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Le Liban vu de l'intérieur
comme de l'extérieur
Opinion d'experts et de lecteurs
La Tribune de libre expression:

La nouvelle carte américaine du Proche-Orient
par Charles Saint-Prot
*

Dès 1957, le Premier ministre israélien évoquait l'idée de dépecer le Liban sur des bases confessionnelles. Dans article publié, en février 1982, par la revue de l'Organisation sioniste mondiale Kivunim (Directions), sous le titre " Une stratégie pour Israël dans la décennie 1980 ", Oded Yinon, un journaliste israélien qui avait travaillé pour le ministère israélien des Affaires étrangères, exposait que la stratégie d'Israël devait consister à favoriser l'éclatement des pays arabes sur des bases confessionnelles ou ethniques. Il soutenait que le plan de décomposition du Liban en petits cantons confessionnels, à laquelle les israéliens travaillaient depuis la fin des années 60 avec la complicité de certains extrémistes maronites, devait être appliquée à tout le monde arabe, notamment à l'Irak (trois Etats sunnite, kurde et chiite), à la Syrie (trois Etats alaouite, druze, sunnite), à la Jordanie (une partie pour les bédouins et l'autre pour les Palestiniens) et à l'Arabie saoudite qui devait être amputée de ses provinces pétrolières et ramenée à une mosaïque tribale. Dans un entretien avec Paul Balta, dans Le Monde du 17 août 1982, un dirigeant irakiens, Tarek Aziz, prédisait " Pour que ce plan d'atomisation réussisse pleinement, il faut s'attaquer à la pièce maîtresse du dispositif, l'Irak, seul pays de la région qui possède en même temps l'eau et le pétrole et qui poursuit son développement avec détermination. Il faut donc commencer à ébranler l'Irak et c'est ce à quoi l'on s'emploie depuis plus de vingt ans …".
La théorie bien connue avancée, depuis longtemps, par les stratèges israéliens a été tout simplement reprise et actualisée par les cercles néoconservateurs qui inspirent la diplomatie de l'administration Bush. Le projet de remodeler le Proche-Orient par une politique de " chaos constructeur " fut conçu dans les années 1990 puis exposé par George Bush II lors d'un discours prononcé le 26 février 2003, quelques jours avant l'agression des Etats-Unis contre l'Irak. Connue sous le nom de l' " Initiative de Grand Moyen-Orient " (Greater Middle East Initiative), cette doctrine vise au remodelage d'un prétendu Grand Moyen-Orient regroupant un vaste ensemble d'Etats du Maroc à la frontière chinoise, avec les pays arabes, Israël, la Turquie, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan.

Si cette théorie - qui tend tout simplement à asseoir, avec la participation d'Israël, l'hégémonie américaine dans cette partie du monde qui détient 65% des réserves de pétrole et près d'un tiers des réserves de gaz- a fait l'objet de nombreux commentaires, on a moins fait écho aux projets de redécoupages géographiques qui l'accompagnent. Pourtant, depuis le début des années 1990, les experts connaissaient l'existence de nouvelles cartes pour le " Grand Moyen-orient ". Dans sa livraison de juin 2006, la revue militaire états-unienne Armed Forces Journal, publie un article, signé par le lieutenant-colonel de réserve Ralph Peters, dont le titre est évocateur : How a better Middle East would look (" Comment améliorer le Moyen-Orient "). Selon Ralph Peters, un ancien spécialiste du renseignement et membre du think tank néoconservateur Project for the New American Century, les nouvelles frontières " doivent se remodeler en fonction du critère ethnique et confessionnel " et il propose à l'appui de sa thèse une nouveau redécoupage des frontières dont les grandes lignes sont les suivantes :

-constitution d'un " grand Liban englobant la côte méditerranéenne de la Syrie jusqu'à la frontière turque ; création d'un Etat kurde comprenant le nord de l'Irak, le nord-ouest de l'Iran et le sud-est anatolien ; éclatement de l'Irak qui, outre la perte de sa région septentrionale, serait divisé entre un petit Etat sunnite arabe et un grand Etat chiite qui annexerait la région saoudienne du Hasa (entre l'émirat de Koweït et la péninsule de Qatar), où les chiites ne sont d'ailleurs pas majoritaires, l'Arabistan (actuel Khouzistan iranien, peuplé d'Arabes… sunnites !) et la zone de Bouchir ; formation d'une grande Jordanie au détriment de l'Arabie saoudite, laquelle perdrait également la région des Villes Saintes de La Mecque et Médine (Etat autonome) et l'Asir (au profit d'un Yémen agrandi). Outre, sa région kurde, l'Iran perdrait le Baloutchistan qui deviendrait indépendant mais récupérerait la région Afghane de Herat. Le Pakistan serait considérablement réduit avec la séparation du Baloutchistan et une extension de l'Afghanistan dans les régions pachtounes. L'auteur reste prudent sur les nouvelles frontières d'Israël mais on comprend que toute perspective d'un Etat palestinien est exclue. Les deux grands perdants seraient l'Irak et l'Arabie saoudite, c'est-à-dire deux des plus importants pays arabes. Le monde arabe serait donc morcelé selon des découpages surréalistes qui conduiraient à des querelles et des divisions sans fins.
De fait, ce nouveau " Grand Moyen-Orient " conçu sur des découpages confessionnels, nationaux et ethniques très arbitraires ne serait pas plus sûr que l'actuel. Au contraire, il deviendrait une véritable poudrière. Mais cela ne semble pas perturber Ralph Peters qui déclarait dans une conférence prononcée en 1997 : " Le rôle imparti de facto aux forces des États-Unis consistera [dans le futur] à tenir le monde pour la sauvegarde de notre économie et ouvert à notre assaut culturel. À ces fins, nous devrons commettre un bon paquet de massacres ". Peters est également l'auteur d'une autre formule lapidaire qui résume bien l'idéologie des néoconservateurs :
" Gagner signifie tuer " (Armed Forces Journal, septembre 2006).

Selon le chercheur Pierre Hillard ( voir Balkans Infos, septembre 2006), " les propositions de Ralph Peters et les appels lancés à un changement radical des frontières du Moyen-Orient ne sont évidemment pas le résultat des réflexions d'un seul homme soucieux d'occuper son temps. De nombreuses études ont été lancées au sein des instances militaires américaines comme dans de nombreux think tanks appelant à revoir les limites frontalières de ces Etats ". A cet égard, il est notable que Ralph Peters est membres du Project for the New American Century, un think tank (groupe de réflexion) néoconservateur et pro-israélien présidé par William Kristol, dont l'objectif est la promotion de la domination mondiale américaine et qui rassemble les principaux dirigeants de l'administration Bush : Dick Cheney, vice-Président des Etats-Unis, Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, Elliot Abrams, émissaire de la Maison Blanche pour le Proche-Orient, Lewis Libby, un proche de Benyamin Netanyahou, et Paul Wolfowitz, actuel directeur de la Banque mondiale qui a été la cheville ouvrière de l'agression et de l'occupation de l'Irak.

* Directeur de l'observatoire d'études géopolitiques
OEG : 36, rue Scheffer 75116 Paris- etudesgeo@yahoo.com
Site Internet : www.etudes-geopolitiques.com



Après la deuxième guerre du Liban

Le Liban, sempiternel victime de ses guerres intestines ou pris en otage par des pressions extérieures contradictoires (Israël, Syrie, Iran) ! Face à ces deux approches, il faut admettre que le pays du Cèdre – meurtri durant l’été par une deuxième guerre du Liban intervenant quinze ans après une première guerre de quinze ans (1975-1990) – est une « caisse de résonance » régionale et internationale. De fait, le Liban porte le fardeau d’une évolution historique marquée par les épisodes sanglants du conflit israélo-palestinien, mais aussi par la montée en puissance de l’Iran, l’affaiblissement diplomatique du régime syrien, sans parler des inconséquences américaines qui ont exacerbé en Irak les fibres communautaires et religieuses.

Dans ce contexte, le Hezbollah n’est-il qu’une milice instrumentalisée de l’extérieur ou son désarmement annoncé sera-t-il à l’origine d’un État libanais autonome ? Pour une partie de l’opinion libanaise, notamment les partisans du printemps libanais de 2005, et plus largement de l’opinion arabe et musulmane, le Hezbollah, bras armé du chiisme libanais, plus proche d’un mouvement de guérilla que du terrorisme sacrificiel de la deuxième intifada, l’a emporté contre l’armée israélienne alors que les Palestiniens du Fatah et du Hamas ont échoué. Pour le pouvoir de Téhéran et la foule du Caire, sunnites et chiites, Arabes et Persans réunis, le Hezbollah symbolise la victoire contre l’Occident, Israël et l’Amérique de Bush. À l’inverse, le Hezbollah, dont la démilitarisation est réclamée par la résolution 1559, est pour d’autres le suppôt de l’Iran et de la Syrie, et il se comporte comme un mouvement terroriste à éradiquer comme les pays de l’« axe du mal ».
Cette double focalisation sur le Hezbollah empêche cependant de saisir la leçon majeure de la deuxième guerre du Liban : les limites dramatiques de l’unilatéralisme. Du côté israélien, cette stratégie a échoué tant à Gaza que vis-à-vis du Hamas de sorte que le retrait de la Cisjordanie est aujourd’hui différé. Se retirer de Gaza (2005), comme auparavant du Liban-sud (2000), exigeait de responsabiliser les acteurs concernés (l’autorité palestinienne puis le gouvernement élu du Hamas d’un côté, l’État libanais de l’autre). Or, des décisions de retrait unilatérales et non concertées, indissociables de la volonté de bunkérisation d’Israël que symbolise le Mur, ont renforcé le rôle des militaires aux dépens des politiques.

Comment l’État israélien peut-il encore refuser d’impliquer Palestiniens et Libanais sans lesquels une dynamique de pacification régionale ne pourra prendre forme ? Israël contribue à la déstabilisation quand il refuse, non sans l’aval doctrinal de la guerre d’exception américaine contre le terrorisme, d’entrer dans une négociation avec les acteurs régionaux. Si le militaire ne laisse pas la place à des perspectives politiques, le « chaos » se substituera à l’équilibre nucléaire de la guerre froide après le rêve momentané d’un ordre juridique mondial.
Mais la volonté de renoncer à une stratégie unilatérale, l’urgence de miser sur la négociation politique valent aussi pour la communauté chiite libanaise qui, au nom de la résistance victorieuse du Hezbollah, joue sur les deux tableaux du militaire et du politique par le biais du mouvement Amal dont le responsable, Nabih Berri, est président de l’Assemblée. Les propos du leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui oscille entre des regrets pour avoir suscité cette violence guerrière et des attaques en règle contre le gouvernement libanais, traduisent bien cette ambiguïté.

Qu’on le veuille ou non, du déploiement de l’armée libanaise à la frontière sud (résolution 1701) dépendra dans les prochaines semaines l’avenir de l’État libanais. Le Liban multiconfessionnel va-t-il éclater ou fait-il nation ? Beaucoup d’historiens le pensent tout en reconnaissant que le Liban est fragilisé par l’absence d’un État crédible. Mouvement national, distinct en cela d’un réseau terroriste déterritorialisé comme Al-Qaida, le Hezbollah, dont l’avenir ne peut passer que par le désarmement, sera porteur d’une donne inédite, bonne ou mauvaise, pour le Liban. Confronté aux dégâts de l’unilatéralisme et aux limites du multilatéralisme (les tergiversations de la France concernant son rôle au sein de la Finul en témoignent), l’avenir du Liban passe par la « constitution » d’un État libanais digne de ce nom. Telle demeure la revendication des animateurs du printemps de Beyrouth qui cherchent à dépasser les ambiguïtés du Pacte de 1943. Ni seulement otage des ennemis de l’extérieur (Israël, l’Occident américain, ou l’Iran, la Syrie selon les opinions), ni seulement dévoré de l’intérieur par des conflits surannés, le Liban doit vivre par lui-même et trouver sa place à l’échelle régionale. Mais lui laissera-t-on le temps d’inventer une paix politique et désarmée ? La survie du Liban préfigure l’avenir de la région.
Source: Revue Esprit Octobre 2006


Plus que – et avant – tout autre, la France
écoute et entend la légalité libanaise
L'article de Ziyad MAKHOUL
Quand un pays est en pleine opération de résurrection, de construction d’identité étatique, il a nécessairement, naturellement besoin d’aide, de conseils, d’appuis. Besoin, c’est le moins que l’on puisse dire, de quelqu’un, de quelque chose, qui, tout en lui montrant le chemin, tout en l’écoutant – et l’entendant, c’est plus utile… – reste à sa disposition pour marteler ses demandes là où ça compte, là où sa petite taille l’empêche de crier fort. Le mot tuteur a des résonances sinistres, grande sœur aussi : la France est donc la meilleure amie du Liban. Ce n’est certes pas un scoop, elle le prouve depuis bien longtemps ; sauf que depuis le 14 février 2005 et, encore plus, depuis le 12 juillet 2006, elle l’exhibe, cette amitié, cette volonté, chaque jour prouvée, de se tenir aux côtés d’un Liban meurtri, aux côtés, certes, du peuple libanais dans sa totalité, mais aussi, avant toute chose, de l’État libanais – de la légalité libanaise.
Des sources diplomatiques européennes font un constat simple et clair : Paris a deux objectifs depuis le début de la guerre de juillet. L’un est en voie de parachèvement : faire taire les canons. « C’est la première fois depuis longtemps qu’une résolution onusienne fait cesser une guerre. C’est une bonne chose que cette affirmation du multilatéralisme, du droit, pour régler une crise – sans compter que, pour une fois, Israël recourt aux Nations unies », estiment ces sources. L’autre n’en est qu’à ses débuts : il s’agit de l’affirmation de l’autorité de l’État, de sa restauration, de sa transformation en une entité forte, respectée, capable d’exercer toute son autorité sur l’ensemble de son territoire.
« La France a été la première sur tous les fronts. Politiquement et diplomatiquement d’abord. Dès le G8, Chirac a demandé la cessation des hostilités, condamné la réaction disproportionnée d’Israël, et commencé à travailler sur un texte à l’ONU capable de mettre un terme à cette guerre ». Ce qui a déclenché la naissance de la 1701 ? « L’annonce le 31 juillet par le gouvernement libanais du déploiement de l’armée sur tout le territoire. Cette décision stratégique a permis d’aller de l’avant, avec un objectif pour la France : coller au plus près des sept points de Fouad Siniora, sachant que la 1701 est loin d’être parfaite pour les Libanais, encore moins pour les Israéliens. » Ensuite, après le 14 août, Paris a demandé et travaillé « d’arrache-pied » pour la levée du blocus. Puis, « parce que Beyrouth l’a demandé », la France s’est attelée à presser l’ONU de mettre en place les modalités d’une surveillance navale des côtes libanaises « au profit de l’armée libanaise ».
Pour ces sources diplomatiques, tout ce que la France entreprend, « c’est à la demande de l’État libanais, un État souverain et que tout le monde veut fort, en partenariat avec lui », qu’elle le fait. « Rien n’est imposé, tout est proposé », résument-elles, avant d’évoquer les quatre objectifs politiques de Paris. Y aller par ces quatre chemins équivaut, tout d’abord, à consolider la cessation des hostilités par la mise en œuvre de tous les volets de la 1701. Et là, il y a des surprises : « Tout semble se faire beaucoup plus vite et plus facilement que cela n’avait été prévu », à commencer par le déploiement de l’armée et de la Finul Plus (qui a une mission « très claire »), ainsi que le retrait israélien. « Il y a une volonté française que le texte onusien embraye sur la réalité », soulignent les sources précitées, qui ajoutent que, parallèlement à tout cela, « il faut blinder la mise en place de l’embargo sur les armes pour les milices ; aller vers un désarmement de ces dernières, sur base d’un dialogue interlibanais, et régler la question des prisonniers et celle des fermes de Chebaa »… Pour, in fine, une fois toutes les dimensions de la 1701 prises en compte, « ce qui veut dire que le chapitre 8 de cette résolution doit être entièrement appliqué », avancer vers une ébauche de paix durable. Sans oublier le rapport Annan sur le suivi de l’application de cette 1701, et dans lequel le patron du Palais de Verre pourrait « proposer quelque chose concernant Chebaa ».
Pour la France, qui ne cesse d’appeler à la relance du quartette, cette paix durable implique de facto une solution globale aux problèmes proche-orientaux. « Paris voit un lien entre la stabilité du Liban et la question régionale ; il veut remobiliser la communauté internationale sur le sujet. » Et si on essayait de ne plus lier la stabilité sur les 10 452 km2 à la situation au P-O ? « On n’est malheureusement pas encore arrivé à sanctuariser le Liban ni à libaniser tous les Libanais. Il faut renforcer la souveraineté et l’indépendance du Liban, empêcher, comme l’a souligné le PM français, qu’il ne soit de nouveau le champ de bataille pour les guerres des autres. » La France est convaincue : « Dans ce pays, la majorité de la population a envie de stabilité, et souhaite que la communauté internationale accompagne son retour à la vie normale ; cette guerre n’a fait l’objet d’aucun consensus national. »
Et ces sources d’insister sur l’importance de donner, quelque part, du temps au temps. « La crise était extrêmement grave, Beyrouth aurait pu être détruite ; on ne peut pas régler une crise pareille en quelques semaines. Il y avait d’énormes craintes existentielles sur l’avenir de ce pays ; la France, par exemple, a ordonné la plus importante évacuation de Français depuis la guerre d’Algérie. Les conséquences auraient pu être bien plus catastrophiques, et il faut reconnaître que sans la détermination de la France, ce conflit aurait peut-être duré plus longtemps. Elle a entraîné tous les Européens, ainsi que la communauté internationale, et elle n’a pas été première seulement sur le plan politico-diplomatique, mais aussi humanitaire et militaire, sans oublier les aides d’urgence, la reconstruction, et l’économique. C’est vrai qu’elle a été la seule à projeter aussi vite. »
On est meilleure amie ou on ne l’est pas….


L'auto-défense version israelienne!


La plus importante usine de produits laitiers au Liban a été bombardée par l’aviation israélienne durant la nuit du 16 au 17 Jullet, a constaté un correspondant de l’AFP. Située dans la plaine de la Bekaa, l’usine Liban-Lait, qui fabrique sous licence de la société française Candia, a été complètement détruite et incendiée. «Le monde doit savoir qu’il y a de la part d’Israël une volonté délibérée de détruire l’économie, sous prétexte de vouloir éliminer le Hezbollah», a commenté Nabil de Freige un des propriétaires de cette usine. Il a évalué les pertes à 10 millions de dollars.Israel a également détruit l'usine Dalia dans le sud du pays, L’État comptait sur ces unités de production pour fournir des produits laitiers à la population. Israël a aussi totalement détruit tous les dépôts alimentaires de la société Procter & Gamble, l’un des plus gros importateurs au Liban.
Voilà l'argument de l'agresseur justifiant sans cesse son action par le droit à l'auto-défense sérieusement ébranlé...

Guerre de Juillet 2006

Attention à l'information orientée ou déformée...

Les agences de presse occidentales victimes consentantes
de la censure militaire israélienne?

À la demande du colonel Sima Vaknin-Gil, chef de la censure militaire israélienne, la presse occidentale a accepté de relayer une version tronquée des événements survenus ces derniers jours au Proche-Orient

Voici les faits :
le Hezbollah exige depuis de longues années la libération de prisonniers détenus par Israël, tel que Samir el Kantar, emprisonné depuis 1978, Nassim Nisr et Yahia Skaff qui est incarcéré depuis 1982. A de nombreuses occasions, il a fait savoir qu’il ne manquerait pas de faire prisonnier à son tour des soldats israéliens -si ci-ceux-ci venaient à s’introduire au Liban-, et de les utiliser comme monnaie d’échange. De manière délibérée, Tsahal a envoyé un commando dans l’arrière-pays libanais à Aïta al Chaab. Il a été attaqué par le Hezbollah, faisant deux prisonniers. Israël a alors feint d’être agressé et a attaqué le Liban. Le Hezbollah, qui se préparait à faire face à une agression israélienne que chacun savait imminente depuis le retrait syrien, a tiré des missiles de moyenne portée sur Israël.

En droit international, Tshal a violé la souveraineté territoriale du Liban (mais il est coutumier du fait par voie maritie et aérienne). Tandis que le Hezbollah s’est fait justice lui-même en lieu et place d’un État libanais qui n’a jamais été complétement rétabli depuis la guerre civile et l’occupation israélienne.

Sur injonction de la censure militaire israélienne, les agences de presse et médias ayant des journalistes accrédités en Israël ont renoncé à informer leurs lecteurs du lieu où les soldats israéliens ont été faits prisoniers. Ils n’ont pas pour autant menti, mais se sont abstenus.
La plupart des journalistes emploient le terme « enlèvement » pour désigner la capture des soldats israéliens. Ils assurent vouloir ainsi souligner que le Hezbollah n’est pas une armée régulière. Cependant les officiels israéliens emploient aussi le mot
« enlèvement », mais pour signifier le droit qu’ils s’arrogent de pénétrer sur le territoire libanais. En évitant soigneusement la clarification, les médias occidentaux valident un discours de propagande.

Emportés par cette logique, nos confrères ont également accepté de ne pas rendre compte des attaques du Hamas et du Hezbollah contre des cibles militaires israéliennes. Il s’ensuit que le public occidental n’est informé que des dommages collatéraux en Israël et des victimes civiles, alors qu’il suit les destructions stratégiques au Liban. Tout cela donne l’impression que « les Arabes » sont à la fois cruels (ils tuent des civils) et incapables (ils ne parviennent pas à toucher de cibles militaires), et que le sort de la guerre est connu d’avance.


Il faut sauver le Liban
DANS SON ENTRETIEN télévisé du 14 juillet, Jacques Chirac s’est demandé justement s’il n’y avait pas aujourd’hui une volonté de détruire le Liban. Et de fait, ce qui s’y passe depuis quelques jours y ressemble fort.
Mais de qui cette volonté ? Le Président ne l’a pas dit, mais tout le monde a compris qu’il s’agissait d’abord d’Israël, puisqu’en réponse aux provocations froidement délibérées du Hezbollah, Tsahal n’a pas hésité à bombarder plusieurs localités du Sud-Liban, ainsi que les quartiers chiites de Beyrouth faisant entre cent et deux cents morts.
C’est une constante de la politique israélienne, de Sharon à Olmert, que de tenir le Liban pour quantité négligeable, de l’instrumentaliser en toutes circonstances, et de ne le considérer que sous l’angle de la sécurité de sa frontière Nord.

L’opération « Paix en Galilée » (1982) n’était en vérité qu’une opération « Guerre en Phénicie », qui s’est traduite par l’occupation d’une partie du pays voisin, le carte blanche laissée aux Kataëbs chrétiens pour opérer les massacres de Sabra et Chatila, réponse "disproportionnée" à l’assassinat du Président Bechir Gemayel. Aujourd’hui, Israël prétend détruire les infrastructures du Hezbollah en terre libanaise mais comme c’est un objectif inaccessible,tant ces dernières sont imbriqués dans la population chiite, les bombardements israéliens sont en réalité une mise en demeure faite au gouvernement libanais de désarmer les milices du Hezbollah à la frontières sud du pays. Ce sont elles qui bombardent le nord d’Israël jusqu’à à Haïfa. Objectif légitime : le désarmement des milices est partie intégrante de la résolution 1559 d e l’ONU, qui faisait injonction à la Syrie d’évacuer ses troupes du Liban. Mais Israël ne peut ignorer que le gouvernement libanais n’a pas les moyens d’y parvenir. En vérité, ce que Israël demande au Liban, c’est bel et bien de rouvrir la guerre civile sur son propre sol, une guerre civile susceptible d’opposer les chiites (40%) au reste de la population.
S’il en avait eu les moyens, il y a longtemps que le gouvernement issu du printemps de Beyrouth aurait désarmé les milices du Hezbollah. Ce n’est pas le cas ; il s’est donc résigné à intégrer des représentants du chiisme en son sein.
Le deuxième ennemi de l’indépendance et de l’intégrité territoriale du Liban, c’est évidemment la Syrie. Contrainte d’évacuer ses troupes (avril 2005), elle n’en continue pas moins de considérer le Liban à la fois comme une partie de son territoire et comme une colonie d’exploitation. Elle veut une revanche. Elle n’a pas cessé de soutenir et d’armer le Hezbollah.
Ce dernier, en dépit des sentiments patriotiques de la population chiite, est l’instrument du troisième ennemi du Liban, à savoir l’Iran, dont l’ambition sur l’ensemble de la région a été comme déchaînée grâce à la liquidation par les Américains de son grand rival, Saddam Hussein. On le voit un peu plus chaque jour et un peu partout : le Président Bush n’a cessé, malgré qu’il en ait, de travailler depuis trois ans pour les ayatollahs iraniens et pour la constitution d’une internationale chiite dans l’ensemble du monde musulman. Joli travail de Gribouille.
N’importe.
En dépit de la coalition contre nature, mais redoutable, de ses ennemis complémentaires, il faut sauver le Liban. Tous ceux, dont je suis évidemment, qui considèrent que la sauvegarde d’ Israël est un impératif catégorique, devraient pour les mêmes raisons, ne pas tolérer que l’indépendance nouvellement conquise et la
sécurité du Liban à l’intérieur de ses frontières soient remise en cause. Israël et Liban sont deux Etats dont la superficie et la population sont comparables. Ce sont deux pays appuyés sur une forte diaspora. Mais le handicap du Liban est de ne pas disposer aux Etats-Unis même d’une diaspora aussi influente qu’Israël sur les électeurs et le personnel politique américain… Ce sont en outre les deux seules démocraties de la région, ce dont les Etats-Unis comme Israël lui-même paraissent se soucier comme d’une guigne. Ce sont enfin deux môles de résistance au monolithisme religieux et au fanatisme.
Paix pour le Liban ! Pour la France, qui a inventé ce pays, et qui en est la protectrice traditionnelle, il en va de son honneur ; il en va aussi de sa crédibilité à travers le monde.

par Jacques Julliard,
directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur



Liban : la responsabilité de la communauté internationale
Aujourd’hui, la communauté internationale assiste dans la plus totale indifférence au massacre du Liban. Le problème n’est pas de savoir qui est responsable des événements mais bien de constater qu’il s’agit d’une guerre globale préparée depuis longtemps et répondant à des calculs non-libanais. Le Liban est, une fois de plus, pris en otage et victime d’opérations israéliennes qui visent d’autres objectifs que le prétexte allégué et sont manifestement disproportionnées et en totale violation du droit international. En effet, le droit international humanitaire exige que toute attaque soit soumise au principe de proportionnalité et soit limitée à l’usage de moyens et méthodes de combat adéquats au regard de l’objectif militaire visé. Tel n’est évidement pas le cas puisque les bombardements visent indistinctement des camions transportant des vivres et des médicaments, des ambulances, des maisons, des centres abritants des réfugiés (par exemple l’église du village de Aita al Fakhar, bombardée le 18 juillet), des sociétés de produits alimentaires ( par exemple, Liban-lait dans la Békaa), des quartiers populaires, des infrastructures civiles situées dans des régions où l’on n’a jamais vu un seul militant du Hezbollah, etc..

Ainsi, l’Etat israélien détruit méthodiquement tout un pays, en bafouant la légalité internationale et en frappant aveuglément toute une population menacée de catastrophe humanitaire. Dans ce contexte, la complicité des grandes puissances est évidente. Ce ne sont pas quelques gesticulations pharisaïques qui donneront le change car l’heure n’est pas à une pseudo action « humanitaire » mais bien à imposer d’urgence un cessez-le-feu et le respect de la souveraineté du Liban dont certains prétendaient se poser en défenseurs et en garants lorsqu’il s’agissait d’obtenir le retrait des troupes syriennes mais semblent s’accommoder de l’invasion et de la destruction du pays par Israël. Il est clair que toutes les grandes capitales ferment les yeux sur le massacre du Liban. Ce que voient les Libanais , comme les Palestiniens à Gaza, c’est le blanc-seing donné à la force brute d’un véritable terrorisme d’Etat par ceux qui ne manquent pourtant pas dans d’autres situations de donner des leçons. Ce que voient les peuples du monde, c’est qu’il est possible de piétiner toutes les valeurs humaines et le droit humanitaire sans que l’Occident ne daigne froncer les sourcils. Ce que nous voyons tous, c’est qu’il y a toujours deux poids et deux mesures entre un Etat, Israël, qui n’a pas respecté trente-deux résolutions du Conseil de sécurité et les autres que l’on peut tuer sans discernement.

Après l’invasion illégale de l’Irak, les événements tragiques du Liban marquent un nouveau recul de l’Etat de droit dans la société internationale. Ceux qui prônent la démocratisation des pays en développement font montre d’un extraordinaire cynisme en démontrant qu’ils sont peu soucieux de démocratiser et d’humaniser un nouvel ordre mondial où s’imposent de plus en plus la loi du plus fort et le mépris des peuples. Dans ce contexte, la responsabilité de la communauté internationale est considérable. On aura les conséquences : la montée en puissance de nouveaux extrémismes et l’élargissement du fossé entre les civilisations. Il est d’ailleurs significatif que cette dérive dangereuse se manifeste aux dépens d’un pays qui est par essence le symbole du trait d’union entre les religions et les cultures. En massacrant le Liban, c’est une certaine idée de l’humanité qu’on assassine !

Zeina el Tibi
Journaliste franco-libanaise
Codirectrice de la revue Etudes géopolitiques


Le Liban toujours victime de son environnement géo-politique


24.04.2006- Depuis quelques semaines, les politiciens libanais appartenant à des groupes aussi divers que le Hezbollah et les Forces libanaises chrétiennes se rencontrent périodiquement dans le cadre d'un «Dialogue national».
Après le retrait de l'armée syrienne qui a eu lieu l'année dernière, leur objectif est de forger un consensus sur l'avenir du Liban. Mais ce dialogue a surtout montré que la politique libanaise continue à se jouer hors du Liban.

Le régime syrien du président Bachar El Assad conserve une énorme influence sur l'État libanais, notamment en ce qui concerne les questions de sécurité, les services secrets, l'armée et la police, sans oublier son alliance avec la puissante milice du Hezbollah. Les soldats syriens ont quitté le Liban mais le régime d'El Assad ne s'est jamais résigné à ce départ et il cherche à reconquérir une certaine forme d'hégémonie sur le pays. La position de la Syrie est rendue plus difficile du fait de l'enquête de l'ONU, qui l'accuse d'être impliquée dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafiq Hariri, le 14 février 2005.

Les alliés libanais de Damas aimeraient améliorer les liens entre les deux pays mais le souvenir du meurtre de Hariri reste trop présent pour leur permettre de réussir. Les partis libanais sont seulement tombés d'accord sur le fait de ne pas laisser le pays servir de base pour menacer le régime syrien. De leur côté, l'Egypte et l'Arabie saoudite veulent à tout prix éviter la chute du régime d'El Assad. Officiellement ces deux pays se montrent favorables à l'enquête de l'ONU mais, en privé, leurs dirigeants ont lourdement insisté pour que le gouvernement libanais relâche la pression sur la Syrie.

Au Liban, les adversaires de Damas ont résisté à cette exigence mais l'attitude des Egyptiens et des Saoudiens montre bien que les dirigeants arabes ne souhaitent pas la chute des despotes de la région. L'approche de l'Egypte et de l'Arabie saoudite est radicalement différente de celle des deux puissances occidentales très influentes au Liban, les Etats-Unis et la France. Washington et Paris soutiennent l'enquête de l'ONU où qu'elle mène. Néanmoins, ces quatre pays conviennent que l'influence syrienne au Liban doit être contenue.

Ce qui explique qu'ils se montrent favorables, au moins en théorie, au désarmement du Hezbollah exigé par la résolution 1559 du Conseil de sécurité, même si leurs points de vue divergent sur la manière d'y parvenir. Un autre problème régional, celui de l'Irak et de l'escalade de la violence entre sunnites et chiites, a un impact sur la politique intérieure libanaise.

Les sunnites et les chiites libanais - les deux principales communautés du pays en raison de leur poids démographique et des relais dont elles disposent dans la région - sont loin d'en être à ce stade mais depuis peu la tension entre elles est littéralement palpable.

Hariri était le principal dirigeant politique sunnite, et après son assassinat, les deux communautés ont adopté à l'égard de la Syrie des positions diamétralement opposées. Le fossé entre chiites et sunnites au Liban illustre les divergences régionales encore plus vives qui existent entre les pays arabes à majorité sunnites ( notamment l'Arabie saoudite) soutenant Saad Hariri, le fils du Premier ministre assassiné, et l'Iran qui appuie le Hezbollah.

En Arabie saoudite, les chiites sont concentrés dans l'est du pays qui recèle l'essentiel des gisements pétroliers. Les Saoudiens, s'inquiétant à l'idée que la discorde entre chiites et sunnites en Irak ne s'étende à l'ensemble du monde arabe, encouragent Hariri à ne pas rompre le dialogue avec le Hezbollah, la principale force chez les chiites libanais.

L'Arabie saoudite et l'Egypte craignent que si l'Iran parvient à se doter de l'arme nucléaire, les chiites finissent par dominer la région. Entre-temps, la détérioration du climat entre Téhéran et Washington, du fait de la controverse nucléaire et du jeu iranien en Irak, a pour résultat que les pays arabes se retrouvent pris en sandwich.

Au même titre que les Libanais qui payeraient les conséquences d'une éventuelle attaque américaine ou israélienne contre les installations nucléaires iraniennes : le Hezbollah pourrait alors frapper Israël à partir du sud du Liban. Le Hezbollah interprète la résolution de l'ONU qui demande son désarmement comme un complot du gouvernement Bush pour l'affaiblir et afficher la suprématie américaine dans la région.

L'organisation chiite refuse de désarmer face à la «menace israélienne» mais le Hezbollah a si souvent modifié sa définition de cette menace que l'on peut se demander s'il acceptera jamais de déposer les armes. L'Iran étant soucieux de ne pas aggraver les tensions dans le pays, le Hezbollah a récemment accepté d'inscrire cette question sur l'ordre du jour des négociations de politique intérieure.

Mais il est peu probable que la discussion débouche sur un véritable désarmement, au moins à court terme. Enfin, les Libanais ne doivent pas seulement manœuvrer en fonction de considérations de politique régionale et internationale. Ils doivent aussi prendre en compte la politique intérieure américaine. Quel que soit le jugement sur la guerre en Irak, force est de constater que la présence américaine dans ce pays a aidé Beyrouth quand il s'est agi de déjouer les tentatives de la Syrie pour reprendre pied au Liban et, parallèlement les manœuvres de certains pays arabes pour contraindre le Liban à composer avec un régime qui ne s'accommode pas de sa souveraineté.

Si les Américains quittent l'Irak, ils risquent de se désintéresser de la situation libanaise. Dans cette hypothèse, qui d'autre que la Syrie et l'Iran en retireraient les bénéfices ? Un tel dénouement serait évidemment sans doute satisfaisant pour certains éléments de la société libanaise, en particulier le Hezbollah. Mais la grande majorité des Libanais aspirent à un Liban en paix, qui puisse se libérer de l'isolement international et se dégager de l'activisme caractérisant l'Iran et la Syrie. Le Liban a toujours été ballotté par les secousses de son environnement géo-politique.
Et, contre la volonté des Libanais, il risque, encore une fois, de servir d'arène à des conflits régionaux destructeurs.

* Michael Young est un analyste politique spécialisé dans le Moyen-Orient. Il est basé à Beyrouth.
Copyright: Project Syndicate, 2006.
site-web: www.project-syndicate.org


Une réponse au texte d'Amin Maalouf, "Contre la littérature francophone"
paru dans le "Le Monde des livres" du 10 mars


La francophonie est une chance,
par Alexandre Najjar*


J'ai lu avec intérêt l'article publié par Amin Maalouf dans les colonnes du "Monde des livres" (du 10 mars), où il considère que la notion d'"écrivain francophone" ne repose sur aucun critère défini et conduit à une sorte de ghetto en créant une discrimination inacceptable entre littérature française et littérature écrite par les étrangers en français. Cet article soulève des questions pertinentes (l'absence de critères précis, les réticences de certains à considérer les auteurs français eux-mêmes comme "francophones" ou leur refus d'inclure les écrivains francophones dans les traités de littérature française...) et exprime bien le malaise qu'éprouvent les écrivains étrangers installés en France et naturalisés français dans la mesure où leur intégration demeure incomplète à leurs yeux tant qu'ils sont qualifiés de "francophones".


Mais il n'est pas à l'abri de la critique : poussé à l'extrême, le raisonnement d'Amin Maalouf conduirait à abolir tous les particularismes et à faire abstraction de la langue et de la nationalité pour aboutir à une sorte d'écrivain sans passeport. Pour séduisante qu'elle soit, cette vision est utopique et va à l'encontre des efforts entrepris pour protéger la diversité culturelle (que Maalouf lui-même considère justement comme "notre première richesse") et s'opposer aux dangers connus de la mondialisation. En outre, la thèse de l'auteur du Rocher de Tanios reflète mal la réalité telle que nous l'éprouvons, nous autres, écrivains "francophones" ou "d'expression française" établis hors de France.

Dire d'un écrivain libanais, québécois, tunisien ou sénégalais qu'il est "francophone" n'est pas réducteur, bien au contraire : ce statut lui confère une certaine universalité en le plaçant, d'emblée, au sein d'un ensemble qui compte aujourd'hui une cinquantaine de pays francophones et lui permet de s'adresser à deux publics : "celui, immédiat, qui partage son univers référentiel, et un autre, plus éloigné, à qui il doit rendre sa culture intelligible", selon la formule de Lise Gauvin.

La francophonie apparaît plutôt comme une chance tant pour les écrivains étrangers que pour les Français eux-mêmes. Les premiers s'intègrent, du fait même de leur adoption de la langue française comme moyen d'expression et de communication, dans la vaste famille francophone et peuvent, à partir de cette tribune, mieux défendre leur identité culturelle et mieux transmettre les idées qui les préoccupent, sachant, du reste, que de nombreuses études relèvent des correspondances frappantes, aussi bien thématiques que stylistiques, entre les différents auteurs francophones ; les seconds trouvent dans ces écrivains venus d'ailleurs de nouvelles sources d'inspiration, des formes inédites d'expression, des images et des mots savoureux... Au demeurant, le "clivage" dont parle Amin Maalouf,