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Ghajar:
village coupé en deux et occupé par Israel

Ghajar: l'exception à la règle

ou le clou de Geha*...

Avec Israel, rien n'est jamais simple. Cet Etat trouve toujours de bonnes raisons pour justifier des exceptions aux règles prescrites par le droit international.
De quoi maintenir des foyers de tensions pour maintenir
en alerte les opposants à ses moeurs et entretenir le fameux droit à l'auto-défense dès que survient un incident: un engrenage pervers dont le village d'Al-Ghajar aux confins du Golan est encore la parfaite illustration en Octobre 2006, suite au départ quasi-total de Tsahal du Liban-sud.

* Le clou de Geha est tiré d'une légende ou ce personnage vend sa maison en consentant un prix plus bas à l'acheteur moyennant une condition: pouvoir y planter un clou et jouir du droit de venir y pendre des vêtements et dormir lorsqu'il en a envie dans l'axe de ce clou.
L'acheteur accepte et doit alors subir chaque soir la présence de Geha pour respecter leur contrat.
Entre Ghajar et Chebaa, un certain état pourrait bien se reconnaitre en Géha...

Une partie du village frontalier restera sous contrôle israélien
Feu vert de Tel-Aviv au déploiement de la Finul dans la partie nord de Ghajar
3 décembre 2006- Israël a donné son feu vert hier au déploiement de la Finul dans la partie libanaise du village frontalier de Ghajar, dernière portion du territoire national encore occupée à la suite de la guerre entre le Hezbollah et Israël l’été dernier.
« Le cabinet sécuritaire israélien, réuni hier, a adopté un accord en vertu duquel les Casques bleus de la Finul contrôleront la partie nord du village (de Ghajar) et Israël sa partie sud », a indiqué à l’AFP un haut responsable israélien, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.
« Il s’agit d’une solution temporaire jusqu’à ce qu’une solution permanente sur la question de Ghajar soit trouvée, ce qui sera une affaire de mois et non d’années », a-t-il souligné.


L'armée israélienne menace de tirer sur des journalistes devant Ghajar et occupe toujours la partie libanaise du village malgré un allègement de ses positions autour de celui-ci

Photo du 8 Novembre 2006

Début de retrait israélien d'une partie de Ghajar?

(source:FINUL)
AFP-Liban - L'armée israélienne a commencé le mardi 7 novembre 2006 à se retirer d'un secteur du village frontalier de Ghajar, dernière portion de territoire libanais encore occupée par Israël après son offensive de l'été, a annoncé la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).
Les soldats israéliens "ont commencé à quitter" un secteur en bordure du village et ce retrait devrait s'achever dans la soirée, a déclaré à l'AFP le porte-parole de la Finul, Andrea Tenenti. Il n'a pas pu préciser quelle superficie était concernée par ce retrait.
Les Casques bleus de la Finul doivent commencer dès le départ des soldats israéliens "à patrouiller dans le secteur concerné et installer des points de contrôle provisoires pour assurer que les Forces de défense israéliennes n'y sont plus présentes", a indiqué la Finul dans un communiqué.

Selon ce communiqué, un accord a été trouvé sur un départ des forces israéliennes dès mardi "de la plus grande partie des abords du village de Ghajar", lors d'une réunion ce même jour au quartier général de la Finul à Naqoura, dans le sud du Liban, entre représentants de la force de l'ONU, des armées libanaise et israélienne.
Le commandant de la Finul, le général français Alain Pellegrini, s'est félicité dans ce communiqué "du retrait israélien des abords de Ghajar".
Il a dit "espérer qu'un accord sera prochainement trouvé sur un retrait total israélien du territoire libanais, en accord avec la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU", incluant la partie libanaise du village.

Le village de Ghajar, syrien à l'origine et situé sur la frontière entre le Liban et le plateau du Golan, annexé par Israël en 1981, est la dernière position occupée par l'Etat hébreu depuis que ses soldats ont quitté le sud du Liban le 1er octobre après deux mois et demi de présence militaire.
Le tracé en 2000 de la Ligne bleue, frontière dessinée par l'ONU entre le Liban et Israël, avait placé un tiers du village au Liban et deux tiers dans la zone annexée par l'Etat hébreu. Ghajar a été occupé de nouveau dans sa totalité par les soldats israéliens à la faveur de l'offensive menée entre le 12 juillet et le 14 août contre le parti chiite libanais du Hezbollah.
Le départ des soldats israéliens de Ghajar ainsi que du secteur des Fermes de Chebaa, situé dans la même région aux confins du Liban, de la Syrie et d'Israël, est l'une des exigences du gouvernement libanais.


Inédit >> suivre l'actualité du Sud Liban à partir de Téhéran...


Ghajar, un village libano-syrien de nouveau entièrement occupé
par l’État hébreu

Beyrouth, 2 Octobre 2006- Le village frontalier de Ghajar, à cheval entre la Syrie et le Liban et surplombant le nord d’Israël, est de nouveau entièrement réoccupé par l’État hébreu,
comme cela était le cas avant le retrait israélien du Liban en 2000.
Ghajar est situé sur la frontière entre le Liban et la région syrienne du Golan, occupée en 1967 et annexée par Israël en 1981. Le tracé de la ligne bleue en 2000 avait placé un tiers de Ghajar au Liban et deux tiers dans la zone annexée par l’État hébreu.
Lors de son offensive lancée en juillet-août contre le Hezbollah, l’armée israélienne a pris le contrôle total de ce village et construit des fortifications pour l’isoler du reste du Liban.
Avant les derniers combats qui ont pris fin le 14 août, les combattants du Hezbollah, qui étaient déployés à la frontière libano-israélienne, contrôlaient la partie nord de ce village.
Ils y avaient creusé des galeries souterraines d’où ils ont opéré pendant les violents affrontements.
Le tiers du territoire, sur lequel s’étend ce village, est libanais et le reste syrien. Mais une grande partie de ses 2 500 habitants sont porteurs de cartes d’identité israéliennes, l’État hébreu les leur ayant octroyées après sa décision d’« annexer » le Golan syrien en 1981. Le village est situé sur une colline stratégique qui surplombe la rivière Wazzani, qui prend sa source au Liban et qui se déverse en Israël, alimentant le lac de Tibériade.
Après l’occupation de Ghajar par Israël en 1967, les habitants du village ont construit des maisons sur la partie libanaise et, après l’arrêt des derniers combats entre Israël et le Hezbollah, l’armée israélienne a complètement isolé la partie libanaise du reste du territoire libanais.
Elle a érigé une clôture de barbelés de 2,5 mètres de haut, qui entoure les limites nord, ouest, est du village, et a construit des remblais de sable à sa limite sud.
L’armée israélienne a également coupé la route qui relie Ghajar à Abbassiyé, en y creusant une large tranchée. Un poste de la Finul, tenu par le contingent indien,
se trouve à Abbassiyé.


Israel: Etat gangster
Alors que les Libanais s'enfoncent jusqu'au cou dans leurs polémiques stériles, Israël apporte, tous les jours, une preuve supplémentaire ­ comme s'il en fallait encore ­ de sa nature agressive et expansionniste. Au vu et au su du monde entier, l'Etat hébreu modifie le tracé de la Ligne bleue dessinée par les Nations unies au lendemain du retrait de son armée du Liban-Sud, en mai de l'an 2000. Des fermes de Chebaa à la région de Naqoura, la clôture électronique délimitant la frontière est déplacée, parfois de plusieurs dizaines de mètres, vers l'intérieur du territoire libanais. Des champs cultivés appartenant à des paysans libanais, des parcelles de terrains propriétés des wakfs maronites, des biens domaniaux, se retrouvent ainsi de «l'autre côté» des barbelés. Le village de Ghajar, divisé en deux par le tracé de l'Onu en 2000, est aujourd'hui entièrement occupé par l'armée israélienne. Des remblais sont élevés sur des routes libanaises, désormais interdites à la circulation, sans qu'aucune explication ne soit fournie aux villageois. Des camions transportent de la terre libanaise de «bonne qualité» vers les colonies israéliennes. Des civils libanais sont enlevés dans leurs villages et interrogés pendant des heures.
Des pompes sont installées à la source du Wazzani pour transporter, illégalement vers l'Etat hébreu, l'eau qui appartient au Liban. Pendant ce temps, l'aviation israélienne poursuit impunément ses survols quotidiens du ciel libanais et mène des simulacres de raids au-dessus de plusieurs régions... quarante jours après l'arrêt des hostilités. Le retrait israélien, qui devait s'achever lorsque la Finul aura fini de déployer 5000 hommes au Liban-Sud, a été reporté, bien que les Casques bleus aient atteint ce chiffre en milieu de semaine.
L'armée israélienne s'est recyclée dans le gangstérisme. Des cas de vols d'argent et de bijoux ont été signalés dans plusieurs localités du Liban-Sud, pendant et après la guerre. Cette pratique est encore plus flagrante dans les territoires palestiniens, où des soldats font irruption dans des agences bancaires ou des comptoirs de change et confisquent des sommes d'argent, atteignant parfois un million de dollars. Prétexte invoqué: ces sommes servent à «financer le terrorisme».
En l'espace d'un mois, Israël a pulvérisé tous les records de violations de la souveraineté libanaise. L'Armée libanaise a confirmé ces atteintes à l'intégrité territoriale du Liban et le commandant de la Finul, le général Alain Pellegrini, a estimé qu'elles étaient incompatibles avec les dispositions de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.Comme il l'a fait en Cis-
jordanie et à Gaza, Israël pratique au Liban la politique du fait accompli. Il veut introduire des changements sur le terrain pour entamer ensuite de longues et laborieuses négociations. A l'issue de ces pourparlers, il présentera comme une concession majeure toute restitution d'une parcelle de terrain appartenant à l'origine au Liban. Chaque pouce rendu, chaque mètre libéré, chaque violation stoppée, nécessiteront des mois, sinon des années, de discussions. A ce rythme, il faudra un siècle pour récupérer les fermes de Chebaa et trouver une solution radicale au problème. Il faut espérer qu'entre-temps, la Ligne bleue n'aura pas été déplacée jusqu'aux bords du Litani.
PAUL KHALIFEH
L'Hebdo Magazine

L’occupation de Ghajar, « une bombe à retardement »,

Le ministre des Affaires étrangères, Faouzi Salloukh, a estimé hier qu’« Israël, en poursuivant son occupation du village de Ghajar, souhaite laisser une bombe à retardement et susciter des troubles au Liban-Sud ».
« Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune assurance de l’ONU, et nous attendons un rapport détaillé sur le retrait israélien du commandant en chef des forces de la Finul, le général Alain Pellegrini. Cependant, Israël ne s’est pas retiré de l’ensemble du territoire libanais. Comme d’habitude, il souhaite laisser une bombe à retardement comme les colonisateurs durant le XXe siècle, qui ont laissé des bombes à retardement pour générer des guerres internes et des conflits avec les pays voisins », a indiqué M. Salloukh.
« De toute façon, si Israël ne se retire pas de Ghajar, cela veut dire qu’il souhaite créer des troubles au Liban-Sud. Nous réclamions le retrait total des fermes de Chebaa et des collines de Kfarchouba, et maintenant nous lui demandons de se retirer de Ghajar, parce qu’il s’agit d’un village libanais sur lequel le drapeau libanais doit flotter »,
a ajouté Faouzi Salloukh.

Au Liban sud, la population est rassurée par le retour de l'armée et le renforcement de la Finul mais Ghajar demeure le dernier "casse-tête"

Des fleurs et du riz pour accueillir, lundi 2 octobre 2006, près de Kfar Kila, les chars de l'armée libanaise revenue, pour la première fois depuis plus d'une trentaine d'années, dans la région frontalière avec Israël. AFP/ALI DIA

Wazzani, 4 octobre 2006- Du coteau sur lequel est perché le village de Wazzani, aux modestes maisons basses, dans la zone orientale du Liban sud, on voit distinctement, de l'autre côté du fleuve Wazzani qui coule en contrebas, la bourgade de Ghajar. De toutes les positions occupées par Tsahal lors de "la guerre de juillet" qui a opposé le Hezbollah à Israël, Ghajar, ou plutôt la partie de cette localité située en territoire libanais, est la seule qui n'a pas encore été évacuée. L'armée israélienne l'a même ceinte de barbelés. Son statut ubuesque est le casse-tête sur lequel se penchent le Liban et l'ONU.

Ghajar est situé en territoire syrien, à l'un des points de contact entre le Liban et le Golan occupé par Israël en 1967 et annexé en 1981. Les quelque 2 000 Syriens qui y résident sont aujourd'hui détenteurs de la nationalité israélienne. Au fil des années, certains ont illégalement empiété sur le territoire libanais en y construisant des habitations. En l'an 2000, ils se sont ainsi retrouvés du côté libanais de la "ligne bleue" tracée par l'ONU.
Cette ligne tient lieu de frontière provisoire, après le retrait de l'armée israélienne de la zone qu'elle occupait depuis 1978 au Liban sud. "On les a laissés faire, sans doute pour faire plaisir à la Syrie", commente, amer, Zaki Ghantous Farhat, qui habite le hameau de Saroua, quelques kilomètres plus loin. Il fait allusion à la tutelle que la Syrie avait imposée au Liban de 1976 à 2005.
D'après Oussama Moustapha, l'épouse du maire de Wazzani, les Ghajaris qui se sont retrouvés en territoire libanais "n'ont jamais accepté d'être séparés du reste des habitants du village qui sont presque tous unis par des liens de parenté. Ils ne sont jamais venus ici, ni dans aucune autre localité libanaise, dit-elle. Pour eux, la ligne bleue était fictive en dépit des barbelés et ils devaient sans doute la franchir pour continuer à mener leur vie du côté israélien." Une canalisation de couleur blanche grimpe à flanc du coteau menant au village. Elle permet à Israël de pomper illégalement l'eau de la source du fleuve Wazzani, en territoire libanais, jusqu'à Ghajar.

Le Liban et l'ONU entendent faire strictement respecter la ligne bleue, conformément à la résolution 1701 des Nations unies. La solution envisagée, selon une source libanaise autorisée, est un double statut : israélien pour les habitants, qui ne seraient pas autorisés à se mouvoir au Liban ni ne bénéficieraient d'aucun service libanais ; et libanais pour le territoire, l'armée libanaise et la Force intérimaire de l'ONU pour le Liban (Finul) renforcée devant s'y déployer.

Depuis lundi 2 octobre, soldats libanais et casques bleus ont pris possession des positions évacuées plus tôt par Israël, d'est en ouest de la ligne bleue. En certains endroits, la proximité avec l'armée israélienne est saisissante. A Kfar Kila, des deux côtés de la "porte de la victoire", baptisée ainsi par le Hezbollah depuis le retrait de Tsahal en mai 2000, les deux armées ne sont séparées que par les barbelés. Sous leur regard, des militants en civil du Hezbollah dressent, côté libanais, l'inventaire du bureau de "l'organisme de soutien et de recueil des dons destinés à la résistance islamique (le Hezbollah)", installé ici en l'an 2000, pratiquement sous le nez des soldats israéliens dont les patrouilles longent depuis six ans la ligne bleue, en contrebas d'un poste de surveillance.

La vie a repris à Kfar kila, comme dans d'autres localités - Adaïsseh, Aïtaroun, Bint Jbeïl, Debel, Qawzah, Alma Al-Chaab... - désertées pendant la guerre. Le boulanger Mohammed Hamoud est néanmoins inquiet. Il dit avoir vu un officier du contingent espagnol de la Finul bavarder à travers les barbelés avec un officier supérieur israélien, "alors que, dit-il, les contacts avec l'armée israélienne doivent se faire via le commandement des casques bleus. Les Français sont rassurants, ajoute-t-il. Les Espagnols non. Et l'armée libanaise est faible. La Finul doit prendre une position ferme. Aujourd'hui, l'aviation israélienne n'a cessé de survoler le territoire libanais".

Plus généralement, la population se dit "psychologiquement" rassurée par la présence de l'armée et des casques bleus. "Mais il faudrait que les autres (Israël) y mettent du leur", commente Ibrahim Choukeir, de Meïss Al-Jabal, qui relève lui aussi les fréquentes violations de l'espace aérien libanais. "Ce sont toujours eux qui agressent !", dit-il. "En 1948 lors de la création de l'Etat juif, Israël a confisqué 30 000 dounoums de terre (près de 3 000 hectares) de Meïss Al-Jabal", affirme son ami, Nemr Ahmed Khachfi, qui avait alors 14 ans.

A l'extrémité ouest de la ligne bleue, les soldats libanais ont installé deux positions : à Ras Naqoura, sur le littoral, et sur la colline boisée de Labbouné où ils sont adossés à une position du contingent français. C'est là que leur commandant en chef, le général Michel Soleiman, leur a confié la mission de défendre la souveraineté du pays et son intégrité.

Mouna Naïm / Le Monde édition du 5 Octobre 2006


Les enjeux géopolitiques des fermes de Chebaa
Qui sont les propriétaires des hameaux?



Malgré l'allégresse suscitée par le retrait israélien en l'an 2000, le conflit territorial entre le Liban et Israël n'a pas pris fin. Depuis, les hameaux de Chebaa sont restés une source de rivalité entre les deux pays. Rivalité actualisée par la dernière guerre avec Israël, qui a donné lieu, dans le cadre de la 1701, à une nouvelle étude du problème par le secrétaire des Nations unies. Quels sont les enjeux à Chebaa et qui sont les propriétaires de ces fermes?
Pour les familiers du territoire libanais, où marquage et signalisation restent approximatifs, un panneau indicateur est une source d'émerveillement constant. La seule région à faire exception à la règle est le village de Chebaa. Dans cette zone contestée, tous les quelques kilomètres, un petit panneau signale, en lettres blanches, la direction à suivre. Tout au long du chemin, des soldats, nouvellement installés dans leurs baraquements peints aux couleurs du drapeau libanais, dirigent les voitures vers le sud. Soudain, au détour d'un pan de montagne aride, apparaît le village blotti au fond d'une vallée verdoyante. Une route asphaltée mène quelques kilomètres plus loin à la frontière avec les territoires occupés, marqués par une ligne de barbelés. Une vieille pancarte, héritée, sans doute, d'une période antérieure à l'occupation israélienne, indique en lettres délavées: Hameaux de Chebaa.
C'est en l'an 2000 que la question des hameaux de Chebaa devient le point de mire des discours politiques, lorsque le gouvernement israélien informe le Conseil de sécurité de son intention de se retirer du Liban dont il occupe les territoires depuis 1978, en dépit de la résolution 425. Ce retrait se fait à partir de mai 2000 et le 16 juin de la même année, le secrétaire général informe le Conseil de sécurité de l'application, dans sa totalité, de la 425, conformément à la ligne tracée par les Nations unies. La Ligne bleue, qui voit alors le jour, est acceptée, avec réserve, par le Liban sur quatre points: Adaïssé, Mtellé, Chebaa et Rmeïch. Depuis, la région connaît un calme relatif, sporadiquement interrompu par des accrochages opposant le mouvement de résistance du Hezbollah à l'armée israélienne.
Les familles et les wakfs
Contrairement à l'idée que l'on se fait de la région, les quatorze fermes de Chebaa sont loin d'être une zone de combat désertée. En effet, selon le livre Les fermes de Chebaa de l'écrivain Youssef Dib, elles comptaient environ 1200 habitations permanentes, pour la plupart rasées lors des invasions israéliennes. Ces habitations servaient de résidence d'hiver aux villageois qui travaillaient la terre et qui, l'été durant, migraient vers le village de Chebaa, situé en hauteur. Aujourd'hui, de nombreuses familles habitant le village, l'Eglise grecque-orthodoxe et Dar el-Fatwa (les wakfs sunnites), qui possèdent jusqu'à trois millions de mètres carrés dans la région, se partagent la propriété des hameaux avec des centaines de familles.
Selon le dernier recensement effectué en 1989, le hameau de Maghr Chebaa était la propriété des familles Serhane et Madi; celui de Zebdine, des familles Abdallah, Nasser et Hamdane; Fachkoul de la famille Hamad; Beït-Barrak des familles Saadi et Hamdane; Ramta de la famille Hachem, dont l'un des fils est le député Kassem Hachem; Roueïsat el-Karn des familles Hanawi et Nasser; Dahr-Baïdar de la famille Saab, qui partage aussi avec la famille Kanaan le village de Jouret-Akareb; Rabaa des familles Farès et Hamdane; Khalat-Ghazalé, des familles Hachem et Khatib; Brekhta (tahta et fawka) des familles Ghader et Mansour. Quant aux hameaux de Kafwa et Marah-Maloul, ils sont la propriété des diverses familles originaires de Chebaa.
Emplacement et historique
«4000 familles possèdent, actuellement, un droit sur les hameaux de Chebaa, réparties entre les propriétaires d'origine et leurs descendants», indique Omar Zouheiri, président de la municipalité du village de Chebaa. En perdant leur source de revenu principal, qui est l'agriculture, les habitants des hameaux se trouvent, souvent, acculés à l'émigration. «Le secteur des fermes de Chebaa est très fertile en raison de la situation privilégiée des terres qui s'étendent sur diverses altitudes, cultivables donc tout le long de l'année. Dans ma jeunesse, nos champs étaient plantés d'oliviers, d'arbres fruitiers ou de graminées. Aujourd'hui, la majorité d'entre nous a vu ses enfants et sa famille quitter le village pour la capitale ou pour l'étranger», dit Ali Hussein, un habitant, également propriétaire dans la zone des hameaux. Pour ce dernier, dont la dernière récolte remonte à 1970, le souvenir des fermes reste vivace. «Les villageois ont été poursuivis par les chars de l'armée israélienne ou bien chassés à coups de feu», souligne M. Hussein, vivement ému.
Les hameaux de Chebaa sont délimités par les frontières du Liban avec la Syrie et Israël. Par rapport au Liban, ils se trouvent au sud-est de la région du Arqoub. Selon l'historien Issam Khalifeh, professeur à l'Université libanaise, la superficie des fermes de Chebaa est estimée à 47 km2, alors que de nombreux ouvrages consultés, tels que Le Statut juridique des Hameaux de Chebaa de Marie Ghantous, indiquent une superficie de 200 km2. Les territoires occupés par l'armée israélienne comprennent les 14 hameaux cités plus haut, dont l'altitude varie entre
600 et 1000 mètres. Il faut, cependant, noter que la ferme de Maghr Chebaa appartient, territorialement, à la Syrie, alors que le village de Nkhaïlé et les collines de Kferchouba, toujours occupés par les israéliens et régis par la résolution 242 du Conseil de sécurité, sont, en revanche, libanais.
Durant le mandat français, le Liban, bordé par deux Etats au sud, voit ses frontières avec la Palestine clairement tracées, cette dernière étant sous mandat britannique, alors que la frontière avec la Syrie reste vague et contestée, les deux pays étant sous mandat français. En 1920, le décret de création de l'Etat du Grand Liban par le général Gouraud, représentant de la puissance mandataire, délimite les frontières en suivant les circonscriptions administratives des divers cazas dont celui de Rachaya, qui englobe le village et les hameaux de Chebaa, les comprenant ainsi de facto dans le territoire libanais. La Constitution libanaise de 1943 reprend et entérine les frontières de 1920.
Empiètements syriens
Depuis 1943, les autorités syriennes portent atteinte, régulièrement, dans le secteur des fermes de Chebaa, à la souveraineté territoriale du Liban. Le 21 février 1944, le président de la municipalité de Chebaa, Khaled el-Khatib, dépose une plainte auprès du président de la République, en dénonçant le relevé topographique illégal fait par l'armée syrienne. En 1946, une commission formée par les deux gouvernements, syrien et libanais, charge l'ingénieur Rafic Ghazzawi (Libanais) et le juge Adnane el-Khatib (Syrien) du tracé des frontières dans la région de Chebaa, ces derniers plaçant les fermes en territoire libanais. Cependant, ce tracé n'empêche pas la poursuite des opérations topographiques par la Syrie. A partir de 1948, la région est le théâtre d'opérations militaires des forces syriennes et palestiniennes. En 1951, les Syriens interpellent des agriculteurs libanais et des accrochages entre la population et l'armée syrienne se produisent. Le président du Conseil, Sami el-Solh, relate, dans ses mémoires, l'installation d'un poste illégal de gendarmerie syrienne, dans la région des hameaux. En 1964, un nouvel accord, en date de 27/2/1964, place les fermes de Chebaa dans les limites du territoire libanais, sans mettre, cependant, fin aux infractions syriennes qui continuent jusqu'en 1967, date à laquelle Israël envahit le secteur contesté.
Occupation israélienne
«A partir du 15 juin 1967 et cela après l'accord de cessez-le-feu qui a lieu entre Israël et la Syrie, l'Etat hébreu envahit 6 des
14 fermes de Chebaa: Maghr Chebaa, Khalat-Ghazalé, Dahr-Baïdar, Roueïsat el-Karn, Jouret-Akareb et Fachkoul. Cet évènement provoque la fuite des agriculteurs et la mort de Chehadé Ahmed Moussa», se souvient M. Zouheiri.
Le 20 juin 1967, lors d'une deuxième opération militaire, Israël envahit Kafwa, Zebdine et Ramta. Le 25 juin, les fermes de Beït-Barrak, Rabaa, Brekhta tahta et fawka et Marah-Maloul sont occupées et les habitants contraints d'abandonner leurs propriétés. En 1972, Israël, qui occupe 80% des hameaux, encercle les territoires annexés au moyen de barbelés. En 1985, selon l'auteur Youssef Dib, les autorités israéliennes installent trois colonies dans la zone contestée. Israël enjoint, par la suite, en 1989, les habitants de la région à quitter leurs terres, en leur proposant de les leur racheter; proposition refusée par les habitants qui sont, alors, forcés à quitter. «Les agriculteurs peuvent, jusqu'en l'an 2000, accéder à leurs propriétés, après obtention d'un laissez-passer, fourni par l'armée israélienne», relate M. Hussein. Cependant, après le retrait de l'armée israélienne du Liban-Sud, le secteur des fermes est interdit aux Libanais.
Ligne Bleue et contexte légal
«A la suite du retrait israélien, les Nations unies ont considéré que la 425 avait été appliquée en vertu du tracé de la Ligne bleue. Ce tracé des frontières fut accepté par le gouvernement libanais, sous réserve des secteurs: Rmeich, Mtellé, Adaïssé et Chebaa», confirme le général Amine Hoteit, président du Comité de vérification du retrait israélien et docteur en Droit et Recherches stratégiques auprès de l'Université libanaise. La carte et le dossier, émis alors par les Nations unies, consignent les réserves du gouvernement libanais. «D'un point de vu légal, les fermes de Chebaa n'auraient pas dû tomber sous l'application de la 242, puisqu'elles ont été envahies après la guerre de 1967, l'occupation ayant eu lieu graduellement et s'échelonnant jusqu'aux années 80», explique le docteur en Droit international à l'Université libano-américaine, Chafic Masri. «De plus, on a rattaché à la 242 les villages de Nkhaïlé et de Kferchouba, dont les statuts n'ont jamais prêté à confusion puisqu'il ont été de tout temps considérés comme faisant partie intégrante du territoire libanais». La confusion est accentuée en 1974 par la signature des accords de désengagement entre la Syrie et Israël, qui placent le secteur des fermes de Chebaa, Nkhaïlé et Kferchouba avec le Golan, du ressort de l'Undof; résolution à laquelle le Liban ne fait pas opposition

Les enjeux géostratégiques

Pour le général Amine Hoteit, les fermes de Chebaa ont une importance aussi bien stratégique que politique. En effet, la situation même des fermes permet à l'armée israélienne de surveiller et de protéger son infrastructure militaire au Golan. La région forme un point de rencontre entre les trois pays (Israël, Syrie et Liban) et des stations d'observation ont été construites sur les crêtes du Mont Hermon. Selon l'auteur Youssef Dib, les fermes surplombent aussi les rivières du Hasbani, du Litani, ainsi que les sources du Wazzani. «L'autre enjeu d'importance pour Israël est la richesse hydraulique du Mont Hermon qui est recouvert en grande partie par le secteur des fermes de Chebaa. On estime que la nappe aquifère contient autour de
1200000 m3 d'eau, ce qui représente un enjeu stratégique pour Israël», souligne Issam Khalifeh. Trois affluents du Jourdain, Banyas, Dan et Wazzani prennent leur source dans la région. Autre atout: la qualité de l'eau, qui, selon le général Hoteit, alimente le lac de Tibériade (Tabaraya), situé en Israël, en le refroidissant et le dessalant.
Aujourd'hui, dans le cadre de la résolution 1701, le Premier ministre, Fouad Siniora, a proposé de placer le secteur des fermes de Chebaa sous la tutelle des Nations unies. Cette proposition permet de soustraire le Liban à l'équation politique régionale. «L'intérêt politique, que représentent les fermes de Chebaa pour la Syrie, lui permet de s'extraire de son isolement vis-à-vis de la question de l'occupation du Golan, en liant son sort à celui du Liban. Alors que, pour Israël, le rattachement du secteur à la 242 lui assure une place prépondérante à la table des négociations avec le Liban», indique Chafic Masri. Il estime, cependant, que, dans le cas où la question de Chebaa serait résolue, le gouvernement libanais courrait le risque de voir le front de Nkhaïlé ravivé, cette région rarement revendiquée n'entrant pas dans le cadre de la 1701.
«Toute occupation du territoire libanais par Israël, aussi infime soit-elle, justifie l'action de la Résistance. Placer le secteur des fermes de Chebaa, Nkhaïlé et Kferchouba sous l'égide des Nations unis ôterait à la Résistance toute raison d'être armée»,
conclut le professeur Masri.

Le cadastre de Saïda
Les registres fonciers des fermes sont du ressort du cadastre de Saïda, tels en attestent les actes de vente et les titres de propriété. D'ailleurs, durant les périodes successives que connaît le Liban, l'autorité libanaise s'exerce, indubitablement, sur la région des hameaux, en prenant une forme législative, juridique et foncière. Selon Marie Ghantous, le décret loi du 3/2/1930, opérant un remaniement du caza de Marjeyoun (auquel le caza de Hasbaya est rattaché par la suite), inclut le village de Chebaa et de Nkhaïlé, les hameaux se trouvant, en effet, entre ces deux derniers. L'arrêté du 4 juin 1966, déterminant les limites de la municipalité de Kferchouba, nomme, distinctement, les hameaux de Chebaa. Un jugement concernant le hameau de Zebdine, en date de l'année 1927, place ce dernier sous la compétence du tribunal de Hasbaya. Un jugement de 1944, dans une affaire de litige foncier portant sur la région de Chebaa, est rendu par le tribunal Chérié de Hasbaya et ne laisse aucun doute sur la «libanité» des fermes après l'accès du Liban à l'indépendance, en 1943. Le contrat de Tapline, signé en 1849 par la Trans Arabian Company (Aram Co) et le gouvernement libanais, concerne aussi le secteur des hameaux.

Entre topographie et cartographie
«Depuis le décret du général Gouraud de 1920, proclamant l'indépendance du Grand Liban, on s'est rendu compte que la réalité topographique du terrain ne correspondait pas au relevé cartographique», explique le professeur Issam Khalifeh. Il ajoute que, selon le décret de 1930, trouvé dans les archives du Centre de documentation de Nantes, il est établi que les villageois de Chebaa payaient leurs taxes à la France et qu'en cas de litige, l'administration de Hasbaya était l'autorité responsable. Un autre décret de loi inclut aussi Chebaa et Nkhaïlé au caza de Hasbaya (rattaché à cette époque à Marjeyoun). En 1934, le procès-verbal d'un litige qui oppose des villageois libanais aux syriens, résolu par l'intervention des autorités mandataires françaises de Syrie et du Liban, délimite les frontières entre les deux pays dans la région de Wadi el-Assal. Et c'est en 1937 que Pierre Bart, conseiller administratif du Liban-Sud, envoie un rapport à la France, indiquant que la réalité géographique ne correspond pas au dessin cartographique. Selon Marie Ghantous, cette mention est aussi reprise, en 1939, par le capitaine de Bernonville, chef de poste des services spéciaux de Koneïtra, qui en informe l'inspecteur des services spéciaux des mouhafazats de Hauran et de Damas.


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