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De l'intérieur ou de l'extérieur, les actions pour la sauvegarde du patrimoine libanais:
Une garantie pour l'avenir du Liban
Patrimoine du Liban

Exemple d'animation et de Coopération Franco-libanaise à Salima

L’histoire du Liban à travers ses sites inscrits
au patrimoine mondial de l’Unesco

Par Bahjat Rizk
Bahjat Rizk est attaché culturel du Liban auprès de l’Unesco. Également essayiste, il est notamment l’auteur de L’Identité pluriculturelle libanaise : pour un véritable dialogue entre les cultures (paru en 2002 aux éditions IDLivre, collection Esquilles) et d’un recueil d’articles intitulé Le pluralisme libanais dans l’identité et le système politique.

À l’occasion du 65e anniversaire de l’indépendance du Liban, nous constatons que nous manquons toujours d’un livre d’histoire commun à tous les Libanais. C’est un travail que les autorités libanaises sont appelées d’urgence et de manière prioritaire à accomplir. Il me semble utile de retracer cette histoire libanaise à travers les sites du Liban inscrits au patrimoine de l’humanité de l’Unesco.
Le Liban a cinq sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco. Ce programme est l’un des programmes phares de l’Unesco régi par la convention du patrimoine mondial de 1972. Les sites sont répartis entre sites culturels, sites naturels et paysages culturels soumis à des critères spécifiques de sélection. La demande d’inscription émane des autorités du pays concerné, mais elle n’est reçue que sur base d’un solide dossier rigoureux et précis par le comité du patrimoine mondial, sur avis consultatif de comités d’experts (Icomos; UICN). Une fois inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, le site est protégé par certaines réglementations dont les défaillances pourraient entraîner sa radiation ou sa mise sur la liste du patrimoine en péril. L’État national en requérant l’inscription sur la liste du patrimoine mondial s’engage à respecter certaines contraintes assorties à cette inscription. L’entretien du site demeure du ressort de l’État et le suivi de la préservation du site relève de la compétence de l’Unesco. La liste du patrimoine mondial place donc côte à côte les sites considérés comme patrimoine de l’humanité. Par cette forme de reconnaissance, ils passent du niveau national au niveau mondial, tout en restant à la charge de l’État national en vertu du principe sacro-saint en droit international de la souveraineté nationale (l’autorité de l’Unesco reste morale et intellectuelle). La liste des sites inscrits sur le patrimoine mondial fournit d’autre part des indications précises sur l’histoire d’un pays et sa capacité à assumer sa propre histoire. On donne à l’humanité ce qu’on considère être le meilleur chez soi.

Le Liban, à l’instar des autres pays, a cinq sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial. Quatre sites culturels (Tyr, Byblos, Baalbeck et Anjar) et un paysage culturel (la montagne des Cèdres et la vallée sainte de la Qadisha). Ces cinq sites donnent dans leur ensemble une idée globale de l’histoire libanaise et de sa diversité géographique : deux sites sur la côte (Tyr, Byblos), deux sites dans la plaine (Baalbeck, Anjar) et un site dans la montagne (Cèdres et Qadisha).

Les deux sites de la côte (Tyr et Byblos) témoignent du passé phénicien du Liban (deux villes sur les quatre villes phéniciennes importantes identifiées au Liban, les deux autres étant Sidon et Beryte). Certes ces deux villes comportent d’autres vestiges (romains, arabes, croisés) mais elles demeurent à la base reliées au passé phénicien du Liban et à l’invention du premier alphabet phonétique, ancêtre de l’alphabet grec (dont sont issus les alphabets latin, cyrillique, gothique et copte) et de l’alphabet araméen (dont sont issus les alphabets hébreux, syriaque, arabe et mandéen). Les deux sites de la plaine (Baalbeck et Anjar) témoignent de la vocation de la plaine du Liban d’être une terre de passage et un passage obligé pour les empires qui ont régné au Proche-Orient, l’Empire romain avec Baalbeck et l’Empire omeyyade arabe avec Anjar.

Le site de Baalbeck est monumental et fort imposant. Il témoigne de la grandeur de l’Empire romain et aussi de son extrême tolérance. En effet, ce centre uniquement cultuel nécessita trois siècles pour être achevé et fut construit non point par les Romains mais par les autochtones, auxquels il fut permis, en échange de la construction des temples à la gloire de Rome (Jupiter, Bacchus, Vénus), de célébrer leurs propres dieux (Baal), ce qui explique la grande superficie du site. En effet, les Romains et les Grecs célébraient leurs dieux à l’intérieur des temples alors que les sémites s’acquittaient de leurs devoirs religieux sur des autels dressés en plein air à l’intérieur de vastes cours, ce qui explique la combinaison de ces deux éléments à Baalbeck (temples et autels en plein air). Les Romains, qui croyaient au dieu-père (Jupiter : Diu Pater), essayaient d’en découvrir l’équivalent chez les peuples qu’ils avaient conquis (Jupiter-Baal en Phénicie, Jupiter-Amon en Égypte). Ainsi, ils laissaient la liberté du culte religieux en contrepartie de l’allégeance politique. Tout en étant romain, le site de Baalbeck a été érigé par les Phéniciens. Quand on visite aujourd’hui Rome avec ses vestiges de l’Antiquité, on apprécie encore plus la grandeur de Baalbeck et la tolérance de l’Émpire romain antique.

Quant au site de Anjar, il témoigne de la proximité avec l’Empire arabe omeyyade (661-750) et sa capitale Damas. Les califes omeyyades avaient leur palais d’été à Anjar. La civilisation arabe omeyyade a été, longtemps, à son apogée et dans ses prolongements (Andalousie 711-1492) une civilisation d’ouverture et de rayonnement culturel. Les deux empires arabes historiques ont été : celui des Omeyyades(661-750) qui eut pour capitale Damas, et celui des Abbassides (750-1258) et qui eut pour capitale Bagdad avant sa prise tragique par Holako le Mogol (fin des empires arabes).

Le cinquième site est le premier classé par l’Unesco au titre de paysage culturel (produit par la nature mais avec une connotation culturelle). J’avais moi-même eu l’honneur de représenter le Liban nouvellement élu à la réunion du comité exécutif du patrimoine mondial en décembre 1993 à Carthagène en Colombie. C’est lors de cette réunion que le concept de paysage culturel avait été élaboré. La candidature de la montagne des Cèdres et de la vallée sainte venait d’être refusée au titre de site naturel (qui doit être intact et non entamé, exemple la forêt d’Amazonie ou les chutes du Niagara). Par ailleurs, plusieurs sites ont été classés plus tard au titre de paysage culturel, notamment aux États-Unis qui œuvraient à l’époque à séparer (autonomie) le centre du patrimoine mondial (qu’ils finançaient en grande partie) avant leur retour en 2003 à l’Unesco après une absence de presque vingt ans (1984). Le site de la montagne des Cèdres et la vallée de la Qadisha est très important à un niveau symbolique pour l’identité libanaise car il témoigne du culte de la liberté religieuse (Qadisha) et de la liberté tout court (Cèdres).

Ces cinq sites libanais inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco devraient aider les Libanais à revoir la richesse de leur histoire et la complexité de leur terre en tant que lieu de rayonnement au cœur de la Méditerranée (côte), voie de passage obligée (plaine) et montagne refuge pour les minorités persécutées. Cet héritage, bien sûr, appartient aujourd’hui dans son ensemble à tous les Libanais et demeure leur bien commun le plus éloquent et le plus précieux.

LES ANCIENNES DEMEURES LIBANAISES OU LA MÉMOIRE EN PÉRIL

Cliquez pour lire l'article d'ILoubnan


Octobre 2007
MOBILISATION INTERNATIONALE POUR LA PRÉSERVATION DE TYR

ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LA SAUVEGARDE DE TYR
35, avenue Foch – 75116 Paris – Tél.: 33 (01) 45002014 – Fax: 33 (01) 45002015 – aist.france@wanadoo.fr – www.aistyr.com

A la veille de l'ouverture de l'exposition sur le thème la Méditerranée des Phéniciens de Tyr à Carthage du 6 novembre 2007 au 20 avril 2008
à l'Institut du Monde Arabe

L’ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LA SAUVEGARDE DE TYR
organise deux symposiums dans la capitale française

LUNDI 5 NOVEMBRE 2007
AU SIÈGE DE L’UNESCO - PARIS
Sous le Haut Patronage de
Monsieur Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l’UNESCO
et de
S.E. Madame Sylvie Fadlallah
Délégué Permanent du Liban auprès de l’UNESCO

MARDI 6 NOVEMBRE 2007
A L’INSTITUT DU MONDE ARABE (IMA)
Sous le Haut Patronage de
Monsieur Dominique Baudis, Président de l’IMA
et de
S.E. M. Boutros Assaker, Ambassadeur du Liban en France

MERCREDI 7 NOVEMBRE 2007
DINER DE GALA « La Phénicie »
Pavillon d’Armenonville, Bois de Boulogne
Transformé pour l’occasion en temple phénicien
au profit de la Fondation Tyr


22 Septembre 2006

Les fleurons du patrimoine libanais épargnés par la guerre
La mission internationale envoyée par l'Unesco au Liban pour évaluer l'état des sites du patrimoine culturel de ce pays, après la fin des bombardements, a présenté ses résultats lundi 18 septembre, à Paris. La mission, qui a eu lieu du 10 au 15 septembre, comprenait six experts, parmi lesquels Mounir Bouchenaki, directeur général du Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels (Iccrom). Ils devaient essentiellement inspecter l'état des monuments et sites inscrits sur la liste du Patrimoine mondial, ou pressentis pour y figurer, et dont le devenir est inquiétant.

Il ne s'agissait donc pas d'un bilan de l'ensemble du patrimoine libanais, moins encore des dommages matériels (ponts, routes, immeubles, usines, etc.) dus aux tirs israéliens. Cependant, selon d'autres observateurs comme les représentants de Patrimoine sans frontières (PSF), les dommages concernant les ensembles historiques (Baalbeck, Saïda, etc.) seraient restés limités, mais un inventaire précis reste à faire dans ce pays déjà meurtri par les précédents conflits, ainsi que par la spéculation immobilière qui a suivi.

Les experts de l'Unesco peuvent affirmer que "les principaux éléments du patrimoine culturel libanais avaient été épargnés par le récent conflit". Ils ont cependant demandé "des mesures d'urgence afin de remédier à la marée noire qui a touché des constructions du site de Byblos".

Les dégâts les plus sérieux concernent ce site du Patrimoine mondial, touché par une marée noire due au bombardement par l'aviation israélienne des citernes de la centrale de Jiyyeh, qui représente un problème écologique majeur pour la Méditerranée orientale (Le Monde du 31 juillet).

M. Bouchenaki a souligné le besoin urgent d'un nettoyage manuel des soubassements des deux tours médiévales et des vestiges antiques situés en contrebas du tell (monticule constitué de vestiges archéologiques). Le coût de cette opération serait de 100 000 dollars (120 000 euros). A Tyr, les principaux éléments - l'hippodrome et l'arc de triomphe - "n'ont souffert d'aucun dommage", mais les fresques d'un caveau funéraire d'époque romaine se sont en partie décollées, probablement à cause des vibrations occasionnées par les bombes.

70 000 DOLLARS EN URGENCE

Le site de Baalbeck n'a pas été endommagé "à l'exception de la chute d'un bloc de pierre. Dans les temples de Jupiter et Bacchus, des fissures sur les linteaux se sont probablement aggravées et demandent à être suivies de près". Le souk et des maisons traditionnelles de la vieille ville de Baalbeck ont été endommagés. Au sud de Baalbeck, le site d'Anjar et ses vestiges omeyyades n'ont subi aucun dégât, mais leur état de conservation laisse à désirer. La ville ancienne de Saïda et le temple voisin d'Echmoun, sites que le Liban compte proposer pour inscription au Patrimoine mondial, n'auraient subi aucun dommage.

Mounir Bouchenaki a évoqué des mesures à long terme pour préserver le patrimoine libanais, notamment la mise en place d'un équipement photogrammétrique pour surveiller les fissures, l'élaboration d'une carte des risques structurels et la mise en place de mesures de consolidation.

Françoise Rivière, sous-directrice générale à la culture de l'Unesco, a insisté sur l'importance de la culture, "indispensable pour assurer la cohésion sociale au Liban" et évoqué le patrimoine culturel comme "symbole de la diversité et de la tolérance de ce pays". Elle a mentionné les efforts de l'Unesco pour attirer l'attention des belligérants sur leur obligation d'épargner le patrimoine culturel, conformément à la Convention de La Haye, dont le Liban et Israël sont partis.

Françoise Rivière a aussi annoncé que le Fonds du patrimoine mondial pourrait consacrer 70 000 dollars à des mesures d'urgence.


Tourisme et Patrimoine au Liban
par Anne-Marie El-Hage de L'Orient-LeJour
Guerres, mauvais entretien, budget limité, manque de sensibilisation des citoyens, l’urbanisation galopante, un danger pour les sites du Liban
Site de Tyr,classé patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO
Cinq sites libanais sont classés sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco : Anjar, Baalbeck, Byblos, Tyr, ainsi que l’ensemble formé par la vallée sainte de la Qadisha et la forêt des cèdres. Cinq sites qui n’ont pas tous la cote chez les touristes, exception faite du célèbre site de Baalbeck qui attire, à lui seul, plus de 120 000 visiteurs par an. Et pour cause : aux yeux de nombreux touristes, certaines régions libanaises, comme Anjar, sont encore associées à la guerre. Alors que Byblos et Tyr, sites culturels par excellence, mais peu médiatisés, sont carrément ignorés des touristes non avertis, et souvent aussi des tour-opérateurs. Souvent mal entretenus, soumis aux dangers de la désertification, de la pollution ou de la pression urbaine, mais aussi aux caprices de politiciens peu scrupuleux, les sites libanais sont aujourd’hui confrontés à un double défi : se protéger d’une urbanisation galopante, tout en devenant une destination incontournable pour les touristes. Dans le pourtour de la vallée sainte de la Qadisha, un immeuble de dix étages s’élève, défigurant le vert paysage. Dans la zone tampon du site archéologique de Tyr, censée isoler le site de la zone urbaine, la ville empiète et s’impose. Une mosquée et une école coranique ont été bâties à l’initiative d’une personnalité politique de la région. Et ce, malgré les restrictions et les « diplomatiques » recommandations de l’Unesco.
Seuls quelques peupliers séparent les constructions du site, histoire de masquer le problème.
Intégrer l’architecture hôtelière au paysage
La pression urbaine est une réelle menace pour les sites libanais, mais le gouvernement est dans l’incapacité d’empêcher les constructions qui se poursuivent. Tyr a d’ailleurs failli figurer sur la liste du patrimoine mondial en péril. Byblos, elle, a été sauvée, à plusieurs reprises, de la menace des entrepreneurs qui voulaient y construire complexes hôteliers et marinas, défigurant son cachet de ville portuaire à l’ancienne. Mais le danger est loin d’être écarté et Byblos est encore menacée par l’urbanisation galopante. « La colonnade de Byblos trône carrément au milieu de l’échangeur, déplore Marielle Richon, spécialiste du patrimoine à l’Unesco. On a parfois l’impression que ces sites (parlant de Tyr et de Byblos) sont près d’être engloutis par les villes et les autoroutes trop proches. » La spécialiste refuse d’accabler les autorités locales. Mais ne peut s’empêcher d’ajouter que le tourisme peut constituer un réel danger pour le patrimoine libanais. « L’architecture hôtelière doit être intégrée dans le paysage », indique-t-elle, suggérant d’aménager en hôtels les anciennes maisons libanaises, dont une grande partie sont négligées, voire abandonnées. Et de poursuivre en disant que les touristes occidentaux ne sont pas intéressés pas les grands complexes hôteliers, mais qu’ils préfèrent les petits hôtels au charme traditionnel, donnant l’exemple des petits établissements situés à Byblos ou dans les vieux souks de Zouk. Bénéficiant seulement d’un droit d’expertise et de conseil, l’Unesco ne peut imposer de strictes restrictions à l’État.
Elle peut toutefois classer un site sur la liste du patrimoine en péril lorsque celui-ci est sérieusement menacé ou alors, ultime sanction, le retirer carrément de la liste du patrimoine mondial. Libre alors à l’État de protéger ou non ses sites, avec toutes les conséquences que cela implique.
60 millions de dollars pour 5 sites
Tiraillé entre la fierté d’avoir réussi à faire classer cinq de ses sites culturels et naturels sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco et les contraintes qu’impose cette action, le gouvernement libanais tente de réagir, avec les moyens du bord. Mais la sauvegarde du patrimoine ne semble pas être son souci primordial. L’infime budget annuel accordé à la Direction générale des antiquités (DGA), 6 milliards de livres, ne permet pas à cette dernière d’entretenir correctement les sites du pays, qu’ils soient classés ou non. « Car l’Unesco impose des contraintes, mais elle n’accorde absolument aucune aide financière. Cela représente une bien trop lourde charge pour le Liban, pays du tiers-monde », estime l’archéologue et journaliste, Joanne Farchakh. Elle ajoute que « même si le Liban a présenté à l’Unesco une liste des sites qu’il voudrait voir figurer sur la liste du patrimoine mondial, la DGA ne semble plus intéressée par ce processus qui implique bien plus des contraintes et des frais que des avantages ». Certes, le prêt de 60 millions de dollars, accordé il y a deux ans au gouvernement par la Banque mondiale pour restaurer et réaménager, selon un plan quinquennal, les cinq sites de Baalbeck, Byblos, Tyr, Saïda et Tripoli, est déjà un grand pas. Pour le seul site de Tyr, 10 millions de dollars ont été débloqués. Il est à parier que les plans directeurs des travaux, dont l’exécution est étroitement contrôlée par la BM, seront respectés au doigt et à l’œil. Baalbeck, Byblos et Tyr, sites du patrimoine mondial, s’en tirent à bon compte, même si les touristes ne se bousculent pas encore aux portes des deux derniers. Il en est de même pour les sites de Saïda et Tripoli qui figurent sur la liste des sites présentée par le Liban à l’Unesco pour être classés au patrimoine mondial, même si Saïda ne répond pas vraiment aux critères, depuis que la ville est séparée de son environnement maritime. Qu’en est-il cependant de Anjar, seule cité omeyyade du Liban qui figure sur la liste du patrimoine mondial, mais qui est totalement laissée à l’abandon et qui n’a jamais fait l’objet de la moindre campagne d’étude ou de sauvegarde, de la part du gouvernement libanais ou même de l’Unesco ? Un site qui a été utilisé par l’armée syrienne comme caserne militaire dans l’indifférence générale et qui restera longtemps synonyme de guerre et de prison dans l’inconscient collectif. Il reste à espérer qu’au terme de ce plan quinquennal, un travail de sensibilisation de la population aura été entrepris. Car il devient urgent d’éradiquer l’habitude, bien libanaise, de « décorer » les monuments historiques et archéologiques de graffitis et autres inscriptions murales.

Neuf sites libanais candidats au patrimoine mondial de l’Unesco

Chaque pays désirant qu’un de ses sites figure sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco est censé faire une demande, en présentant un dossier complet du site, naturel ou culturel.
Le Liban a ainsi présenté une liste de 9 sites, notamment :
Le centre historique de Batroun ; le centre historique de Saïda ;
le centre historique de Tripoli-al-Mina ;
l’ensemble du site naturel de la région du Chouf, avec ses monuments et ses sites archéologiques ;
l’ensemble du site naturel de la vallée de Nahr el-Kalb avec ses monuments et ses sites archéologiques ;
l’ensemble du site naturel de la vallée de Nahr Ibrahim avec ses monuments et ses sites archéologiques
;
l’ensemble du site naturel et des sources de la vallée de l’Oronte, avec ses monuments
;
le monument du temple d’Echmoun
;
le parc naturel de l’île aux Palmiers
(face à al-Mina, photo aérienne ci-dessus).

Noel 2004
Des vestiges romains
datés du IIe siècle après J-C découverts à Gemmayzé lors de fouilles menées par une équipe du département d’archéologie de l’UL
sous la supervision de la Direction Générale des Antiquités

Gemmayzé dévoile ses dessous romains. Il y a quelques jours, à une centaine de mètres de l’Escalier des arts, les ouvriers qui creusaient les fondations d’un nouvel immeuble appartenant à Karim Bassil tombent sur des ruines antiques.
C’est l’extension d’une nécropole dont une partie a été mise au jour il n’y a pas très longtemps sur un chantier appartenant aussi à Bassil. Point étonnant, selon M. Assaad Seif, responsable à la Direction générale des antiquités (DGA), qui explique que Gemmayzé est situé dans le prolongement du Decumanus maximus, un des deux axes principaux qui traversent l’antique Beyrouth : le Cardo (Nord-Sud) et le Decumanus (Ouest-Est).
Il ajoute que les spécialistes avaient toujours situé la nécropole romaine dans ce quartier et ses abords, rappelant que des tombes ont été découvertes ces dernières années à Kantari, Akkaoui, La Sagesse, Mar Mitr et près de la SNA.
« Le tell d’Achrafieh a été le lieu consacré aux inhumations », indique Seif, qui signale également que ce modèle de tombes, avec leur bassin et leurs canalisations d’eau, ressemble à celui mis au jour dans la nécropole de Tyr. Les archéologues qui travaillent actuellement sur le terrain ont pu dégager une partie du nivellement de la route romaine, un fond de bassin d’eau, des fragments de canalisation et des tombes creusées dans la roche, contenant un squelette intact, un bout de mosaïque et trois sarcophages : l’un en marbre (avec l’ébauche d’une sculpture en guirlande), l’autre en terre cuite (avec le couvercle en demi-cercle) et un autre encore en calcaire.
Des pièces de monnaie en bronze ont été retrouvées dans les sépultures, car, comme l’explique M. Seif, selon la tradition funéraire, on glissait dans la bouche du mort une ou plusieurs pièces de monnaie pour lui permettre d’entreprendre sa traversée vers l’au-delà en payant son passage sur la barque qui remonte la rivière Styx. Les tombes renfermaient aussi des fioles en verre ou en terre cuite qui, autrefois, étaient remplies d’onguents à base d’huile parfumée.
L’ensemble est daté du IIe siècle après J-C. Par ailleurs, des traces de destruction et des débris de céramique remontant au IVe siècle, c’est-à-dire au début de l’époque byzantine, ont été prélevés. Supervisées par la DGA, les fouilles sont menées par une équipe d’étudiants et de professeurs du département d’archéologie de l’Université libanaise (UL), sous la direction de Abdallah Alaeddine.


ARCHÉOLOGIE
En vedette, le premier temple romain à la périphérie du centre-ville de Beyrouth Les dernières découvertes à Gemmayzé : des tombes hellénistiques et une céramique de l’âge du fer Beyrouth n’en finit pas de se raconter.

Octobre 2005- Les explorations qui se déroulent depuis cinq mois à la rue Maroun Naccache (Gemmayzé) apportent leur moisson de découvertes archéologiques et une somme de connaissances, permettant d’ajuster notre savoir sur la période romaine de la ville. Alors qu’on croyait que le monticule d’Achrafieh était une zone de nécropoles, la mise au jour, à Gemmayzé, de vestiges romains comprenant des habitations de type rural, un système de canalisation d’eau et un temple doté de quatre autels démontre que l’extension romaine vers l’Est n’était pas seulement de type funéraire. La ville romaine, ouverte, sans rempart, s’étendait au-delà du « decumanus maximus ». Les opérations de fouilles sont menées par la Direction générale des antiquités (DGA), en collaboration avec une équipe d’archéologues de l’Université libanaise, dirigée par Fadi Béaïno. Elles couvrent un terrain de 1 600 m2 au milieu duquel se dressait la demeure ancienne de Me Michel Assaf. La bâtisse, datant du XIXe siècle, rachetée en 2003 par Joseph Moawad puis démolie pour ériger un complexe hôtelier et résidentiel, reposait sur un sous-sol gorgé d’histoire. Les excavations ont, en effet, dévoilé les strates superposées des périodes médiévale, romaine, hellénistique ainsi qu’une céramique datant de l’âge du fer. Mais les fouilles à ce niveau-là ne font que commencer. « Il faut attendre la suite des opérations, et la prospection exhaustive et méthodique des couches pour développer une réflexion sur cette période », souligne Assaad Seif, archéologue à la DGA et responsable scientifique du site. Il ajoute que des ouvrages de maçonnerie (murs) mais aussi des tombes ont été dégagés au niveau des strates hellénistiques. Les sondages ont aussi donné accès à trois phases d’occupation datant de la période romaine où s’inscrit en vedette un temple que l’archéologue Seif, respectueux de la « rigueur scientifique », désigne comme une « structure cultuelle ». « Même si l’hypothèse du temple est confirmée à 80 %, nous préférons rester prudents jusqu’à ce que tous les composants architecturaux soient réunis et la reconstitution de l’édifice établie, souligne-t-il. « Une bonne partie des objets archéologiques n’ayant pas été trouvés à leur place originale, c’est-à-dire in situ, nous travaillons dans le négatif, dans les tranchées de récupération », a-t-il précisé, expliquant qu’au cours de la période médiévale, le site a été transformé en carrière, et 90 % des pierres du temple ont été démontées et réutilisées pour la construction des bâtiments avoisinants. Les 10 % restantes pourraient être exposées in situ, dans le jardin de l’immeuble Moawad… où vestiges du passé et modernisme signeront l’identité de la ville. Reste que « ce temple est le premier à avoir été découvert en dehors du centre-ville », a ajouté Assaad Seif, rappelant que les autels dégagés à la place de l’Étoile et à Lazarieh attestent la présence de monuments cultuels. Trois phases d’occupation romaine Érigé avec des blocs de calcaire dur et de grès de sable, le temple de Gemmayzé est composé de plusieurs pièces dont la fonction n’a pas encore été définie. Les fouilles ont mis au jour des murs d’appareillage présentant deux mètres d’épaisseur, et livré des colonnes de marbre et de granite de 1,20 mètre de diamètre. Le bâtiment, qui a « une structure tentaculaire allant au-delà du site fouillé », semble avoir été érigé sur les ruines d’un monument romain plus ancien, dont il ne reste que les fondations et les soubassements . Exposé sud-nord, l’entrée orientée vers le « decumanus » qui se croise au forum avec le Cardo, il est doté de quatre autels, dont deux couverts d’inscriptions, l’une dédiée à la triade héliopolitaine, Jupiter-Vénus-Mercure, l’autre à la déesse marine Leucothéa , fille de Cadmus. Menant plus loin leurs investigations, les archéologues ont dégagé deux autres couches d’occupation romaine. L’une dévoilant un système de canalisation d’eau, des habitations de type rural, une réserve de monnaies et des débris de poterie. L’autre, datant d’une période antérieure, a fait apparaître 30 tombes renfermant des squelettes d’enfants, d’adultes et de quatre chiens qui, peut-être, « appartenaient à des chasseurs ou encore à des membres de l’armée romaine. Pour avancer une explication scientifiquement valable, les spécialistes planchent sur le sujet », souligne Assaad Seif. Signalons enfin que les travaux de fouilles n’ont couvert à ce jour que 60 % de la superficie du terrain. Mais la boîte de Pandore est ouverte. Attendons voir ce que le sous-sol cache encore en réserve.

May Makarem pour l'Orient LeJour


Août 2004
Inauguration
de l’écomusée de Terbol
à l’initiative de la Fondation nationale du patrimoine



Une modeste maison en briques de terre battue, enduites et chaulées:
un hymne à la vie rurale


Pour garder en mémoire un mode de vie dont la disparition s’accélère, la Fondation nationale du patrimoine a peaufiné un bel ouvrage à Terbol, dans le caza de Zahlé. La restauration d’une bâtisse vernaculaire et son aménagement en un musée où sont exposées les diverses faces de la vie du paysan: son habitat, ses instruments aratoires et un jardin thématique qui restitue, au rythme des saisons, l’atmosphère agricole de la région. Appartenant au Dr Maher Rami dont la famille, originaire de Falougha, s’était installée dans la plaine de Terbol au XVIIIe siècle, cette bâtisse a été louée pour une durée de 15 ans. Le bail symbolique a donné à la Fondation l’autorisation de procéder aux rénovations nécessaires et par conséquent de préserver une construction appartenant à notre héritage architectural.
S’inscrivant tout naturellement dans le paysage de la Békaa, la maison à Liwan est composée de plusieurs pièces autonomes, «témoignant de l’occupation des lieux par une famille élargie». En briques séchées au soleil, enduites de terre puis chaulées, elle est coiffée d’une toiture formée d’une charpente en bois recouverte de roseaux. Sérieusement endommagée par la fuite du temps, elle a été restaurée «suivant le mode d’origine», indique l’architecte Jean-Marc Bonfils, ajoutant qu’avant d’entreprendre les travaux de réfection, il s’est penché sur «les techniques et les traditions de construction de la région», et a ouvert un mur et démonté les briques existantes «pour étudier leur composition et leurs différents systèmes d’appareillage». C’est donc selon ce concept qu’ont été rajoutés au bâtiment d’origine la cafétéria et la boutique du musée qui propose des publications sur la flore et les cultures, des cartes postales, des CD-Rom sur l’architecture traditionnelle au Liban ainsi que des objets artisanaux et des produits du terroir. Le tout exposé dans des «youk» (niches) modelées et ornées d’éléments décoratifs par «fodda» (signifiant littéralement argent). Une femme des champs, façonnée au travail de la terre, et qui «s’est éclatée» à pétrir la glaise pour faire revivre un «art rural» tombé dans l’oubli.
Une collection d’objets ethnographiques
Le musée de Terbol, inauguré le vendredi 20 août 2004, comprend deux bâtisses reliées par un liwan.. La première, dédiée à la vie familiale, abrite le séjour et s’articule autour des «youk» (alcôves servant aux rangements), et du silo à grains ou «tabout» qui constitue la cloison avec la resserre. Le séjour, où se déroulaient toutes les activités, à l’exception des tâches ménagères, a été agencé selon le mode ancien. On y trouve un «diwan», un berceau, un coffre de mariée, un poêle en fonte (sobia), des tapis tissés (bsat ), une lampe à huile, un garde-manger (namlieh ), un moulin à café, un mortier et un pilon, un fer à repasser, une «tablié» autour de laquelle s’asseyait la famille pour manger, un sac à couture, une quenouille, etc. Dans la resserre où étaient engrangées les provisions de l’hiver, on y découvre les ustensiles qui servaient autrefois à la conservation de la «mouné» : des «kwara» ou silos mobiles, des récipients en bois déclinant les unités de volumes pour les céréales et les légumineux; des «fukkhara» pour l’eau potable, des grandes jarres (khâbiyé) pour stocker olives, huile d’olive, kishk et raisinés; des barattes; un «maajan», pour pétrir la pâte à pain, des tamis, des passoires, des «lakan» et des plateaux en cuivre rouge étamé… et la liste est longue. Dans la deuxième bâtisse, composée de plusieurs unités, entrent en scène les outils agricoles. Cette collection d’objets ethnographiques a été en grande partie constituée par Nehmé Saghbini, natif du village. La pièce d’à-côté accueille une exposition photographique retraçant les différentes étapes de la réhabilitation du musée. Une salle audiovisuelle permettra la projection de courts-métrages et de diapositives sur la vie, les usages et les coutumes du paysan. Au programme également, une promenade dans un jardin thématique aménagé pour familiariser le visiteur avec les cultures traditionnelles de la plaine : peupliers et genévriers, arbres fruitiers, vignes et potager de légumes et de céréales rythment le passage des saisons. Interrogée, il y a quelque temps, par L’Orient-Le Jour, Nayla Kettaneh Kuning, membre du comité exécutif de la Fondation nationale du patrimoine, initiatrice et chef du projet, avait indiqué que «des accords seront conclus avec les tours-opérateurs pour inclure Terbol dans un circuit d’écotourisme comprenant la visite des sites archéologiques de la Békaa et les domaines des vignobles avoisinants devraient participer à la valorisation de la région et déboucher sur une dynamique économique». De même, la Fondation fait appel à la création d’un rassemblement des Amis du musée de Terbol pour «assurer la continuité du projet», et permettre, ultérieurement, à la Fondation de s’intéresser à la mise en valeur du patrimoine dans d’autres villages. Et créer ainsi une chaîne d’écomusées. Signalons enfin que Mado Corm-Mellerio et Jean-Louis Mellerio ont signé la scénographie ; la paysagiste Isabelle Kuning, le jardin. Les cartels ont été préparés et rédigés par l’archéologue Nour Majdalani-Hakim et l’anthropologue Houda Kassatly qui ont été également chargées de la réalisation des films documentaires et du choix des objets exposés. Nicole Machnouk a été coordinatrice du projet.

May MAKAREM-L'Orient-LeJour



Juin 2004

Pierre Abi Saad présente son dernier ouvrage:
"Liban, Mémoires du temps. Les poissons fossiles"

L'aventure des poissons fossiles marque la vie de l'auteur depuis sa plus tendre enfance au point que cette passion a forgé son destin professionnel. On connait ainsi le premier musée de poissons fossiles au Liban dans la cité de Byblos, on pourra désormais se référer à un livre sur le mêm sujet et sous forme d'atlas avant de découvrir prochainement un nouveau musée de poissons fossiles à Beyrouth, au sein de la Planète de la Découverte.
Invité à présenter son livre par Mr Frédéric Clavier, chef de la Mission Culturelle Française au Liban et par Mr Jarjoura Hardane, Doyen de la Faculté de Lettres de l'USJ, Mr Abi Saad a levé le voile sur un ouvrage en deux parties; l'une portant sur l'histoire des fossiles, l'autre sur les espèces et la diversité de la faune et de la flore.
Il a par ailleurs insisté sur le fait que ce résultat est le fruit d'une étroite collaboration avec Mireille Gayet, directrice de recherche au CNRS, et Anne Belouze, agrégé de sciences naturelles. Ce livre qui se veut scientifique mais aussi vulgarisateur, a pour objectif de sensibiliser tous les libanais à la richesse patrimoniale de leur pays.



Mai 2004

La Banque mondiale, la France et l'Italie au secours du patrimoine libanais

Le renouveau économique passe par la mise en valeur du patrimoine et d’un environnement continuellement agressé. Un prêt à hauteur de 62 millions de dollars a été accordé par la Banque mondiale, la France et l’Italie, pour créer les conditions d’un meilleur développement et améliorer la qualité de vie dans cinq villes historiques, en l’occurrence Tripoli, Byblos, Saïda, Tyr et Baalbeck. Placé sous la houlette du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), le projet vise à développer le potentiel archéologique et touristique des cinq sites historiques. Ce prêt important, rappelons-le, est resté en suspens pendant quatre ans à cause des zizanies et des tiraillements politiques. Il a été avalisé in extremis par le Parlement le 27 janvier dernier, lorsque la Banque mondiale a menacé de l’annuler (1).
C’est donc pratiquement au «dernier quart d’heure» que le prêt a été sauvé, permettant la mise en œuvre d’un plan dont la gestation avait débuté en 2001. Un constat précis de l’état des lieux a été établi. Des études portant sur le tissu urbain, architectural, économique et social ont été mises au point. Un budget relatif à chaque ville a été retenu par les experts. Le chiffre reste toutefois confidentiel. Les dossiers d’exécution, élaborés suivant une approche équilibrée entre la conservation du patrimoine archéologique et l’aménagement urbain, seront adjugés à la fin de l’année. Les travaux débuteront en 2005 et devraient être achevés dans les cinq années à venir, c’est-à-dire en 2010. Établies par la Banque mondiale, les règles et les procédures relatives aux adjudications sont très rigoureuses, indique M. Jean Yasmine, responsable du chapitre archéologie.
Culture Heritage and Urban Development (CHUD) est le nom donné à ce projet.
Il requiert la collaboration de nombreuses institutions étatiques, notamment les ministères des Travaux publics et de l’Énergie, chargés de l’exécution de plusieurs projets d’infrastructure dans les villes, mais aussi les ministères de la Culture et du Tourisme, les municipalités, la Direction générale des antiquités (DGA), la Direction générale de l’urbanisme (DGU) et l’Unesco. Le CHUD devrait bénéficier du soutien et de la volonté commune des forces actives et des collectivités locales, condition sine qua non pour réussir ce travail d’intérêt général. Des campagnes de sensibilisation à la valeur de l’héritage culturel sont menées auprès de la population, attirant son attention sur l’importance du tourisme culturel comme source de revenu. En effet, pour marquer ses objectifs à long terme, créer du travail, éradiquer la pauvreté et la stagnation économique, le plan met l’accent sur la synergie culture/ économie. «Il est centré sur une approche stratégique pour protéger, conserver et mettre en valeur le patrimoine culturel du pays qui agira comme moteur pour la promotion du tourisme et le développement économique», souligne Jean Yasmine. Le chantier, qui comprend trois volets, concerne tout d’abord la réhabilitation des centres historiques et l’infrastructure des villes. En clair, il s’agit de l’organisation globale de l’espace, de l’embellissement des espaces publics, de la réorganisation du trafic routier, la création de parkings, la protection et l’aménagement des façades maritimes. Le plan vise aussi à promouvoir les activités culturelles, les métiers traditionnels et les services relatifs au patrimoine et au tourisme. Il lorgne également du côté d’un dispositif législatif relatif au bâtiment et propose de mettre en place un règlement d’urbanisme approprié aux quartiers historiques et à leurs zones limitrophes. En bref, il s’agira de définir les mesures juridiques permettant à la DGU et aux municipalités d’exercer une autorité réelle pour stopper l’érosion du patrimoine, ou toute sorte de dégradation de l’environnement.
Colonnes romaines en péril

La conservation et la gestion des monuments archéologiques, principalement ceux de Baalbeck et de Tyr, constituent le deuxième volet du projet. Pour une meilleure compréhension des sites, des sondages, des explorations et des recherches scientifiques y seront menés. Les travaux seront suivis de documentations et de publications. En effet, faute de rapports de fouilles, mis à part une publication de l’émir Maurice Chéhab sur la période médiévale et une autre relative à 700 m2 d’explorations menées récemment par la DGA, les opérations archéologiques entreprises à Tyr, dans les années 70, n’ont pas été accompagnées de relevés ou d’études scientifiques détaillées. Par conséquent, «un gros travail, relatif aux fouilles, à la documentation et à la consolidation des vestiges, attend les spécialistes», révèle M. Yasmine. Il ajoute que le sous-sol de Tyr engrange quelque 600000 m2 d’installations à caractères urbains ou culturels, appartenant à différentes périodes, allant de l’âge du bronze à la période médiévale et même à l’ottoman tardif. Côté Baalbeck, le spécialiste indique que mis à part l’engagement allemand pour la création du musée de Baalbeck, aucune action scientifique n’a été menée pour la consolidation des structures ou la mise en valeur des monuments, depuis 1975. Or «Baalbeck est situé à proximité de la faille de Yammouné, et l’impact des mouvements sismiques sur les édifices archéologiques est à prendre en considération, a dit M. Yasmine. Dépourvues de tout support architectural, les colonnes du temple de Bacchus ou de Jupiter risquent de s’effondrer si un tremblement de terre de plus de 3 degrés a lieu. Elles connaîtront le même sort que celui des trois autres effondrées dans les années 50. Il est par conséquent urgent de les consolider». La pollution de l’air par le CO2 dégagé des pots d’échappement des véhicules et des pesticides utilisés dans les terrains agricoles autour de la cité antique de Baalbeck est également un facteur non négligeable dans la détérioration de la pierre antique. «Une étude comparative, faite à partir des photographies prises par la mission archéologique allemande au début du siècle passé, a pu établir une dégradation avancée des vestiges. Si on laisse les choses en l’état, d’ici à 100 ans les monuments pourront fondre comme cire au soleil», signale M. Yasmine, ajoutant qu’en raison de l’air marin, l’état des vestiges à Tyr est tout aussi inquiétant. La restauration et le traitement de la pierre des édifices sont donc prévus dans le plan. La consolidation des monuments sera suivie de la mise en valeur des sites: éclairage de la pierre, organisation de circuits thématiques, installation de panneaux signalétiques, construction de pièces destinées à la billetterie et au gardiennage, aménagement de parking, etc. Au programme également, l’inventaire des pièces archéologiques qui se trouvent dans les dépôts de la DGA, afin de les présenter dans les musées des sites.
Restructuration de la DGA
La DGA, la DGU et les municipalités étant les principaux acteurs de ce projet, leur «renforcement institutionnel» est capital pour maintenir en place les objectifs du projet. Aussi, pour améliorer le rendement des fonctionnaires et les sensibiliser aux questions de gestion et d’aménagement des villes historiques, des sessions de formation seront organisées, au cours des cinq prochaines années, par le CDR qui fournira aussi l’assistance technique et l’expérience du personnel durant la réalisation du projet. Le plan se penche également sur la restructuration de la Direction générale des antiquités (DGA), parent pauvre de l’Administration. Avec un budget annuel de quatre milliards de livres libanaises et un effectif humain réduit au minimum, la DGA peut à peine répondre aux besoins de fonctionnement courants. Or il lui est demandé de conduire une tâche écrasante et multiforme: entretenir et surveiller les lieux, restaurer un patrimoine endommagé, protéger des sites menacés ou déjà envahis par une urbanisation galopante, prendre des mesures concernant l’aménagement de leurs abords. Mais tout cela ne peut se faire sans les crédits nécessaires et sans des équipes spécialisées. Selon M. Yasmine, «seulement huit archéologues sont affectés à la DGA et un seul architecte restaurateur, Khaled Rifaï, qui n’est même pas cadré. Il est contractuel». Le projet CHUD va enfin combler les lacunes et permettre de développer le potentiel archéologique et touristique des cinq villes historiques. Il compensera le handicap dont elles souffrent sur ce plan, par rapport à Beyrouth, et les aidera à dessiner leur avenir.

May MAKAREM-L'Orient-LeJour


La préservation du village de Salima est un projet franco-libanais conçu pour la réhabilitation globale du village de Salima.
Cette petite localité située dans le Metn est réputée pour sa place publique entourée de sérails et de vieilles demeures. Le projet est parrainé par l’association Patrimoine Sans Frontières, l’Apsad, et la Faculté d’Architecture de l’Université Libanaise de Tripoli et a été baptisé ‘Réinventer l’espace public ". Dans cet objectif, les étudiants ont effectué un inventaire de l’ensemble des édifices historiques du village et ont même réalisé des maquettes de ces monuments qui ont déjà fait l’objet d’une exposition à l’Institut du Monde Arabe à Paris en septembre 2002.
Pour la troisième année consécutive, en collaboration avec l’Institut français d’architecture (IFA), l’Association pour la protection des sites et anciennes demeures au Liban (APSAD) et l’Alliance internationale des Libanais pour l’éducation et la solidarité
(AILES), Patrimoine sans frontières investit le village de Salima. Il faut dire que la réussite de l’Atelier 2002 a ouvert la voie à de nombreuses propositions, tant de la part des associations partenaires que des architectes et des habitants, donnant naissance au festival SEIL (Salima entre invention et liberté). Il se déroule du 18 au 31 août 2003 et s’articule autour de la rénovation des fontaines du village.

Salima, le village ressuscité par l'Hebdo Magazine
Echappée à Salima

Festival SEIL (Salima entre invention et liberté)


Entre «invention et liberté», la réhabilitation des fontaines publiques est à l’honneur cet été

Au-delà de la programmation d’événements culturels (musique, cinéma, ateliers pédagogiques, etc.), «l’objectif de ce festival est de mettre en valeur les atouts et qualités du village – son environnement bâti et naturel – en suscitant un tourisme vert, facteur de développement économique. Notre but est d’aider à reconstruire et à redynamiser une région, tout en préservant le patrimoine architectural et environnemental», affirme Mme Béatrice de Durfort, présidente de Patrimoine sans frontières (PSF). Rappelons que l’atelier d’architecture de l’édition 2002 a permis de répertorier les ressources humaines et les richesses patrimoniales de Salima dont le sérail et la place d’armes (midan) datant du XVIe siècle, sept églises, deux sanctuaires druzes, plusieurs magnaneries du XIXe siècle et des dizaines de demeures anciennes. Mais aussi, un réseau de fontaines, méritant réhabilitation et valorisation, autour desquelles les architectes Habib Debs et Bernard Khoury, l’Atelier de recherches de l’Alba et Table rase ont réinventé un espace public. Leurs projets seront réalisés avec l’aide des 30 étudiants en architecture venus des écoles françaises et libanaises (Lille, Marseille, Versailles, Paris-La Villette, Paris Belleville, Alba, Deir el-Kamar et Tripoli). L’opération est financée par le PSF. Les fontaines rénovées seront inaugurées le samedi 30 août et constitueront «un lieu d’échanges entre les différentes communautés», a souligné Mme Durfort, ajoutant que l’objectif de son organisme est de «convertir un patrimoine à charge, témoin des déchirures communautaires, en un bien commun (...), de favoriser la reconstruction d’une identité commune, grâce à la réappropriation par la population d’un lieu de rencontre à forte charge symbolique».


Salima, un village à reconstruire dans la pure tradition architecturale

Photo, vidéo et site Internet

Une exposition de photos sur Salima est prévue à l’Institut national du patrimoine, à Paris. De même, des reportages vidéo, portant sur l’ensemble des manifestations du festival SEIL (format de 13’ ou 26’) seront réalisés par Michel Tabet et Olivier Koches (vidéastes journalistes). Des reportages photographiques relatant divers aspects de la vie quotidienne au village (pratiques sociales, vie religieuse, cadre architectural et patrimonial) seront signés René-Paul Savignan et Prune Brenguier (photographes-vidéastes). Toutes ces images constitueront un documentaire complet au terme de l’opération, en 2007. La matière produite donnera lieu à la création d’un site Internet- Salima.

Cinéma et musique

Pour faire revivre tous les espaces du village et réinvestir un patrimoine commun à tous, Beirut DC (association qui cherche à produire, à promouvoir et à distribuer des films non commerciaux et à organiser des ateliers de formation) et «..né. à Beyrouth» (association travaillant à la promotion et à la diffusion du cinéma contemporain libanais) présenteront, sous le thème «Le cinéma libanais d’aujourd’hui», des projections de courts, moyens et longs métrages, suivies de rencontres/débats avec les réalisateurs et les acteurs.

Parallèllement, l’association libanaise dédiée à la recherche, la création et le développement de la musique improvisée libre au Liban (MILL) organise dans la forêt du village, le vendredi 22 août, un concert (en soirée) et un atelier d’initiation pour enfants et adultes (à 14 heures).


Dossier réalisé avec le concours de
May MAKAREM


Août 2003

>>> La Ciné-Caravane de la Mission Culturelle Française à SALIMA
le Jeudi 28 août
avec la projection du film Harry, un ami qui vous veut du bien
(sélection du festival de Cannes 2002)


Guerres et Paix:
Réinventer l’espace public à Salima

l’APSAD ( Association pour la protection et la Sauvegarde des Anciennes demeures (Liban ) et PSF ( Patrimoines Sans Frontières ) (Association loi de 1901, France ) ont lancé un projet pour l’aménagement de la place centrale de Salima, village libanais situé à une trentaine de kilomètres de Beyrouth. Ce village constituait, sous l’empire Ottoman, le siège des émirs Abillama qui gouvernaient la partie centrale de la montagne libanaise. Du fait de la préservation à travers le temps, de nombreux édifices témoins de cette époque et du rôle prééminent de ce village, qui a souffert des ravages de la guerre du Liban ( 1975 - 1991 ), une équipe d’architectes et d’enseignants libanais collabore avec les habitants de Salima, afin d’éviter qu’une reconstruction massive fasse fi de cet héritage historique. PSF et l’Institut français d’Architecture proposent à des étudiants en architecture français et libanais, en collaboration avec l’APSAD, un atelier autour des thèmes de la reconstruction de territoires historiques déchirés par la guerre. Cet atelier s'est déroulé du 18 au 29 août 2002, avec les participations et interventions de Jade Tabet, Habibs Debs, Fadlallah Dagher, Hana Alammudine, Joumana Ghandour, Mona Hallak, Matthieu Ollagnon, et Béatrice de Durfort ( Présidente de PSF) , Fiona Meadows ( Responsable du Salon d’actualité de l’IFA) .
Avec la participation de l’Ecole d’Architecture de l’Académie des Beaux-arts , Beyrouth; La Faculté d’Architecture de l’Université libaniase, Tripoli, et la Lebanese Américan University et des écoles d’architecture de Paris-La Villette, de Marseille Lumigny et de Nantes-Atlantique.

Renseignements en France:
Clarisse Chappaz PSF 61, rue François Truffaut 75012 Paris Tél : 01 40 02 05 90 / fax : 01 40 02 05 91 mailto:info@patrimsf.org

Un objet design

À Aïn el-Qamar, à proximité de l’école publique du village, travaillent l’équipe de Table rase, l’architecte Sophie Skaff et la designer Yasmina Skaff. À partir d’une structure existante, mélange de béton et d’aluminium, elles ont remodelé tout un espace et imaginé une fontaine. « Valoriser un volume créé par pur besoin et conçu sans aucun souci esthétique ; exploiter en second lieu l’apport extérieur-intérieur » sont les intentions à l’origine de la régénération de la construction, indique l’architecte. Tout d’abord, la démolition de la façade ouest a permis de libérer l’accès au bassin et de rendre toute la lumière aux espaces intérieurs. Le plafond de la pièce, peint en blanc vernissé, fera miroiter les reflets changeants de l’eau et des arbres. Ensuite, pour « favoriser le contact visuel », 17 ouvertures, clin d’œil aux 17 fontaines du village, ont été pratiquées sur la façade nord, là où la vue caresse la montagne et la vallée. En forme de meurtrière étroite et longue, chacune sera équipée d’une cruche contemporaine, un « objet design » en cuivre, ressemblant à une flûte et fixée sur une baguette indémontable. Une rallonge de 50 centimètres de long permet de la manier avec aisance, pour y boire directement ou remplir son gallon. Sur chaque flûte sera gravé le nom de la fontaine, « Aïn el-Qamar », autour de laquelle sera créé un espace vert mettant en scène chèvrefeuilles de bois et tonnelle de vignes. Le toit de la construction, situé à hauteur de la route, sera par ailleurs aménagé pour accueillir deux bancs et une table. Leur structure en béton qui abrite les réservoirs d’eau et les gaines techniques de l’électricité et de la plomberie, sera revêtue de bois de « qotran » (bois à consistence très dure qu’on trouve dans certaines régions du Moyen-Orient). Quant à la réhabilitation de Aïn as-Saha (fontaine de la place des armes ou midane), elle a été confiée au groupe d’architectes de l’Atelier de recherches de l’Alba : Rana Haddad, Pierre Hage-Boutros et Gregory Buchakjian. « La fontaine datant des années 1920 est en bon état de conservation. Notre intervention s’est limitée à faire nettoyer la pierre, niveler le sol, planter les deux jardinets qui bordent la fontaine, reconstituer le muret de clôture en partie détruit et construire des bancs publics », a indiqué l’architecte Pierre Hage-Boutros, ajoutant que son groupe a été également désigné pour réinventer l’espace public autour de Nabeh al-mouhayyar (la source des dilemmes). Situé entre deux routes, l’une haute et l’une basse, le site, traversé de part et d’autre par des escaliers, offre une esplanade avec fontaine et bassin. Comme le nom de la fontaine l’indique, l’eau prend divers parcours, suivant une ligne sinueuse, avec de nombreux tours et détours. Le projet élaboré racontera, à travers une série de petites interventions, l’histoire de l’eau. À titre d’exemple, des roues hydrauliques, de grandes tiges en bois fixées sur rotule tout au long du canal d’irrigation qui suivront le mouvement d’ondulation de l’eau, et pour éviter les glissements, des anneaux de métal (matériau antidérapant qui brille la nuit) ont été incrustés dans le sol. Au menu également, un auvent à la structure tubulaire qui portera une vigne, des bancs et un cabanon pour les enfants.
Signalons enfin que ces projets ont été réalisés par des étudiants en architecture dont 15 sont venus de Marseille-Luminy, de Versailles, de Paris-la Villette, de Paris-Belleville, et 20 de l’Université libanaise et de l’Alba.


Salima 3e édition: développement et préservation s’inscrivent sur le site


Traditionnellement habité par deux communautés (druze et chrétienne), ce village est l’un des premiers à avoir subi des destructions importantes, lors du déclenchement de la guerre dans la montagne. Il est également l’un des derniers à attendre encore le retour d’une partie importante de sa population. Ce retard lui a néanmoins permis d’échapper à la reconstruction massive et anarchique qui a défiguré nombre de villages à caractère historique dans le Mont-Liban. L’état de conservation des lieux et la qualité de son paysage architectural ont été jugés «assez exceptionnels» pour susciter un projet de préservation novateur. L’APSAD et une équipe d’architectes et d’enseignants libanais ainsi que les associations françaises Patrimoine sans frontières et l’IFA collaborent étroitement depuis trois ans, dans le cadre d’une réflexion sur la protection du site. Pour un rappel des faits, c’est suite à un appel lancé par l’APSAD que Patrimoine sans frontières a effectué, en 2001, ses premières missions de repérage et de diagnostic. L’engagement des ministères de la Culture et des Déplacés dans un processus innovant et qualitatif a achevé de convaincre l’organisme international de s’engager et de soutenir les démarches initiées en vue de la préservation de ce village du Metn. Pendant ce temps, l’APSAD s’instaure maître d’ordre à Salima, contribuant techniquement et financièrement à la mise en place d’un plan directeur de reconstruction qui sera adopté par la Direction générale de l’urbanisme. L’association dresse également l’inventaire des bâtisses anciennes dont plus de 80 seront estampillées «bâtiment à caractère historique» par le ministère de la Culture. De même, une procédure de suivi des permis de construire est mise au point avec le ministère des Travaux publics et la Direction générale de l’urbanisme. Dans une action visant à aider l’habitant, l’APSAD établit un partenariat avec 14 compagnies libanaises spécialisées dans la vente de matériaux de construction (béton, pierres, sanitaires, peintures, etc.). Elles accordent le matériel nécessaire à la restauration au prix de revient ou à un prix réduit. M. Assem Salam, président de l’APSAD, considère que le projet, impliquant les pouvoirs publics et mobilisant citoyens, entreprises privées et ONG, mise sur «l’exemplarité d’une action expérimentale, dont la réussite pourra déboucher sur la mise en place de véritables outils opérationnels, permettant d’élargir le champ de sauvegarde du patrimoine culturel, social et architectural, à d’autres secteurs géographiques du Liban». En effet, le projet suscite un intérêt grandissant chez les habitants d’autres villages – principalement Abey et Mtein – qui tentent de développer la même démarche dans leur commune. La participation, par ailleurs, de l’Alliance internationale des Libanais pour l’éducation et la solidarité (AILES), au festival SEIL, «permet d’introduire la notion du patrimoine dans son activité éducative et culturelle (...). Protéger notre mémoire pour nous projeter dans un avenir pacifié et harmonieux: c’est ainsi que nous concevons l’évolution de notre société et à cette fin, nous œuvrerons passionnément sans relâche», déclare M. Rami Adwan, président d’AILES, qui a pris en charge, pour la seconde année consécutive, l’animation de l’espace public, proposant bibliobus, jeux, lectures, cours de français et, en collaboration avec l’association MILL, des ateliers de «Musique improvisée libre»... Diffusant en sourdine une vision de Salima et de multiples alternatives à son développement et à sa préservation.



Le Festival SEIL et le Village de Salima
dans le site de l'APSAD


Conférences

Plusieurs conférences seront données dans le cadre du festival SEIL, à Salima.

mercredi 20 août, à 10 h: «Complexité et échelles des espaces publics au Liban» par Michaël Davie, géographe, chercheur, enseignant à l’université de Tours.
Jeudi 21 août, de 10 à 12h30: « Analyse typologique et morphologique du bâti dans les villages de montagne libanaise » avec Habib Debs, architecte-urbaniste, enseignant à l’AUB et à l’Alba. La parole sera ensuite donnée à Pierre Hage-Boutros, Rana Haddad et Grégory Buchakjian, membres de l’Atelier de recherches de l’Alba, qui débattront sur les «Points d’eau: dispersion des fontaines, proximités imprévisibles qu’elles peuvent révéler, récits qui les portent, singularité de leur quotidien.
Comment, à la fois, s’approprier une fontaine et la mettre en commun?»
Vendredi 22 août, à 10h : conférence/débat avec Bernard Khoury, architecte, professeur à l’AUB.
Lundi 25 août, de 10h à12h30 : «Matières d’identité» par Georges Arbid, architecte et historien de l’architecture, enseignant à l’Alba et à l’ AUB .
Mardi 26 août, à 10h: place à «L’eau et l’enfant» avec Yasmina Skaff (cofondatrice de Table rase) et Sophie Skaf (architecte, cofondatrice de Table rase).
Mercredi 27 août, à 10h: Mathieu Lucas, étudiant de fin de diplôme de l’École d’architecture de Lille, racontera «Les magnaneries de la région de Salima».


Alerte au patrimoine mondial

L’association Patrimoine sans frontières, présidée par Mme Béatrice de Durfort, a été créée en 1992.
Avec le soutien du ministère de la Culture, elle mène des opérations d’alerte, de préservation et de sensibilisation en direction du patrimoine culturel international, dans des situations de danger ou de disparition imminente. Les actions de Patrimoine sans frontières constituent des réponses apportées à des demandes issues des populations locales concernées. L’association dirige ses efforts vers les oubliés du patrimoine quels qu’ils soient: sites, ensembles, bâtiments, objets, savoir-faire, etc. Dont la portée symbolique et affective constitue un élément essentiel pour que se transmette la mémoire des peuples. Structure légère et indépendante, le fonctionnement de PSF repose sur l’établissement d’un réseau multidisciplinaire de professionnels en France et à l’étranger, et sur l’établissement de partenariats avec des organismes publics et privés.

Salima, village à environ 30 km de Beyrouth habité par deux communautés, druze et chrétienne, est l’un des premiers villages à avoir subi des destructions lors du déclenchement de la guerre civile libanaise dans la montagne. Il est également l'un des derniers à attendre encore le retour d'une partie importante de sa population. Ce retard lui a néanmoins permis d'échapper à la reconstruction massive et anarchique qui menace le patrimoine architectural des villages du Mont-Liban. Le village possède une architecture qui reflète une prééminence, due à l’installation des émirs Abillamaa en 1515, sur le plan politique (le Sérail ou palais des émirs, la dernière extension daterait de 1796), sur le plan économique (plusieurs usines à soie du XIXe siècle dont le caractère architectural est remarquable) et sur le plan religieux (six églises anciennes à travers le village et un sanctuaire druze). PSF s'investit dans une action de mise en valeur, de réhabilitation et de ré-appropriation de la place du village, lieu de rencontre des populations.


Inauguration des quatre fontaines retrouvées à Salima

Maison typique à proximité du site qui abrite Nabeh el-Mouhayyar, ou la source des dilemmes.

Jugés « assez exceptionnels », l’état de conservation de Salima et la qualité de son paysage architectural ont suscité un projet de préservation novateur. Afin d’éviter une reconstruction massive et anarchique, l’Apsad et une équipe d’architectes et d’enseignants libanais ainsi que les associations françaises Patrimoine sans frontières et l’Institut français d’architecture collaborent depuis trois ans avec les habitants de la localité dans le cadre d’une réflexion sur la protection de l’environnement et du patrimoine. Les repérages et les évaluations menées en 2002 par les équipes mixtes libano-françaises ont permis d’établir une première cartographie des richesses humaines, spatiales et patrimoniales. Outre le sérail et la place d’armes (midane) datant du XVIe siècle, le village est truffé de vieilles demeures à caractère architectural remarquable, de magnaneries construites au XIXe siècle, six églises anciennes et un sanctuaire druze. Les études ont révélé également un réseau de 17 fontaines de qualité qui, selon les experts, méritent réhabilitation et valorisation pour redevenir des lieux de retrouvailles entre les jeunes générations de Salima. Aussi, trois équipes d’architectes libanais ont-elles réinventé un espace public autour de quatre fontaines choisies par la municipalité. Entièrement financées par Patrimoine sans frontières, elles ont été inaugurées le 30 août 2003.
Tout d’abord, Aïn el-Horch, où officie l’architecte urbaniste Habib Debs. Située au pied d’une vieille magnanerie et emmurée tristement dans le ciment, la source était, de mémoire d’habitant, un réservoir qui emmagasine l’eau conduite par canalisation de Qornayel, le village voisin. Le spécialiste décide alors de gommer cette laideur en recomposant une création pure et simple. Mais alors que les murs sont démolis et que les ouvriers creusaient la terre pour aménager l’emplacement de la nouvelle architecture, la source originelle jaillit des grosses pierres datant d’une centaine d’années. Dès lors, Habib Debs rejette le projet élaboré initialement pour se fier, au fur et à mesure des découvertes, à l’inspiration.
Le concept retenu est basé sur la construction d’une sorte de « cadre ouvert qui montre le miracle de l’eau sortant de la terre. Un cube parfait de béton blanc, 2m x 2m x 2m, qui tranche vivement avec la palette de la nature et qui sera l’unique élément artificiel de l’intervention», indique l’architecte, précisant que «la source découverte sera insérée telle quelle dans le cadre blanc, c’est-à-dire dans un U renversé, faisant office de portique protégeant les habitants de la pluie en hiver et qui, en même temps, laisse la source, canalisée dans un plan d’eau, bien en vue». Se détachant comme une empreinte résolument contemporaine, le nouvel ouvrage révèle le passé et laisse à l’air libre et à la curiosité des regards les réfections d’antan, réalisées avec des moellons de blocs. La fontaine sera, par ailleurs, prolongée par une aire de cultures en terrasses que traverse un vieil escalier menant à la magnanerie. Un banc de pierre érigé à l’ombre d’un vieil olivier est également prévu dans le projet. « Nous avons voulu créer un endroit où tous les sens seraient sollicités : à la fois voir l’eau, entendre son bruit et sentir les fragrances des douces odeurs exalter la nature », explique Habib Debs. En bref, intérieur et extérieur, détail et volume général s’amusent entre eux, se renvoient leurs dessins, pour susciter des architectures particulières, unifiées par une ligne dynamique, simple et belle.



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Un nouveau musée au Liban

Le « Musée du patrimoine libanais »

présente pièces antiques, documents historiques et des tableaux de maîtres
L’art dans sa diversité au bâtiment du téléphérique à Jounieh

Reconstitution de la chambre d’un moutassarref.

Au sein du bâtiment abritant la centrale téléphérique de Jounieh, quelque 700 mètres carrés déployés en U accueillent la collection de la « Fondation Semaan Joseph al-Ehdeny » qui avait reçu en 2002 le feu vert des ministères de la Culture et du Tourisme pour se transformer en « Musée du patrimoine libanais ». L’espace qui a été inauguré le 5 septembre 2003 mettra en scène un ensemble d’objets de fouilles archéologiques, de documents historiques et d’œuvres d’art islamiques et contemporaines signées César Gemayel, Khalil Salibi, Habib Srour, Daoud Corm et Saliba Doueihy.

« Des pièces certifiées authentiques par les spécialistes libanais Charles Mazloum et Johnny Khalil Sarkis, mais aussi par l’Alliance européenne des antiquaires », indique M. Simon Khazen, héritier de la fondation. L’exposition fait la part belle au héros de la jacquerie Youssef bey Karam (1823-1889), au « juge fondateur de la cour d’appel », Semaan Khazen (1898-1973) et à l’historien et ancien ministre des Affaires étrangères, Jawad Boulos. C’est malheureusement au rythme des secousses et des ondes de vibration infligées par l’envol ou l’atterrissage des cabines téléphériques que le visiteur découvre la trace émouvante des différentes civilisations. S’offrant comme un parcours chronologique, l’archéologie décline des bijoux phéniciens en pâte de verre et des figurines en terre cuite représentant des déesses de la fertilité ; des vases en terre cuite remontant au VIIe siècle avant J-C. De l’époque romaine, défilent des statuettes en bronze représentant différentes divinités, une tête de femme en pierre calcaire, des chapiteaux corinthiens et des bases de colonne en basalte. Le parcours est ponctué d’un petit autel avec inscriptions grecques, d’un linteau de porte en trois pièces à motifs décoratifs, de moulins à grains et de chapiteaux funéraires de l’époque mamelouke. Le chapitre byzantin dévoile, pour sa part, une mosaïque, un bénitier, un couvercle de sarcophage orné de croix byzantines et de décorations géométriques en pierre volcanique noire datant du V siècle après J-C. Également dans la collection, une base de colonne en basalte de Horan (VIe siècle après J-C), des pierres tombales islamiques en marbre blanc et un panneau iranien en céramique décoré de calligraphies koufiques datant du XVIIe siècle, des arcs de porte et des moucharabieh, sculptés en pierre calcaire du XIXe siècle.

Dans une vitrine trônent des Corans sacrés et des enluminures datant du VIIe siècle. Sur un autre étalage sont exposés des bracelets, des colliers, des pendentifs et des boucles d’oreille qui remontent à une période récente. Se distinguant chacune suivant le style adopté par les différentes tribus, des ceintures en argent ciselé tapissent un pan de mur. Au menu également, des « cash pouch » (besace) ; des « sarmas » (de la soie brodée de fil d’or) et le lit d’un gouverneur ottoman, du XIXe siècle. Un grand espace est ensuite réservé à un personnage haut en couleur, Youssef bey Karam (1823-1889), héros de la jacquerie. Sont présentés : des pièces d’armes lui ayant appartenu, ses vestes de coton coloré brodé, ses tenues d’apparat en velours rouge richement brodées de fil d’or, ses livres et des dizaines de manuscrits écrits de sa main qui racontent un pan de l’histoire du Liban. Place aussi aux œuvres de l’historien et ancien ministre des Affaires étrangères Jawad Boulos (1900-1982). « La fondation possède plus de 200 manuscrits et 5 000 ouvrages ayant appartenu au disparu », souligne M. Khazen.

Un peu plus loin, une atmosphère toute particulière se dégage du bureau (mobilier) et de la bibliothèque de cheikh Semaan el-Khazen al-Ehdeny (1898-1973), « juge fondateur de la cour d’appel libanaise », historien et auteur de nombreux ouvrages. Simon Khazen révèle que la bibliothèque de son aiëul renferme quelque 495 documents historiques, 333 manuscrits, un millier d’ouvrages anciens illustrant diverses périodes de l’histoire du Liban (entre 1770 à 1920), mais aussi ses publications et des écrits inédits. Au rendez-vous aussi des grands peintres, César Gemayel, Khalil Saleeby, Habib Srour, Daoud Corm et Saliba Douaihy (1912-1994). « La fondation a travaillé de longues années pour réunir cette collection, et si nous avons choisi le bâtiment du téléphérique, c’est parce que nous n’avions pas trouvé un autre local disponible et à la portée de notre bourse. Il faudrait toutefois savoir que le téléphérique est le lieu le plus fréquenté du Liban : on y compte quelque 350 000 visiteurs par an », souligne M. Simon Khazen. « Un passage obligé donc, et des plus agréables, vers le musée qui ouvrira ses portes vendredi aux amateurs d’art et d’histoire », conclut-il.



Tourisme et Loisirs tournés vers la découverte du patrimoine libanais:
« Esprit-nomade »

Aventures et vagabondages

Depuis quelques années, l’écotourisme occupe une place prédominante dans la vie des Libanais. Les uns s’y adonnent pour fuir le vacarme de la ville et retourner aux sources, les autres par amour du sport. Et les sociétés, les agences et les clubs qui offrent une panoplie d’activités de plein air pour tous les goûts «champignonnent» partout. « Esprit-nomade » est la dernière-née de ces sociétés. Fondée en 2003 par Nidal et Vincent Ghorayeb, elle offre une alternative aux activités classiques de la ville, les samedis soir. À l’heure où la majorité des agences d’écotourisme choisissent le dimanche pour organiser des activités, «Esprit-nomade» a opté pour les samedis après-midi. La raison? Nombreuses sont les personnes qui préfèrent, le dimanche, faire la grasse matinée plutôt que de se réveiller avec le chant du coq. « Le but de notre agence est de faire découvrir aux participants une autre facette du Liban, où la beauté de la nature se mêle à la richesse archéologique, explique Nidal Ghorayeb. Pour cela, nous cherchons lors de nos sorties à faire connaître le patrimoine naturel et culturel du Liban, à participer au développement des régions rurales et à leur conservation. Nous nous efforçons de même de changer certaines mentalités, et cela en incitant les participants à nos sorties à participer à des actions d’utilité publique. » Ainsi, lors d’une sortie, les randonneurs se trouvent en train d’aider à la cueillette des fruits pour une heure de temps environ, avant de poursuivre leur marche ou leur sortie à vélo. « Nous prévoyons également lors de nos randonnées des pêches nocturnes, des conférences pour sensibiliser les gens au patrimoine et des visites culturelles de sites connus ou encore ignorés des Libanais, note M. Ghorayeb. Nous proposons des programmes hebdomadaires ou encore du sur-mesure à l’intention de groupes privés.» «Le Liban est idéal pour les activités d’écotourisme, poursuit Nidal Ghorayeb. C’est un pays riche en sites classés sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. Il renferme aussi plusieurs réserves naturelles, des centaines d’églises et de mosquées historiques, sans oublier les temples romains, dont la majorité est inconnue. C’est un pays qui se distingue aussi par sa biodiversité et par son climat, qui permet de pratiquer les activités de plein air en toutes saisons.»
Activités bénéfiques aux populations rurales
Mais c’est aussi un patrimoine fragile, menacé par les constructions anarchiques de béton qui envahissent les villes, défiguré par les carrières qui éventrent les montagnes. Sans compter que les sites historiques subissent des actions de vandalisme. «La densité démographique en expansion dans un espace géographique limité demeure à mon avis la principale source de danger, estime M. Ghorayeb. À cela s’ajoutent l’absence ou la non-application des lois qui protègent le patrimoine, ainsi que l’absence d’une culture écologique dans la société libanaise. Nous essayons à travers nos activités de sensibiliser les gens à la nécessité de conserver le patrimoine.» Ces activités sont aussi bénéfiques aux populations rurales. «Nous incitons les randonneurs à faire des achats dans les régions que nous visitons, ce qui assurera des revenus financiers immédiats bien que modestes aux habitants, indique M. Ghorayeb. Ces derniers seront de même encouragés à maintenir leur mode de vie traditionnel.» Les frais de la sortie sont fixés entre 20 et 25 dollars, en fonction des services inclus. Ceux-ci comportent en général le transport, une randonnée avec un guide et un repas rural. «Certains estiment que nos prix sont élevés, note le fondateur d’«Esprit-nomade», mais il est contre nos principes de céder au tourisme de masse. Nous tenons à assurer une bonne qualité de services, ainsi que le bien-être et le confort des membres du groupe que nous accompagnons. Par ailleurs, le prix d’une journée est presque égal à celui d’un repas en ville.» Et de conclure en insistant sur le fait que ces activités ne conviennent pas aux personnes «sensibles à nos principes» ou qui recherchent le luxe.


Pour de plus amples informations, appeler au 03/223552 ou visiter le site web de l’agence à l’adresse
www.esprit-nomade.com


Du Nord au Sud du Liban, opérations en cours pour le sauvetage des sites historiques et du Patrimoine libanais
Objectifs: Améliorer le recrutement dans les métiers de la culture, du tourisme et du patrimoine. Encourager les investissements privés dans ce secteur. Augmenter le nombre de bâtiments historiques restaurés et l’étendue d’espaces publics réhabilités à caractère historique et à usage municipal et touristique. Augmenter la valeur des propriétés dans et autour des espaces historiques et culturels.
Tripoli, vitrine des mamelouks
L’aide de la Banque mondiale pour améliorer et embellir les cités historiques du Liban constitue la dernière chance pour sauver le patrimoine mamelouk de Tripoli, selon des experts. La vieille ville qui s’étend sur six kilomètres carrés abrite quelque 200 vestiges mamelouks dans un état de délabrement avancé. Les prêts de la BM, auxquels s’ajoutent d’autres sources de financement (la France 12 millions, l’Italie 10 millions et le gouvernement libanais 6 millions), arrivent au bon moment pour sauver ce patrimoine qui comprend des tours, des mosquées, des écoles coraniques, des bains publics, des fontaines, des souks et des khans (caravansérails). On croit comprendre que 19 millions de dollars seront affectés à Tripoli. L’étude d’urbanisation, élaborée par les architectes Habib Debs et Jade Tabet, est à trois volets. Elle comprend la restauration de bâtiments ainsi que leur environnement immédiat, l’aménagement de la façade nord de la ville riveraine du fleuve Abou Ali et la construction d’habitations pour les familles qui squattent le bâtiment historique de khan al-Askar (caravansérail des militaires) depuis 1956, date où un tremblement de terre a fait de nombreux déplacés. Les travaux commenceront par le khan al-Askar, qui est dans un état de dégradation avancée. Datant de l’époque mamelouk, il sera aménagé en centre culturel. Par ailleurs, l’Allemagne se charge de la restauration du khan al-Khayyatines (caravansérail des tailleurs) et le ministère du Tourisme du Kkhan al-Saboun (caravansérail du savon). Surplombée par la citadelle croisée de Saint-Gilles, la capitale du Nord comprend des vestiges romains, byzantins, arabes, croisés et ottomans. Mais ce sont surtout les vestiges de la dynastie mamelouk qui caractérisent la vieille ville, avec notamment les mosquées al-Mansouri, Tinal, al-Bortasi, Sidi Abelwahed al-Miknas et plusieurs madrasa (école coranique) dont la plus célèbre, al-Cortawiya. Tripoli peut se targuer d’abriter des souks vieux de 700 ans, considérés comme les plus importants du Liban, car ils ont conservé leur tissu urbain et sont habités jusqu’à aujourd’hui, alors que les centres des autres villes ont été détruits au cours de la guerre civile, ou encore envahis par le béton. On signale que la restauration de la vieille ville en vue d’y attirer les touristes passe par le quartier mamelouk et ottoman al-Tall et de sa mosquée datant de 1885. Gestion du projet
Le CDR, qui conduit la stratégie d’ensemble, a nommé à la tête du projet les responsables suivants : Maged Fattal, coordinateur du projet. Nabil Itani s’occupe du chapitre urbain. Jean Yasmine se consacre à l’archéologie. Abbas Kesrouani, formalités administratives et appels d’offres. Fayza Saad, socio-économiste.
Les urbanistes officiant
ARS Progetti, spécialisée dans l’aménagement des sites archéologiques, et ECC ont signé le projet d’étude concernant Baalbeck.
Jacques Liger-Bélair, Byblos.
Saïd Bitar, Saïda. Habib Debs et Jad Tabet, Tripoli. Pierre el-Khoury, Tyr.
Le port de Tyr
Le port de Tyr, qui fut jadis le « Port sidonien », appelé ainsi à cause de son orientation vers le Nord, reprendra sa forme initiale. Remédier aux problèmes À Tyr, l’étude du projet urbain élaboré par le bureau d’architecture de Pierre el-Khoury englobe la vieille ville et la rue Hamra, qui relie les deux sites archéologiques (l’hippodrome et la cité insulaire). Suivant le tracé mythique de la chaussée d’Alexandre, la rue Hamra sera donc aménagée en une promenade touristique qui mènera à la fontaine de Hiram et à l’école de Jaafaria, située place du Hammam. Les façades des boutiques et des maisons donnant sur cette place seront entièrement rénovées. De même, le remblai créé à la périphérie de la cité insulaire, vers la fin de la guerre, sera ceinturé d’un verger et réaménagé en parking. Toujours à la périphérie du site archéologique, mais cette fois longeant un mur ancien de 500 mètres, ponctué d’ouvertures sur les vestiges et la mer, le bureau d’architecture implante «un passage culturel» autour de quatre vieilles bâtisses dont une ancienne école anglicane et son église, et une belle demeure patricienne ayant appartenu à la famille al-Mamlouk. Aujourd’hui propriétés de la Direction générale des antiquités, ces bâtiments datant du début du XIXe siècle sont en état de délabrement avancé. Ils seront restaurés pour accueillir diverses activités culturelles mais aussi les bureaux de la DGA, et un «Centre de recherches archéologiques sous-marines». Le réaménagement du port de pêche dans sa forme ancienne et l’embellissement de la façade maritime sont également au programme. Le plan d’exécution comprend la restauration des bâtiments publics et privés bordant les quais et l’installation du mobilier urbain. Dans le périmètre, deux khans (khan al-Rabou et khan al-Achkar), datant du XVIIIe siècle, seront restaurés. La promenade littorale, accessible aux automobiles, comprendra une voie piétonne de trois mètres de large où seront construits des petits «balcons» ou plates-formes permettant une vue étendue sur la mer. La plage sera nettoyée jusqu’à 100 mètres de profondeur.
L’intervention est dite «soft», c’est-à-dire «il n’y a pas d’actions violentes, c’est-à-dire pas de démolition ou d’expropriation de bâtiments, nous remédions simplement aux problèmes posés, en maintenant l’équilibre entre le passé et le présent»,
explique cheikh Pierre el-Khoury




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