épure.
Ses projets d’écriture ? Plusieurs chantiers sont en cours en ce moment, reconnaît-elle. Et de citer un texte de réflexion autour des Phéniciens et qui sera publié parallèlement à l’exposition qui va se tenir à l’Institut du monde arabe sur Les Phéniciens et la Méditerranée. Un recueil de nouvelles. « Une fiction inspirée de la vie de mon grand-père paternel que je n’ai jamais connu, mais dont l’exil en Haïti a été un des thèmes qui ont “ hanté” mon enfance sous forme de rêves et d’ interrogations. »
Et l’envie aussi de revenir vers des choses plus ludiques et plus légères via la littérature jeunesse.
« En fait, ce prix m’a aidé à décider que l’écriture devait légitimement trouver une place plus importante dans ma vie », conclut-elle.


M.G.H


130 exposants au 26ème salon libanais du livre
du 2 au 18 Mars à Antélias




Daniel Rondeau et Alexandre Najjar lors d'une tribune au salon du livre libanais d'Antélias en Mars 2007, symbole fort d'une fraternité franco-libanaise entre les auteurs des deux rives



Rentrée littéraire 2006:

le Liban et le Proche Orient dans l'actualité des librairies: une dizaine de livres sur le Liban vont paraître dans les prochaines